Rentrée d'hiver 2022

José Carlos Llop, « Orient » (Jacqueline Chambon) : Love, etc

José Carlos Llop, « Orient » (Jacqueline Chambon) : Love, etc

Roman autant qu'essai sur les surprises de l'amour et du désir, Orient confirme le Majorquin José Carlos Llop comme l'un des grands écrivains de notre époque.

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Par Olivier Mony ,
Créé le 08.12.2021 à 14h00 ,
Mis à jour le 12.12.2021 à 10h00

Romancier, essayiste, poète, diariste, José Carlos Llop marie dans son œuvre, avec une grâce inégalée, l'universel et le local, l'érudition et la plus extrême sensibilité. De livre en livre, il compose le plus fascinant des cabinets de curiosités littéraires revenant toujours au lieu matriciel de son inspiration, son île de Majorque, tout en restant largement ouvert aux horizons de la grande tradition culturelle cosmopolite et notamment à « l'Europe aux anciens parapets » pour reprendre le mot de Rimbaud. La splendeur parfois sophistiquée de cette œuvre, les cathédrales baroques qu'elle érige, pourraient la destiner à n'être vraiment appréciée à son juste niveau - le plus haut - que par quelques happy few. Ce serait dommage tant le sens du récit de Llop, toujours en clair-obscur ainsi qu'il convient à cet amoureux de Modiano, de Bernard Frank, de Morand, est toujours d'une redoutable efficacité narrative.

Prenons ainsi son dernier né, Orient - dont il convient d'abord de saluer la beauté de la traduction d'Edmond Raillard. C'est un roman bien sûr, mais son auteur est trop lecteur lui-même pour ignorer que, sous cette appellation générique en quelque sorte, s'ouvre aussi grand qu'on le souhaite le champ des possibles. Et justement, c'est bien là tout son projet. Si Orient peut troubler à ce point, c'est qu'il offre plusieurs niveaux de lecture, se répondant comme autant de causes et de conséquences. L'histoire ? Elle est assez simple, au demeurant. Le narrateur, universitaire la plupart du temps, écrivain parfois, découvre à la mort de sa mère des lettres que celle-ci en un lointain passé échangeait avec une journaliste, juive et polonaise. Cette correspondance évoque ces temps et de ces femmes ainsi que les deux hommes qui les entouraient, le père du narrateur et un autre journaliste (ou espion, allez savoir) italien. Il entrait dans ces échanges de l'amour, du désir, des adultères. Pour le fils endeuillé, cela est d'autant moins innocent que lui-même, marié, vient d'entamer une liaison avec une de ses étudiantes - moins une liaison à vrai dire, qu'une passion, ardemment érotique.

Voilà toute l'histoire. Et voilà le sujet, le seul ou presque qui vaille en matière romanesque, autour duquel rôdaient déjà nombre de précédents livres de Llop : l'amour, sous toutes ses occurrences. Loin d'en faire un récit factuel, le romancier se livre à toutes les échappées belles à son sujet, depuis Ovide et son Art d'aimer jusqu'à Ernst Jünger et ses amours parisiennes durant la guerre. Il compose ainsi un kaléidoscope où pièges et secrets ne se révèlent que peu à peu. Une ample et profonde réflexion, jamais simplement théorique, sur ce qui nous meut et nous maintient vivant. L'amour et la fiction, la fiction du désir.

José Carlos Llop
Orient Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Actes Sud
Tirage: NC
Prix: 22,50 € ; 224 p.
ISBN: 9782330161231

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