Romance

Dossier romance : Le retour des grands sentiments

Les cadenas du pont des arts - Les cadenas du pont des arts - Romance - Photo OLIVIER DION

Dossier romance : Le retour des grands sentiments

En l'absence de nouveaux sous-genres qui leur ouvraient d'autres voies, les éditeurs de romance, aiguillonnés par l'autoédition, misent à la fois sur la romance historique et sur un feel-good très contemporain. _ par

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Par Cécilia Lacour,
Créé le 07.02.2020 à 00h00,
Mis à jour le 07.02.2020 à 13h30

Stable mais mouvant. » C'est ainsi qu'Arthur de Saint Vincent, directeur général de Hugo et Cie, décrit le marché de la romance. « Les lectrices se déplacent vers l'autoédition qui prend de l'ampleur et des parts de marché à l'édition traditionnelle », observe-t-il (voir aussi p. 80). Pour l'année 2019, le segment est en recul de 2,7 % en nombre d'exemplaires v endus mais en légère hausse en valeur (+ 1,3 %) notamment grâce à un prix moyen plus élevé, selon les données GFK.

Marianne Zankel, Harlequin - Photo OLIVIER DION

Après des années marquées par l'émergence de nombreux sous-genres comme le new adult, la romance érotique ou encore la dark romance, les éditeurs reviennent aux sources de la romance contemporaine. « Cela ne veut pas dire pour autant que la romance ne se renouvelle pas », plaide Marianne Zankel, directrice marketing d'Harlequin. Le leader du segment lance cette année de nouvelles collections. D'abord « Gentleman », en mars : la promesse d'une romance « intense » peuplée de mâles alpha, soldats, play-boys, médecins ou milliardaires. A partir de juin, « Harmony » se concentrera sur la romance douce : « des histoires d'amour, sentimentales, émotionnelles et familiales », indique Marianne Zankel. Avec de beaux paysages en arrière-plan.

Sophie Lemonnier - Editions Addictives - Photo OLIVIER DION

Jane Austen

Chez Hugo Roman, Arthur de Saint Vincent mise aussi sur une « new romance dans un univers classique et indémodable », celle qu'écrivent les « papesses » du genre. Après avoir écoulé 1,5 million d'exemplaires de sa série Calendar Girl, Audrey Carlan revient avec Biker Girls. Les deux premiers tomes de la série, Biker Babe et Biker Beloved, ont été publiés les 2 janvier et 6 février. Les deux autres, Biker Brit et Biker Boss, suivront les 5 mars et 2 avril prochains. Ces lancements s'accompagnent de la publication de la version poche de sa série International Guy, elle aussi déclinée en quatre tomes. Encore plus attendu, le prochain ouvrage d'Anna Todd, la star absolue des meilleures ventes du segment (voir notre palmarès p. 82), paraîtra le 4 juin. Il s'agit du deuxième tome de la série Stars, intitulé Nos étoiles manquées. Auparavant, l'auteure américaine sera présente sur le stand de Hugo Roman à Livre Paris. Et Arthur de Saint Vincent prévoit une réédition « de luxe et collector » du deuxième volume d'After à l'occasion de la sortie en salles de l'adaptation du roman, au cours du premier semestre 2020.

Autre piste de renouvellement du rayon : Hugo Roman prévoit, dans une collection baptisée « Classique », la publication de « sept textes en version intégrale, au format poche et à petits prix, au cours du premier semestre ». Les quatre premiers sont parus le 2 janvier : Orgueil et préjugés et Raison et sentiments de Jane Austen, Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë et La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette. A travers des couvertures « très colorées et punchy », l'objectif est de « moderniser et rendre plus sympathiques des textes classiques qui peuvent effrayer le lecteur de prime abord », explique Arthur de Saint Vincent.

