Panique à Opoual. Fabienne Betting, dont on a déjà pu apprécier le talent facétieux, le goût pour le canular et le pastiche (voir Bons baisers de Mesménie, Autrement, 2016), et l'humour potache qui renvoie aussi bien à certains jeux surréalistes qu'à l'Oulipo, s'essaie ici à une espèce de roman policier du terroir et à tiroirs, imaginaire mais plausible, satire douce-amère d'un certain nombre de travers des habitants de notre « douce France » profonde.
Nous sommes à Opoual, un village en apparence bien tranquille et sans histoires. Sauf que, justement, ici, il y en a une, d'histoire, qui empoisonne la vie des habitants, farouchement divisés en deux clans irréconciliables : il y a les partisans de l'explorateur Matthias Ticot, découvreur de la spaciruline (une algue prétendument miraculeuse) et enfant du pays dont une statue orne la place principale d'Opoual ; et ceux qui voudraient la déboulonner pour la remplacer par une œuvre contemporaine, par exemple une statue de l'exécrable sculptrice Rosalie Mondhe. Pour apporter de l'eau au moulin de ces derniers, précisons que Matthias Ticot n'a jamais existé, il est l'invention de son biographe, Firmin Posteur, en 1902. Depuis, les principales familles du village s'écharpent, relayées par les édiles de différentes tendances, qui se sont succédé à la mairie. En 2019, quand se déroule cette histoire, le maire est André Pugnan, farouche partisan du déboulonnage et ancien amant de Rosalie. Celle-ci, aidée par ses deux crétins de fils Clément et Gaëtan Douille, est prête à tout pour se voir honorer d'une commande publique. Pugnan peut-il refuser ? C'est là un des conflits qui macèrent dans Opoual, parmi bien d'autres, nourris par des rancœurs, des vendettas. Jusqu'au jour où des événements hors du commun frappent le village : le jardin de Rosalie est saccagé, ses œuvres détruites ; la pharmacie d'Emma Fernal est taguée, puis un pavé est jeté dans sa vitrine, emballé dans un papier ne portant qu'un mot : « SALOPE ! » Il faut dire qu'Emma est l'épouse de Martin Fernal, universitaire de haut vol, brillant économiste, devenu l'emmerdeur public d'Opoual, qui n'a donc pas que des amis. Un jour, leur fille, Margaux, qui vit à Paris, reçoit un coup de fil inhabituel de sa mère, lui demandant de venir les voir fissa. Lorsqu'elle débarque avec son fiancé Nathan Soipeult, c'est pour trouver la maison familiale vide, sens dessus dessous, les parents envolés avec chiens et bagages, et deux cadavres dans le salon, revêtus de combinaisons d'-hommes--grenouilles.
Diantre. Il va falloir toute la ténacité, la patience et la méthode de l'inspecteur Maxime Hum pour résoudre cette énigme, non sans avoir découvert au passage pas mal d'histoires et de secrets pas jolis jolis. Tout ça est bourré de trouvailles réjouissantes, de surprises, de clins d'œil, et la solution est digne d'un roman d'Agatha Christie, ce qui n'est pas un mince compliment.
Deux hommes-grenouilles dans le salon
Robert Laffont
Tirage: 2 500 ex.
Prix: 19,90 € ; 320 p.
ISBN: 9782221284476
