SOCIOLOGIE

"Les éditeurs de sciences humaines et sociales jouent un rôle central dans la vie intellectuelle..., et pourtant leur poids économique est très faible."SOPHIE NOËL, SOCIOLOGUE. - Photo SOPHIE NOËL

Qui sont les éditeurs indépendants critiques aujourd'hui ? Comment travaillent-ils ? De quelle façon conçoivent-ils leur métier ? Quels liens entretiennent-ils avec le militantisme ?... Ces questions, la sociologue Sophie Noël, ancienne collaboratrice de Livres Hebdo, les a analysées par le menu dans L'édition indépendante critique : engagements politiques et intellectuels, tout juste paru aux Presses de l'Enssib. Issu d'une thèse qu'elle a soutenue en 2010 à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, son ouvrage est un panorama passionnant de la diversité et de la complexité des problématiques que rencontrent ces éditeurs de sciences humaines et sociales, tels que L'Eclat, La Fabrique, Raisons d'agir, Aden, Amsterdam, L'Echappée, Agone, ou encore Delga, Lignes ou même les Arènes. «Ils jouent un rôle central dans la vie intellectuelle, en développant de nouvelles idées, en faisant connaître des auteurs, en traduisant, en exhumant des textes oubliés de l'histoire sociale... Et pourtant, leur poids économique est très faible. C'est un précipité des contradictions de l'édition en général, et des sciences humaines en particulier", explique Sophie Noël à Livres Hebdo.

Pour autant, à de rares exceptions près, ils sont soucieux de diffuser leurs livres, signe d'une professionnalisation accrue, tout en gardant «un rapport très ambivalent au commerce", souligne Sophie Noël. Au quotidien, c'est souvent l'économie de la débrouille, en raison de moyens limités, et cela va de pair avec un investissement personnel très fort dans leur activité. «On remarque une exaltation du modèle artisanal : ils mettent en avant une qualité de travail et de relation avec les auteurs, pour se démarquer des dérives de l'édition marchandisée. »

Leur ancrage militant, lui, a évolué depuis les années 1970-1980, suivant en cela un mouvement général. "Il y a un clivage générationnel, décrit Sophie Noël. Ceux qui ont connu 1968 ont eu un engagement politique très fort et ne l'ont plus aujourd'hui. Ils sont passés à des formes d'engagement plus intellectualisées. Les plus jeunes ont un lien fort avec le militantisme, mais leur engagement est plus évolutif, plus diffus, beaucoup moins structurant du point de vue de leur identité. Le terme même "militantisme" est généralement négatif pour ces éditeurs qui font tout un travail de mise à distance de ce qu'ils associent au dogmatisme. Leur engagement passe aujourd'hui par la publication." La sociologue analyse aussi la difficulté à définir la notion d'indépendance. «Il y a une sorte de cristallisation sur cette notion dans l'édition aujourd'hui. Mais comme le disent beaucoup d'entre eux : on est toujours dépendant de quelque chose, d'un diffuseur-distributeur, des banques, des aides publiques..." Sophie Noël poursuit d'ailleurs ses recherches sur la notion d'indépendance dans le domaine culturel.

L'édition indépendante critique : engagements politiques et intellectuels, de Sophie Noël. Presses de l'Enssib, 441 p., 42 euros, ISBN 979-10-91281-04-1.


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