Comme un ouragan. Parlons de la météo et d'un front occlus. De graves perturbations s'annoncent. Le ciel du Barrio Obrero, quartier déjà obscur et féroce de San Juan, s'assombrit encore. L'ouragan María fond sur Porto Rico et la foudre du narcotrafic frappe à l'aveuglette : la mère de Bimbo, elle aussi prénommée María, s'écroule devant la boîte de nuit où elle travaille. Pour le narrateur Gabe, pour Bimbo, pour leurs amis Xavier, Tavo et Paul, ce n'est pas vraiment le début des ennuis, juste la logique descente aux enfers de jeunes types nés sous le signe de la poisse. Avec la vengeance pour seule boussole et une amitié de soldats scellée par le chaos ambiant, les voici au seuil d'un Golgotha de violence qui montera crescendo jusqu'à les exposer aux foudres de Papalote, le parrain local.
Plus qu'un roman noir rondement mené, La maison des os et de la pluie est une immersion corrosive au cœur de ces bouts de terre oubliés au large de l'Atlantique, en proie à la précarité et au sauve-qui-peut. C'est ce drame d'une île en équilibre impossible entre son statut d'état libre américain de « seconde zone » et son identité caribéenne que nous dépeint Gabino Iglesias. Résident texan désormais, on lui connaît d'autres plongées vertigineuses au sein de ses origines, ponctuées de rites païens et d'horreurs mortifères (Santa Muerte ou Le diable sur mon épaule, Sonatine, 2020 et 2024). Mais le présent millésime s'impose comme un sommet de frénésie composite. Les meilleures hallucinations sanguinolentes de Stephen King ou Stephen Graham Jones ne sont pas loin.
La maison des os et de la pluie
Sonatine
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Szczeciner
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 23 € ; 400 p.
ISBN: 9782383992318
