Faut-il protéger la maison de Céline ? | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, avec AFP, le 15.11.2019 à 17h36 (mis à jour le 15.11.2019 à 18h00) - 1 commentaire Patrimoine

Faut-il protéger la maison de Céline ?

Maison de Louis-Ferdinand Céline à Meudon (Hauts-de-Seine) - Photo LPLT / WIKIMEDIA COMMONS

Après le décès survenu le 8 novembre de Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, à l’âge de 107 ans, faut-il préserver la maison de l’auteur, au risque d’en faire un lieu de pèlerinage ?

Que va devenir la maison de Louis-Ferdinand Céline à Meudon, près de Paris, après le décès, le 8 novembre, de Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, et son achat par un particulier ? Certains, comme l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, plaident pour sa préservation, tandis que d'autres, comme l'animateur Stéphane Bern, craignent d'en faire un "lieu de pèlerinage".
 
"La maison de Céline doit être inscrite à l'inventaire du patrimoine", déclare à l'AFP Jack Lang, qui avait entamé des démarches infructueuses en ce sens dès 1992. Plus prudent, Stéphane Bern, chargé de la mission patrimoine par le président Emmanuel Macron,  reconnait que "l'œuvre de Céline mérite d'être lue", mais souligne que "sa vie est plus controversée et il faudrait éviter que cela devienne un lieu de pèlerinage pour ceux qui veulent récupérer l'auteur à des fins polémiques".
 
Une oeuvre ternie par l'antisémitisme
 
Auteur de violents pamphlets antisémites, proche du régime de Vichy qui collabora avec l'Allemagne nazie et médecin de formation, Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, est considéré comme l'un des plus grands écrivains du XXe siècle, mais aussi l’un des plus controversés. Confrontée à une levée de boucliers après l'annonce d'une réédition de ses pamphlets, la maison d'édition Gallimard avait préféré suspendre ce projet l'année dernière.
 
Louis, disparu en 1961, et son épouse Lucette, qui vient de s'éteindre à 107 ans, se sont installés dans la "Villa Maïtou", à Meudon, en 1951. Rejeté par le milieu littéraire, l'auteur trouve dans ce pavillon de style Louis-Philippe le havre nécessaire à l’écriture de trois chefs d'œuvre : D'un château l'autre (Gallimard, 1957), Nord (Gallimard, 1960) et Rigodon (Gallimard, 1969, posthume). Cette trilogie lui permet de retrouver l'audience de Voyage au bout de la nuit (Denoël, 1932) et Mort à crédit (Denoël, 1936). C'est là qu’il reçoit Marcel Aymé, Roger Nimier, Michel Simon ou Arletty.
 
"Céline n'y a vécu qu'une dizaine d'années"
 
"Jack Lang voulait classer [la maison de Céline], le préfet a refusé", indique Me François Gibault, avocat de la famille de Céline et président de la Société d'études céliniennes. L’État a laissé l'année dernière la veuve de l’écrivain vendre en viager la maison, restaurée après avoir brûlé en 1968. "Le ministère de la Culture m'a dit qu'il ne voulait pas l'acheter, précise Me Gibault. Le nouveau propriétaire en fera ce qu'il voudra".
 
À la Direction des patrimoines du ministère, on reconnaît qu'"il n'y a à ce jour pas de protection au titre des monuments historiques envisagée". "Céline n'y a vécu qu'une dizaine d'années", justifie Jean-Michel Loyer-Hascoët, adjoint au directeur. Mais la maison "est située à la fois en abords de monument historique et en site inscrit au titre du code de l'environnement, à ce titre tous travaux sont d'ores et déjà soumis à avis de l'ABF" (architecte des bâtiments de France), rassure-t-il.
 
Pour David Alliot, de la Société d'études céliniennes, "la maison mériterait d'être protégée [...] Pourquoi ne pas en faire une résidence d'écrivain ?" Or, sans protection, la maison pourrait être condamnée, bien que Me Gibault estime que son propriétaire actuel "s'en occupera bien". "On ne peut rien faire tout seuls", explique Sophie Vannieuwenhuyze, déléguée générale de la Fédération nationale des maisons d'écrivain et patrimoines littéraires. "S'il y a un projet, on fera notre possible pour aider, [...] ce serait bien qu'on garde une trace".
 
Une exception en France
 
Ce désintérêt apparent pour la demeure de Céline contraste avec l’engouement à travers la France pour les maisons d’écrivains, controversés ou pas. Stéphane Bern a ainsi obtenu que la maison à Rochefort de Pierre Loti – auteur de textes antiarméniens et antisémites – bénéficie d’une restauration financée par le Loto du Patrimoine.
 
La "Villa Alexandrine" dans laquelle vécut l’écrivain polonais Witold Gombrowicz de 1964 à 1969 vient, quant à elle, d’être rachetée par la commune de Saint-Paul-de-Vence, dans laquelle elle a aménagé un "Espace Muséal Gombrowicz". Enfin, Cabourg inaugurera en 2020 une "Villa du temps retrouvé" dans une maison sans lien direct avec Marcel Proust…
 

1 commentaire déjà posté

Alain - il y a 28 jours à 08 h 06

Évidemment, il faut préserver la maison de Louis-Ferdinand Céline – et regretter qu'elle ne puisse pas devenir un musée Céline. Céline a marqué la littérature française comme peu d'écrivains l'ont fait, il mérite respect et reconnaissance pour cela.

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