Il existe, dans la pensée indienne, si vaste, si complexe, le concept de satyanveshi, « chercheur de vérité », celui qui ne renonce jamais avant d'avoir élucidé une affaire, arrêté le ou les coupables, cette vérité dût-elle ne pas trouver son débouché dans la justice. C'est ainsi que la toute-puissante maharani Shubhadra, doyenne des trois épouses du maharadjah de Sambalpur et de ses 126 concubines, qui gouverne le royaume dans l'ombre du zénana (le harem) depuis cinquante ans, qualifie le capitaine Wyndham. Celui-ci, officier de la police impériale britannique, ancien inspecteur de Scotland Yard, a vu sa vie basculer à cause de la Première Guerre mondiale. Il a pour adjoint le sergent Satyendra Banerjee, dit Sat, jeune brahmane bengali athée. Les deux hommes sont liés par une affectueuse complicité, une confiance absolue, et un solide mépris de tous les préjugés, sans compter un sens de l'humour so British : le garçon a fait ses études à Harrow.

C'est même là qu'il a coudoyé le prince Adhir Singh Sai, fils aîné du maharadjah et yuvraj, prince héritier de Sambalpur. Un jeune homme moderne, occidentalisé, réformateur. Il est notamment opposé au projet des Anglais - qui sentent déjà, en 1920, leur Empire des Indes, le Raj, se désagréger - de créer une Chambre des Princes, calquée sur la Chambre des Lords, un aréopage de conservatisme. C'est peut-être cela qui lui coûte la vie : Adhir est assassiné en pleine rue de Calcutta, dans sa voiture, par un prêtre en robe safran manieur de colt, et expire dans les bras des policiers. Wyndham et Sat partent toutes affaires cessantes pour Sambalpur, afin d'assister aux funérailles du prince et d'enquêter. Le meurtrier, lui, traqué, s'est suicidé : sur son front, le sricharanam, signe distinctif des zélotes du dieu Vishnou. Sambalpur est célèbre dans toute l'Inde pour son culte et son temple de Jagannath, un avatar de Vishnou.

Adhir a-t-il été tué par des fanatiques religieux, un Premier ministre corrompu (l'État est riche en mines de diamants et de charbon), ou par quelqu'un du Palais ? Pas par son cadet Punit en tout cas, empoisonné le jour de son intronisation. Au terme d'une enquête réjouissante, compliquée à souhait et soigneusement documentée, Wyndham et Sat découvriront bien sûr la vérité. Mais justice sera-t-elle faite ?

Abir Mukherjee
Les princes de Sambalpur Traduit de l'anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle
Liana Levi
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 20 € ; 368 p.
ISBN: 9791034903245

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités