22 février > Roman France

Un jour, vers la fin du siècle dernier, Rayas Richa s’en alla vers l’Occident. De lui, on ne sait rien que ce que son éditeur veut bien en dire, et c’est déjà presque trop, trop beau pour être vrai. Il est né à Aitanit, au Liban, en 1978, père maronite, prof de lettres, et mère arménienne, mathématicienne. Il exerce divers métiers comme banquier, coursier, épicier, gérant, photographe et vendeur avant de se lancer avec ce texte inaugural, Les jeunes constellations, dans une carrière qu’il espère prolixe et glorieuse de romancier. N’importe quoi donc, mais un n’importe quoi bien de son temps et qui vaut le coup d’œil.

Dans un "outre-temps" qui pourrait être le Moyen Age, ce serait donc l’histoire absurde et belle et infiniment mystérieuse, d’un gamin, un jeune bâtard à la recherche de son père, qui s’en va vers l’orient. Le voici à Ulm, en pays souabe, à Venise où l’arrête un instant la beauté des civilisations révélées, enfin s’embarquant pour Istanbul, accompagné d’une espèce de précepteur jouisseur et gai, tandis qu’autour de lui, siestes, viols, pogroms, panthéisme ardent, constituent le fond de scène de son éducation sentimentale. Ripailles et mélancolie semblent s’attacher aux pas adamantins de ce voyageur obstiné.

Curieuse affaire, en vérité, mais nul doute que ces Jeunes constellations soient l’une des propositions les plus fougueusement littéraires du moment. L’Orient et l’Occident y dansent la gigue entre conte des mille et une nuits et récit de voyage, tandis que se font entendre de-ci de-là les échos du Stevenson qui traverse les Cévennes avec son âne, et des choses plus modernes, Arno Schmidt, Bolaño ou, plus près de nous encore, les fictions spéculatives d’un Elie Treese. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’un écrivain nous est né et que ce Rayas Richa n’a pas fini de nous raconter des histoires. O. M.

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