Body positive

C'est aussi une manière de répondre au goût de plus en plus marqué pour l'Histoire. « Les récits de destins de femmes, qui permettent de mettre en relief des périodes historiques, fascinent, constate Margaret Calpena, responsable éditoriale chez J'ai lu. Dans cette même veine historique, les grandes sagas familiales qui permettent de suivre plusieurs générations de femmes, attirent aussi différents publics de lecteurs. » L'éditrice continue de défendre sa collection « Aventures & Passions » qui bénéficiera d'une « opération commerciale d'ampleur cet été ». L'Histoire est aussi à l'honneur du catalogue de Harlequin qui lance en avril « Aliénor », une collection dédiée à la romance historique ancrée en France. Deux titres sont annoncés pour le 1er avril : Les demoiselles du Cap Fréhel de Léna Forestier et Complot en forêt de Crécy de Paul d'Hayures. Autant que l'Histoire, « Les liens intergénérationnels deviennent une vraie tendance mondiale », observe Ambre Rouvière, responsable éditoriale de Prisma, qui publie Quand bruissent les ailes des libellules de Rosalie Lowie (23 janvier) et La rose blanche de Caroline von Krockow. Peu à peu, les éditeurs de romance enrichissent leur offre de textes qui abordent des sujets comme le non-désir ou l'impossibilité pour une femme d'avoir des enfants.

Chez J'ai lu, Margaret Calpena veut ainsi développer un catalogue de « littérature féminine qui pose un regard moderne sur la femme et où les héroïnes s'assument de plus en plus, savent ce qu'elles veulent. Leur vie ne tourne plus uniquement autour de la quête du prince charmant. »

Souvent, une tendance feel-good réaliste infuse dans ces romans. Dans La crêperie des premiers miracles (1er avril), Emily Blaine évoque « le burn-out et la volonté de la protagoniste de tout laisser tomber pour ouvrir une crêperie et échapper à la folie du monde, se recentrer sur elle-même et des relations humaines plus riches », explique Sophie Lagriffol, responsable éditoriale de Harlequin.Mais les éditeurs de romance glissent aussi vers la non-fiction. Avec Love : mieux s'aimer pour mieux aimer les autres (2019) puis L'amour, le vrai : comment faire la rencontre de votre vie ? (8 janvier 2020), la love coach Lucie Mariotti prodigue ses conseils amoureux. « Le format hybride de ces livres, entre développement personnel et cahier pratique, suscite un vrai engouement », se félicite Sophie Lagriffol qui pense avoir « encore de nombreux angles à explorer ».

Au-delà du feel-good, « l'acceptation de soi prend de l'importance dans la romance », relève Arthur de Saint Vincent. Le body positive, un mouvement qui prône l'acceptation de son corps tel qu'il est, fait son apparition dans les catalogues avec des ouvrages aux titres explicites comme Tu craqueras pour moi... et mes poignées d'amour d'Avery Flynn (13 mai, Harlequin). Cette acceptation de soi est aussi « très présente dans les œuvres d'Emma Green », souligne Sophie Lemonnier, directrice éditoriale d'Addictives. Cette maison, à l'origine 100 % numérique, va publier le nouveau livre de son auteure phare, Recherche coloc ! (13 février), « directement en librairie », sans le proposer d'abord en version numérique. Addictives lancera ensuite en mai une collection au format poche, au rythme de « deux titres par mois ». La romance « a une grande capacité d'absorption des sujets sociétaux, insiste Sophie Lagriffol. C'est comme la base d'un cake dans lequel on peut ensuite mettre ce qu'on veut. Il reste encore de nombreuses histoires à inventer et à réinventer. » 

Romance et autoédition : une grande histoire d'amour

Arthur de Saint Vincent, Hugo et cie - Photo OLIVIER DION

Genre phare de l'autoédition, la romance continue de susciter un fort engouement chez les auteurs et leurs lecteurs. « Entre 2018 et 2019, le nombre de titres autoédités sur notre plateforme a doublé, tout comme les chiffres de vente », affirme Emilie Le Coguiec, cofondatrice et responsable marketing et communication de Bookelis. Chez Librinova, « de nombreux titres marchent bien et une dizaine d'entre eux dépasse le seuil des 1 000 exemplaires vendus chaque année », relève Charlotte Allibert, cofondatrice de la plateforme.

