L'International rights centre (IRC) de la London Book Fair, reconfiguré après les déboires de l’année précédente (un froid glacial dans certains coins du centre et l’effondrement d’une partie du plafond) affichait complet pour l'édition 2026 de la grande Foire britannique. S'il restait néanmoins quelques pigeons cherchant la sortie au plafond, l’ambiance y fut dynamique. Certains agents avaient quelques trous dans leur rendez-vous en raison de l’absence de quelques éditeurs venant d’Asie, d’Australie et du Moyen-Orient, en raison des complications liées au trafic aérien à Dubaï et Abou-Dhabi à cause de la guerre en Iran.
Yasmina Jraissati de Raya Agency est quand même arrivée de Dubaï, quoique la date de son retour reste incertaine. L’agente qui représente des auteurs de langue arabe, a récemment intégré plusieurs auteurs d’Afrique subsaharienne. Elle vient de vendre une cession en anglais du roman Symphony of the South, de son auteur tchadien Tahir Annour, à la marque Margellos de Yale University Press. Sa traductrice, Mayada Ibrahim, est également représentée par Raya Agency : la tendance à recourir aux agents intéresse les traducteurs littéraires travaillant depuis des langues moins connues, qui doivent souvent jouer eux-mêmes le rôle d’agent ou de scout.
Yasmina Jraissati a indiqué avoir aussi intégré l’écrivaine, chercheuse, et universitaire palestinienne Sonia Nimr, auteure de plus de 24 ouvrages pour enfants et jeunes adultes. L’agente était à Londres avec son roman Ghazala et les sept compagnons du Cheikh. Sonia Nimr est déjà publiée en anglais par l’éditeur américain Interlink.
L'Espagne et l'Amérique latine
L’agente italienne Ella Sher, basée à Lisbonne, représente des auteurs et éditeurs et travaille en anglais, espagnol, catalan, italien, et portugais. Cette année à Londres, son autrice espagnole, Nerea Pallares a brillé avec son premier roman Punto de araña dont la première vente à l’étranger (avant même sa publication en Espagne le mois dernier) fut réalisée par les éditions Dalva, en France. Ont suivi des cessions au Brésil avec Todavia Livros, en Italie chez Mondadori et ses premières offres du Royaume-Uni.
Également italienne, l’agente Sofia di Capita, qui travaille chez Antonia Kerrigan à Barcelone a noté que les éditeurs s’intéressaient particulièrement aux premiers romans et ses auteurs en provenance d’Amérique Latine, cherchant plutôt des œuvres littéraires que commerciales. Sofia di Capita a mis en avant ses écrivains en provenance du Chili, pays invité d'honneur de la Foire du livre de Francfort en 2027. Elle cherchait également un éditeur de langue anglaise pour son autrice galicienne, Ledicia Costas, dont l'ouvrage Piel de Cordero a gagné le prix San Clemente en 2025.
Depuis les succès commerciaux des œuvres en traduction grâce à l’International Booker Prize les éditeurs de langue anglaise, surtout indépendants, prennent plus de risque à l’achat de livres venant d’autre langues, une bonne nouvelle pour les agents au IRC. L’éditeur Stefan Tobler, traducteur et fondateur des éditions And Other Stories basé à Sheffield en est un bel exemple : son livre Heart Lamp de Banu Mushtaq, traduit du kannada par Deepa Bhasthi, a remporté l'International Booker Prize en 2025, une première pour la maison d’édition. Un prix qui, d'après son éditeur, a changé leur vie.
