#Rendeznousnoslibrairies

Jul quitte BD 20-21 : « Je suis triste de ce gâchis »

Jul

Jul quitte BD 20-21 : « Je suis triste de ce gâchis »

Parrain de « BD 20-21, Jul,  scénariste du dernier Lucky Luke, a décidé de « démissionner » en même temps que les autres marraines et parrain, Florence Cestac, Catherine Meurisse et Régis Loisel. Ils dénoncent, dans un communiqué, « l’incohérence et la contradiction des choix politiques à l’égard de la culture et des métiers du livre », pointant principalement la fermeture des librairies.

J’achète l’article 1.50 €

Par Benjamin Roure,
Créé le 02.11.2020 à 15h51,
Mis à jour le 02.11.2020 à 16h00

Quel a été l’élément déclencheur de votre décision de cesser d’être parrain de BD 20-21 ?
Cette "Année de la BD" était déjà en sommeil, comme tous les événements culturels d’importance, passés à la trappe. Mais j’ai eu un coup de sang en revenant de Bruxelles, où j’avais passé trois jours pour faire la promotion du nouveau Lucky Luke. La Belgique venait d’annoncer le confinement mais le maintien de l’ouverture des librairies ! Cela montre bien que le confinement total n’est pas inéluctable. J’ai passé un coup de fil dans le train à mes co-parrains/marraines, et nous nous sommes rapidement mis d’accord sur les termes d’un communiqué annonçant notre démission.

Avez-vous eu un retour du ministère de la Culture ?
J’ai prévenu le CNL et le ministère de la Culture de notre démarche, mais personne ne nous a jamais rappelés. Bien sûr, je suis persuadé que Roselyne Bachelot préférerait que les librairies restent ouvertes, mais on voit bien qu’elle n’a pas la main.

Pensez-vous pouvoir faire bouger le gouvernement ? Il a déjà demandé aux Fnac et supermarchés de fermer leurs rayons non essentiels…
Je ne suis pas présomptueux, tout le monde s’en fiche de nous ! Nous voulons simplement aider à mobiliser l’opinion. Il y a des tas de leviers à actionner dans la chaîne du livre, notamment dans les grandes maisons d’édition, mais on voit que rien de fonctionne avec ce gouvernement. La fermeture de rayons dans les Fnac, ça ressemble à la mauvaise réaction d’un mauvais prof dépassé par sa classe et qui, pour punir le chahut d’un seul, va envoyer tous les élèves en retenue. C’est le niveau zéro de la finesse politique, et c’est très révélateur de l’absence de vista du gouvernement.

Lui reprochez-vous d’avoir réagi trop vite ?
Je suis à la fois convaincu qu’il faut tout faire pour enrayer la pandémie, mais aussi convaincu que la raison doit prévaloir face au débordement incontrôlé d’affect. On dirait que la France agit comme certains animaux qui, en panique, s’automutilent. L’irrationnel enfle à mesure que l’angoisse grandit, mais les pouvoirs publics devraient être les derniers à réagir à l’angoisse. Une autre temporalité de décision est possible ! Et il y a cette espèce de manière insidieuse de dresser les Français les uns contre les autres, de faire passer les libraires et la chaîne du livre pour une caste élitiste qui exigerait des passe-droits… Monter les fleuristes contre les esthéticiennes, les libraires contre les magasins de bricolage, c’est du populisme.

La question du statut des auteurs devait être au menu de cette Année de la BD. Il semble que la crise l’ait repoussé sine die… Pourriez-vous porter la voix des auteurs sur ces questions ?
Je ne suis pas un spécialiste des réseaux sociaux ni un syndicaliste de la bande dessinée. Parrains et marraines de BD 20-21, nous avions une responsabilité particulière à un moment, mais nous n’avons pas vocation à devenir des porte-parole. L’"Année de la BD n’a pas été lancée pour faire vendre davantage de livres, elle devait célébrer la variété artistique d’un secteur et l’excellence d’un écosystème… La vraie façon de célébrer la bande dessinée, ce serait que tous les auteurs précaires et tous les petits éditeurs qui peinent déjà, survivent au-delà de 2020…

Pourriez-vous redevenir parrain si les librairies finisssent par rouvrir ?
Je crois que les décideurs s’en moquent qu’on revienne ou pas. C’est un peu comme pour les conclusions de la Convention pour le climat… La seule industrie qui fonctionne encore en France, c’est celle des violons pour que les pouvoirs publics puissent pisser dedans. Je suis triste de ce gâchis.


Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités