La providence en histoire. Voilà un beau thème, courageux, compliqué. Simone Bertière l'aborde avec beaucoup d'élégance à travers Henri IV et le destin qui fut le sien. Beaucoup ont écrit sur le sujet, elle rend d'ailleurs hommage à Jean-Pierre Babelon, Arlette Jouanna et Hugues Daussy, mais c'est finalement sur le terrain de Denis Crouzet qu'elle se retrouve, celui des guerres de Religion sans lesquelles on ne peut comprendre comment le modeste Henri de Navarre est devenu roi de France, grâce à cette providence « chargée de faire tourner rond la machine terrestre et d'y maintenir l'ordre voulu par le Créateur ». Munie de cette clé, Simone Bertière fait jouer la serrure des événements pour déchiffrer ces premières années déterminantes.

« À une biographie classique, où tout converge vers le dénouement connu, j'ai préféré une plongée dans le vécu quand l'avenir restait ouvert. » Il y a donc des arrêts sur images qui autorisent le recul sur des détails. Il s'en dégage une sorte de « parcours initiatique » dans un pays ravagé par trente ans de guerres civiles. Henri de Navarre regarde les hommes tomber sur le chemin qui le conduit à la gloire. En 1600, le royaume est pacifié, mais la bonne étoile n'éclaire plus Henri IV. « Il devient un roi comme les autres, avec ses mérites et ses ombres, mais privé de l'élan qui l'avait soulevé. » Dix ans plus tard, le couteau de Ravaillac frappe sa poitrine.

Dans son récit, Simone Bertière défend une vision duale d'Henri IV. D'un côté le personnage porté par une mission, de l'autre celui qui finit par s'ennuyer dans son palais, négligé, acariâtre, priapique, attendant la mort. « Il n'y était pas préparé. Ce fut comme si le ciel lui tombait sur la tête. Non, ce n'était pas ainsi qu'il pensait accéder au trône. » Quel contraste alors avec le monarque pragmatique qui se méfie des grands schémas que l'on pose sur le monde pour soi-disant mieux le comprendre. Il y a cette part de chance, d'heureux hasards qu'il faut saisir. L'opportunité est voisine de la providence. Sauf que. « Les rêves qu'il a caressés, les folies qu'il a commises ne sont plus de son âge et lui font craindre la décrépitude sénile. »

« Malgré mon grand âge », dit-elle - elle est née en 1926 -, Simone Bertière n'a rien perdu de son humour et de son écriture claire. Elle confie même s'être fait plaisir. Comme elle a eu raison ! Dégagée du carcan universitaire en ne préservant que la rigueur, elle nous rend cette joie de plonger dans le passé.

Un formidable vent de liberté traverse ces pages. Le Vert Galant y apparaît comme un écologiste avant l'heure, porté par la nature, guidé par elle en quelque sorte, cette nature qui l'entoure lorsqu'il chevauche et celle des hommes lorsqu'il va à leur rencontre. C'est peut-être cela la providence. Être attentif à ce qui se passe pour prendre les bonnes décisions. Une sorte de prescience des choses et des gens. Cela est fort bien rendu, et cette attitude royale explique sans aucun doute cette postérité exceptionnelle.

Simone Bertière
Henri IV et la providence
De Fallois
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 22 € ; 330 p.
ISBN: 9791032102466

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