Entretien

Jocelyn Rigault : "Je veux renouer le dialogue avec les libraires"

Photo OLIVIER DION

Jocelyn Rigault : "Je veux renouer le dialogue avec les libraires"

Nommé en mars 2015 à la direction de J’ai lu, Jocelyn Rigault a entrepris de repenser l’identité de la marque de poche de Flammarion, avec l’objectif de retrouver une place forte en librairie.

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Par Marine Durand,
Créé le 22.01.2016 à 00h00,
Mis à jour le 22.01.2016 à 09h51

Jocelyn Rigault - J’ai lu est un éditeur généraliste s’adressant à un public très large et dont la force est d’être présent sur tous les secteurs éditoriaux, à l’exception de la jeunesse. Que vous aimiez la romance, le policier, l’humour, la littérature générale, le bien-être ou l’ésotérisme, il y aura toujours un livre de la maison qui vous conviendra. Cette variété et cette dimension grand public m’ont séduit.

J’ai hérité d’une très belle maison, en ordre de marche. Mais comme souvent en cas de changement de direction, il était nécessaire de faire un bilan. Dès le mois d’avril, j’ai lancé un audit interne sur le département sentimental, le bien-être et la littérature générale. Aujourd’hui, je sais ce que l’on fait, ce que font nos concurrents, ce que cela coûte, ce que cela rapporte. L’objectif est de nous concentrer sur le développement éditorial et surtout que l’on nous voie plus. Pour cela, nous avons décidé de rafraîchir le logo J’ai lu, inchangé depuis 2003. Nous l’avons allégé. Nous avons supprimé le noir et les ombres portées pour le moderniser.

Mais ça ne l’est pas. Un logo n’est pas un simple coup de tampon, c’est une image de marque, qui fédère en interne et qui représente la maison. J’ai lu, créé en 1958, a une identité forte. Ce nouveau logo nous permet de plus nous démarquer de celui du Livre de poche. Au début de l’année, nous avons commencé le rhabillage progressif de nos collections, en commençant par la littérature, qui bénéficie d’un nouveau code graphique. A partir de mars, ce sera au tour du roman historique, et en avril de la collection "Aventure secrète". Mais nous ne bouleversons pas le lecteur : nous suivons l’air du temps et la montée en gamme du secteur du poche. Ces changements reflètent aussi notre envie d’être plus présents en librairie.

Nous sommes très présents en hypermarché, dans les espaces culturels Leclerc, les Fnac, les Cultura. Mais les librairies de premier niveau constituent le circuit le plus important pour nous aujourd’hui. Nous voulons renouer le dialogue avec les libraires car, même s’il existait déjà, il n’a pas toujours été notre priorité. Nous voulons leur dire que J’ai lu ne sera pas toujours Barbara Cartland et La femme parfaite est une connasse !. En 2016, nous publions des auteurs aussi variés que Fred Vargas, Sylvia Day, Michel Onfray, Christine Angot, Helen Fielding, avec le tome 3 de Bridget Jones.

Je ne dirais pas opération séduction, car cela induit un petit côté roublard. C’est une volonté de reprendre la parole. Nous allons d’ailleurs recruter, d’ici au mois d’avril, un responsable des relations extérieures chargé de la presse et des libraires. Je crois que le soutien des libraires est essentiel, c’est pour cela que j’ai commencé une tournée en librairie avec Stéphanie Vincendeau, notre directrice éditoriale [depuis le 1er septembre 2015, NDLR]. Nous prenons le temps de rencontrer les libraires de premier niveau, les grandes surfaces culturelles, les hypermarchés dans leur espace pour voir comment nous pouvons travailler ensemble.

La création, c’est important pour n’importe quelle maison. J’ai lu a toujours fait beaucoup d’inédits, en particulier en sentimental. Certains inédits comme La femme parfaite… ou La tête de l’emploi de David Foenkinos ont été de grands succès. Mais je garde en tête que nous sommes un éditeur de format poche, dont la mission est de proposer à un plus petit prix des titres déjà parus. Notre priorité n’est pas de construire une politique d’inédits mais une politique d’auteurs. Si l’équipe a un coup de cœur, je peux décider de le publier chez J’ai lu, ou bien de passer un coup de fil à un éditeur du groupe. L’idée n’est pas de marcher sur les plates-bandes des autres marques.

Nous sommes deux éditeurs dans le même groupe, et je crois que nos identités sont claires et complémentaires. Nous nous parlons lorsque c’est nécessaire, mais nous n’avons pas de problème de concurrence sur nos titres.

Le département bien-être et la collection d’ésotérisme et de spiritualité "Aventure secrète" sont parmi nos enjeux cette année. Nous sommes leader sur ce marché en poche, c’est un domaine que je souhaite consolider et développer. Cela consiste à s’assurer que l’on ne perd pas de parts de marché, que l’on est présents dans tous les points de vente et visibles par tous, et que l’on a les outils nécessaires pour aller chercher de nouveaux auteurs, y compris ceux qui seraient publiés par d’autres éditeurs de poche. Nous travaillons sur des outils qui pourraient aider les lecteurs à trouver le livre dont ils ont besoin. Mais ce n’est pas parce que ce secteur est une priorité que je mets le reste de côté. Nous continuons à développer la littérature générale, nous sommes dans toutes les enchères, nous nous battons pour obtenir les nouveautés.

Tout ne fonctionne pas à coups de gros chèques. Ce qui compte, c’est surtout la conviction de l’éditeur et l’énergie qu’il va déployer pour défendre un titre. Cela passe aussi par plus de poids du côté du marketing, un secteur dirigé par Nicolas Watrin, pour accompagner une offre éditoriale. Les logiques de groupe existent, mais c’est important de savoir que l’on n’est pas dans l’automatisme, que certains titres parus chez Flammarion vont se vendre chez Pocket ou au Livre de poche, et qu’à l’inverse nous ne nous interdisons rien du côté des acquisitions. Nous venons d’ailleurs de remporter quelques enchères, cela nous permet de continuer à développer notre catalogue.

Je ne suis pas à la recherche de médailles. Nous avons des valeurs, une mission. Tant que nous la remplissons et que nous dégageons une marge qui satisfait notre actionnariat, cela me convient. Et puis nous ne sommes pas sur le même nombre de titres, ni dans la même logique qu’Hachette Livre ou Editis. Mon objectif est d’avoir une équipe qui se sente bien dans ce qu’elle fait. C’est aussi de continuer à mettre l’accent sur le fonds J’ai lu, car c’est une grosse partie de notre activité. Nous allons déployer des initiatives pour aider les libraires à mieux l’identifier et à générer du chiffre d’affaires au-delà des nouveautés.


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