Disparition

L'auteur belge Raoul Vaneigem, figure du mouvement libertaire, est mort

Portrait dessiné de Raoul Vaneigem. - Photo Flickr CC - Arturo Espinosa

L'auteur belge Raoul Vaneigem, figure du mouvement libertaire, est mort

Pourfendeur de la société marchande et figure majeure du mouvement situationniste avec Guy Debord, l'écrivain et philosophe belge Raoul Vaneigem est décédé dans la nuit du 28 au 29 juillet, à Barcelone, à l'âge de 92 ans. Outre son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, qui accompagna l’éclosion de Mai 1968, il signa une cinquantaine d'ouvrages. Ses maisons d'édition saluent une vie et une œuvre d'insurgé.

Par Souen Léger
avec AFP Créé le 30.07.2026 à 12h20

« Une vie d'irrévérence et d'attachement viscéral à la liberté. » Tel est l'hommage rendu par les éditions Libertalia, sur leurs réseaux sociaux, à l'écrivain et philosophe belge Raoul Vaneigem, décédé à l'âge de 92 ans, dans la nuit du mardi 28 au mercredi 29 juillet, chez lui à Barcelone.

 

Paru en 1967 chez Gallimard, son ouvrage le plus célèbre, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, était l'un des bréviaires des étudiants de 68 à Paris, un éloge de l'émancipation individuelle contre le consumérisme triomphant. Il y affirme notamment que « nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui ». 

Contre l'aliénation du monde du travail

Né en mai 1934 dans le Hainaut, en Belgique francophone, d’un père cheminot picard et d’une mère d’origine tournaisienne, Raoul Vaneigem avait grandi dans un milieu modeste et anticlérical, bercé par la culture ouvrière de son père, syndicaliste cheminot. Une région qui vit aussi naître les artistes surréalistes René Magritte et Louis Scutenaire, poète auquel Raoul Vaneigem consacra un ouvrage paru chez Seghers, en 1991.

Après des études de littérature et de langues anciennes à Bruxelles, il s'était tourné vers l'enseignement durant une dizaine d'années. La rencontre avec Guy Debord, à l'été 1961 à Paris, a constitué l'un des tournants de sa vie. Ils seront les figures de L'Internationale situationniste, mouvement révolutionnaire et artistique qui mêle théorie politique et culture du détournement, pour mieux combattre l'aliénation du monde du travail.

Dans la continuité de son Traité, il publie Le Livre des plaisirs (L’Atelier du possible, 1978, réédité en 2014 par Espace Nord), un essai qui fait de la jouissance un moyen de critique et de subversion radicales, ou encore Nous qui désirons sans fin (Le Cherche Midi, 1996), qui s'interroge sur un nouveau type d'économie fondé sur des modes de production sollicitant énergies renouvelables et non polluantes. Médiéviste, il s’intéresse par ailleurs au mouvement du Libre-Esprit et signe Les Hérésies (PUF, 1994).

Un « révolutionnaire insatiable »

Plus récemment, ont paru au Cherche Midi La liberté enfin s'éveille au souffle de la vie : manifeste (2020), qui milite pour des insurrections de la vie quotidienne afin d'instaurer la priorité absolue de l'être humain, et Du traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations à la nouvelle insurrection mondiale (2023). Curieux des alternatives autogestionnaires, de l’expérience zapatiste au Chiapas, au Mexique, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, il rédige notamment Acratie et autogestion : vers une société en rupture avec tous les modes de gouvernements oppressifs (Acratie, 2024).

« Révolutionnaire insatiable, mû par une profonde gentillesse, il a accompagné la maturation politique de nos vies et nous a fait l’honneur d’éclairer celle de notre maison d’édition », ont déclaré les éditions Grevis au lendemain du décès du penseur belge. Maison associative basée à Caen, elle a publié son Grimoire : journal d'une alchimie du moi en mars 2026, ainsi que Abolir la prédation, redevenir humain : appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique, en 2024.

« Le désir, l’attention au vivant, la joie, la vie quotidienne étaient pour lui les supports de toute émancipation, ont encore écrit les éditions Grevis sur leurs réseaux sociaux. Nous espérons que chacune et chacun trouvera, dans les luttes comme dans ses mots, l'aspiration à une vie meilleure. »

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