Coronavirus

Une situation dramatique pour les libraires francophones

Une situation dramatique pour les libraires francophones

L’Association internationale des libraires francophones alerte sur la situation des professionnels face à la pandémie du coronavirus et se mobilise pour les accompagner. L'AILF et le Bief ont dressé un état des lieux des librairies francophones fermées, démontrant un désastre pour le secteur dans le monde entier.

Par Alexiane Guchereau,
Créé le 01.04.2020 à 15h13,
Mis à jour le 01.04.2020 à 16h01

Après l’annulation du rendez-vous annuel de l’Association internationale des libraires francophones durant le week-end de Livre Paris, au CNL, "pour ne pas exposer et peut-être augmenter les risques de contamination à leur retour" des professionnels lors de leur voyage, l’AILF a mesuré l’impact de la pandémie sur son activité et demandé plusieurs mesures destinées à rassurer les professionnels inquiets pour l’avenir.

"Aujourd’hui, la situation s’est amplifiée à une vitesse telle que plus des deux tiers de notre réseau est à l’arrêt avec des fermetures obligatoires ou anticipées. Sur le tiers restant, la fermeture se profile à l’horizon", rappelle-t-elle avant de mentionner les difficultés structurelles des librairies tels que des délais de livraison importants ou la concurrence redoutable de la vente en ligne.

L'AILF souligne d'ailleurs "l’inexistence, à quelques exceptions près, d’aides locales en termes de protection sociale et de chômage partiel" et déplore les difficultés économiques liées à la perte de chiffre d’affaires et au maintien des charges fixes qui pèsent sur les libraires. 

Les mesures annoncées par l'AILF 

L'association annonce avoir réalisé un état des lieux, en partenariat avec le Bief, et avoir contacté les directeurs export des principaux groupes pour les interroger sur plusieurs points et sur les mesures prises par chacun auprès des libraires francophones : état de la chaîne d’approvisionnement, report d’échéances, arrêt d’offices et réassorts, continuité des commandes, etc.
 

Etat des lieux de la librairie francophone

"Parmi la quarantaine de pays sur lesquels nous avons obtenu des informations, plus de deux tiers des librairies ont dû « fermer boutique ». Et aucun continent n’est épargné comme le montre la liste des 30 pays concernés par ces fermetures (Algérie, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Burkina Faso, Chili, Chine, Chypre, EAU, Egypte, Espagne, France, Guyane, Haïti, Hongrie, Israël, Italie, La Réunion, Liban, Maroc, Madagascar, Mauritanie, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie, Rwanda, Syrie, Thaïlande, Tunisie, USA)... Et la liste n’est pas exhaustive et s’allonge chaque jour un peu plus..." affirme l'AILF dans son état des lieux réalisés conjointement avec le Bief.

En Europe, "seuls 3 ont encore des librairies ouvertes, mais pour combien de temps ?" s'interroge l'association.

Pour l’Afrique Subsaharienne, sur les 7 pays consultés (Mauritanie, Sénégal, Niger, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Rwanda), "seules deux librairies ont fermé car c’est le dernier continent à avoir été touché par cette pandémie. Toutefois, de plus en plus sont soumis à l’état d’urgence comme au Sénégal et en Côte d’Ivoire, ce qui va impacter fortement l’ouverture des magasins." Ainsi, au Sénégal, la librairie Clairafrique nous explique le 25 mars 2020 que "les réductions d’horaires liées à la fréquentation des points de vente depuis le 16 mars ont fait chuter leur CA alors qu’ils savent déjà que l'état d'urgence de 3 mois déclaré par le Président de la République, va les contraindre à fermer". Au 1er avril, c'est au Burkina Faso que la librairie Mercury ferme après 15 jours sans aucun client en librairie selon son directeur Thierry Milogo.

Côté Océan Indien et Asie, où sur les six pays ou régions représentés (La Réunion, Australie, Thaïlande, Singapour, Hong Kong, Madagascar, Chine), quatre ont fermé leurs librairies.  Chez Parenthèses à Hong Kong, après les manifestations de 2019 ajoutées aux cas de Covid 19, "La librairie reste ouverte pour une question de survie car les loyers et salaires sont dus à chaque fin de mois." A Madagascar, Voahirana Ramanlajoana, de la librairie Millefeuilles, a décidé le 23 mars, au lendemain de la déclaration du président malgache, de fermer sa librairie. En Chine, la reprise est timide. Yohan Radomski, de l’Arbre du voyageur à Shanghai a expliqué lundi 30 mars : "Une des toutes premières librairies francophones fermées pour cause de COVID-19, depuis la mi-janvier vient d’ouvrir un service de vente à distance mais ne pouvant porter que sur les livres en stock".

Dans le monde arabe, parmi les 8 pays (Tunisie, Algérie, Maroc, Égypte, Liban, Emirats arabes unis, Syrie, Israël), toutes les librairies ont fermé. Michel Choueiri à Dubaï a fermé sa librairie le 25 mars, décision qu’il a prise voyant que les lieux publics fermaient et que le nombre de contaminations augmentait.Vice Versa à Jérusalem a baissé le rideau le 18 mars.

Enfin, Outre Atlantique, sur les 7 pays de l'échantillon (Argentine, Brésil, Chili, Costa Rica, Guyane, Haïti, USA), seule une librairie est restée ouverte au Costa Rica (avec des horaires aménagés) mais toutes proposent des services à distance comme Le Comptoir au Chili.



Elle propose de mettre en avant tout type d'initiatives d'éditeurs ou libraires permettant de trouver des alternatives aux difficultés rencontrées par les professionnels de la chaîne du livre, comme celle des éditeurs du groupe Madrigall. De fait, elle reste en contact avec la Centrale de l’édition, qui lui a transmis un tableau sur l’état du fonctionnement des transporteurs principaux et qui a déjà négocié des reports de garantie. Elle demande aussi des mesures exceptionnelles pour la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur). Enfin, en lien avec le CNL, l'AILF réclame des précisions sur les dispositifs annoncés par le ministre de la Culture concernant les cinq millions d’euros attribués au livre pour savoir si cela concerne les librairies francophones à l’étranger.

Si ces mesures ne suffisent pas à "compenser la perte de trésorerie d’un secteur dont on sait que c’est un point faible, il faudra alors se mobiliser avec ces partenaires institutionnels que sont l’Organisation internationale de la francophonie, les Instituts français, les ministères de la Culture des pays concernés pour épauler localement les librairies, en privilégiant les commandes locales, ou en développant des dispositifs d’aide exceptionnels", prévient l'AILF

 

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