Le livre de Marcela Iacub : le danger de la facilité

Extrait de la couverture du livre de Marcela Iacub

Le livre de Marcela Iacub : le danger de la facilité

Deux tribunes distinctes parues hier dans Le Monde - l'une signée par des éditrices (Joëlle Losfeld, Annie Morvan, Liana Levi), des librairies et des journalistes et l'autre par Christine Angot - tirent un signal d'alarme.

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Par Vincy Thomas,
avec vt,
Créé le 24.02.2013 à 00h00,
Mis à jour le 24.02.2013 à 00h00

La parution à venir du livre de Marcela Iacub, Belle et Bête (Stock) le 27 février (voir notre actualité), a provoqué de nouvelles réactions ce week-end, après avoir agité le monde médiatique, politique et les réseaux sociaux lors de la révélation des bonnes feuilles par Le Nouvel Obs jeudi. Libération a mis sa chroniqueuse en Une vendredi, justifiant cette mise en avant par la qualité littéraire du texte.

Les éditrices Joëlle Losfeld, Annie Morvan (Le Seuil) et Liana Levi, les libraires Michèle Capdequi (La Préface, à Coulommiers) et Yannick Poirier (Tschann à Paris), les journalistes Kathleen Evin (France Inter) et Martine Laval, l'attachée de presse Christelle Mata et l'historienne Annette Wievorka ont signé une tribune dans Le Monde intitulée « Prêts à tout ? » : « Journalistes, éditeurs, auteurs, libraires, sommes-nous prêts à tout pour sauver nos professions ? C'est la question que nous devons nous poser aujourd'hui face à la parution fortement médiatisée du texte de Marcela Iacub » lancent les signataires en préambule.

« Prêts à tout, les auteurs, pour faire un best-seller ? » interpellant Marcela Iacub, « qui, afin de publier un ouvrage qu'elle prévoit fortement relayé, dit avoir entretenu une liaison "pour être en mesure d'écrire ce livre" ».

« La date où l'édition aura signé son arrêt de mort »

« Prêts à tout, les éditeurs, pour avoir un titre dans la liste des meilleures ventes ? » en pointant du doigt Stock « qui a inscrit à son catalogue Stefan Zweig, Virginia Woolf, Isaac Singer, qui retrousse ses manches pour défendre un livre douteux. »

« Prêts à tout, les journalistes, pour faire un numéro mémorable en ventes, ou de l'audience ? » en s'étonnant naïvement qu'un « hebdomadaire engagé à gauche (...) consacre à cet ouvrage 6 pages. » Et le texte lance alors sa charge : « Sur une chose, nous ne pouvons que donner raison à l'hebdomadaire qui a lancé cette affaire et à tous les journalistes qui lui ont emboîté le pas. Ce livre fera date. La date où l'édition aura signé son arrêt de mort, la date où les éditeurs seront devenus non pas des catalyseurs de littérature, d'idées, de recherche, mais des vendeurs de papier et d'e-books racoleurs. Si personne ne réagit. Celle où les journaux de contenu cesseront de paraître parce qu'on leur préférera définitivement la facilité et le sensationnel. Si personne ne réagit. »

Angot n'est pas Iacub

Et les signataires ne sont pas les seuls à se révolter contre ce monde « où la prostitution morale, la vulgarité, le lynchage public, le profit deviennent les valeurs centrales ». Christine Angot a écrit un long texte, « Non, non, non et non » dans le même quotidien : l'article était hier le plus partagé par les lecteurs du Monde.fr. Elle défend son style, son talent littéraire, une littérature qui pense, et finalement elle refuse l'amalgame entre le livre de Iacub et ses romans. « Non, ce que fait Marcela Iacub et que Philippe Lançon appelle "une littérature expérimentale, violente comme ce qu'elle traverse, inspirée par un esprit de risque et de performance, qui cherche à approcher au plus près la corne du taureau", n'est pas la même chose que ce que je fais. »

Angot remercie ainsi le journaliste chroniqueur Jean-Michel Apathie « d'avoir dit au "Grand Journal" à Eric Aeschimann qui se permettait de comparer mes livres à celui de Marcela Iacub, merci d'avoir répondu "mais Christine Angot ça n'a rien à voir, Christine Angot elle raconte comment son père l'a violée". »

« Je les ai connus moins engagés au côté des écrivains ».

L'écrivaine se moque avec ironie des pudeurs de Marcela Iacub, définissant son exercice de style comme « facile » et donnant une leçon de littérature, expliquant la différence entre le réel qu'un auteur cherche à restituer et le fantastique, revendiqué dans Belle et Bête, simple transposition d'images. Angot s'attaque aux clichés répétés par les journalistes, égratignant au passage Jérôme Garcin, le choix de Iacub de préférer l'expérience fantasmée à la sordide réalité. Elle lance ses piques au Nouvel Obs, « Journal dont je salue au passage la défense d'un livre par amour soudain de la littérature et au mépris tout aussi soudain de l'atteinte à la vie privée, je les ai connus moins engagés au côté des écrivains. » Angot en vient même à dépeindre un DSK à l'opposé de ce que Iacub raconte dans son « expérience » destructrice.

« Je note que tous ces papiers ont été écrits par des hommes, Aeschimann, Bourmeau, Garcin, Lefort, Lançon. Pourquoi ça leur plaît ? C'est simple. Marcela Iacub défend l'idée qu'un cochon sublime ça existe, et que ça plaît aux femmes. Dans Une semaine de vacances [le dernier roman de Christine Angot publié en septembre 2012] on voit le contraire. ça ne plaît pas à la jeune fille » rappelle l'auteure.

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