La romance autoéditée suit les mêmes évolutions que dans l'édition traditionnelle : après le « déclic » consécutif au succès des 50 nuances de Grey d'E. L. James, Emilie Le Coguiec a vu apparaître la new romance, « cette nouvelle vague plus moderne, plus dynamique et plus assumée ». Aujourd'hui, elle ne s'étonne plus non plus de « l'affirmation du caractère féminin suite à #MeToo ». Après un fort penchant pour l'érotisme, les auteurs autoédités se tournent aussi vers davantage de romantisme et d'introspection en publiant de la romance feel-good. « Les héroïnes doivent d'abord être bien avec elles-mêmes et ensuite, seulement ensuite, elles vont chercher l'amour. Souvent, elles perdent leur travail et leur copain. Elles doivent se reconstruire sur les plans personnel, professionnel et financier. Les personnages féminins sont plus puissants, il y a autre chose que leur quête d'amour », résume Charlotte Allibert.

Concours

Depuis quelques mois, les plateformes sont aussi le théâtre d'un engouement pour la romance historique. Raison pour laquelle Librinova a lancé un concours sur ce thème fin 2019 ; le lauréat doit être proclamé au cours du premier semestre 2020 et publié chez Harlequin.

Jusqu'à fin mars, un concours de New romance est ouvert sur Fyctia, une plateforme d'écriture communautaire lancée par Hugo et Cie en 2015. Avec Stories by Fyctia, le groupe propose aux participants d'autoéditer leurs textes, moyennant un tarif dégressif en fonction des likes obtenus pendant les concours. « Aujourd'hui, les auteurs écrivent sur différentes plateformes et de bons textes nous échappent. A l'image de Secret-défense d'aimer, la série en deux tomes d'Axelle Auclair, nous faisons ainsi en sorte que ces textes rencontrent leur public », assure Arthur de Saint-Vincent, le directeur général de Hugo et Cie.

L'autre tendance du moment est la série romantique. « Le phénomène Wattpad, avec son écriture chapitre par chapitre, a lancé le mouvement. Cela aide les auteurs à capter leur lectorat et à créer des relations proches avec leurs lectrices », constate Emilie Le Coguiec. Cette sérialisation permet de fidéliser les lectrices. Ainsi les séries Les frères Darcy : l'intégrale d'Alix Nichols, Escape the shadows, vol. 1 : Résilience de Léa Trys ou -Secrets fondants et mojitos, vol. 3 de Black Mily constituent les trois meilleures ventes de Bookelis en romance.

Dans cet univers où les auteures dominent, quelques hommes émergent, comme Philippe Saimbert, auteur de Loin des fauves autoédité sur Bookelis en mai 2019. Avec Que ferais-tu si la vie te donnait une seconde chance ? autopublié sur Librinova en juin dernier, Julien Aime s'illustre comme le « carton de l'année 2019 avec 2 500 exemplaires vendus, sous formats papier et numérique », se félicite Charlotte Allibert. 

Les 50 meilleures ventes en romance

Quinze auteures se partagent le palmarès des 50 meilleures ventes en romance Livres Hebdo/GFK. Avec Spring Girls - une relecture contemporaine des Quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott - et ses séries After, Stars et Landon, Anna Todd domine très largement le Top 50. L'auteure américaine y place 17 titres. Comme les années précédentes, le trio de tête se referme avec Audrey Carlan (8 titres) et E. L. James (6).

Les Françaises poursuivent leur conquête du classement. Outre Alexia Gaia et ses séries Adopted Love, Le marchand de sable et Baby Random, cinq autres auteures francophones parviennent à se hisser dans le classement : Alana Scott (Good Girls Love Bad Boys, 24e), Lucie Mariotti (Love ! Aimez-vous pour aimer mieux, 25e), Caro M. Leene (Je te ferai aimer Noël, 33e), Emily Blaine (Dear you, 41e), toutes éditées chez Harlequin, et Emma Green (The Boy Next Room, 44e) publiée par Addictives.






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