Proclamation

Le prix Goncourt 2021 pour Mohamed Mbougar Sarr

Le lauréat Mohamed Mbougar Sarr félicité par Didier Decoin, président de l'académie Goncourt, à la table de Drouant - Photo OLIVIER DION

Le prix Goncourt 2021 pour Mohamed Mbougar Sarr

La plus secrète mémoire des hommes, paru chez Philippe Rey, a remporté le prix Goncourt 2021.

Par Isabel Contreras, Dahlia Girgis, Thomas Faidherbe,
Créé le 03.11.2021 à 12h49,
Mis à jour le 05.11.2021 à 16h10

Le prix Goncourt 2021 a couronné, mercredi 3 novembre, La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, paru le 19 août chez Philippe Rey. Le roman a reçu six voix dès le premier tour.

"Je suis évidemment très heureux et très honoré, a réagi le lauréat à son arrivée chez Drouant. Je crois qu'aujourd'hui l'académie Goncourt envoie un signal très fort à beaucoup de gens. D'abord au milieu littéraire français, évidemment, mais aussi à tous les milieux littéraires de l'espace francophone, et je pense que c'est important de le dire. (...) Je n'ignore pas les questions politiques qu'il peut y avoir derrière une récompense semblable et je remercie vraiment le jury d'avoir eu ce geste là, ce n'est pas un geste de faveur mais un geste littéraire".

Le quatrième roman de l'écrivain sénégalais était le grand favori de cette rentrée littéraire. S'il  a figuré dans les premières sélections des principaux prix d'automne (Médicis, Femina, Renaudot, Décembre...),  il est encore en lice pour le Goncourt des lycéens et pour le prix Wepler-Fondation La Poste. Jusqu'ici il avait été uniquement distingué par le prix Transfuge 2021. L'auteur avait reçu en 2018 pour ce livre la bourse "Ecrivain", décernée par la Fondation Jean-Luc Lagardère. C'est le plus jeune récipiendaire du Goncourt depuis Patrick Grainville en 1976, qui avait alors 29 ans.

"Nous avons reconnu la jeunesse du talent avec Mohamed Mbougar Sarr, a réagi, tout sourire, le président de l'académie Goncourt, Didier Decoin. Ce livre est un hymne à la littérature. Quand on aime lire, on aime la littérature et je pense que le lecteur va se sentir en omnose avec ce livre. Il y a toutefois certaines tournures qui semblent hermétiques mais je trouve qu'elles sont un peu africaines, c'est comme quand je regarde une sculpture fétichiste, parfois je ne comprends pas bien ce que le sculpteur a voulu faire mais ça me parle, ça m'émeut, et c'est la même chose avec certaines phrases de Sarr où il a parfois des audaces dans l'association des mots et de la narration. Cela m'enchante."


Ce Goncourt est aussi une consécration pour la maison d'édition Philippe Rey qui, après 19 ans d'existence, voit pour la première fois un auteur de son catalogue sacré par la plus prestigieuse des récompenses littéraires. L'éditeur est en lice pour le Trophée de la petite maison d'édition cette année. "Un Goncourt au bout de 19 ans d'existence, c'est absolument énorme pour un éditeur, a réagi Philippe Rey. C'est à la fois une réconnaissance, une consécration, d'abord de l'auteur mais aussi une consécration du travail d'éditeur, qui plus est indépendant. Je suis fou de joie".


Célèbrer la francophonie
 
Mohamed Mbougar Sarr - Photo ANTOINE TEMPÉ


A l'âge de 31 ans, Mohamed Mbougar Sarr entre dans la cour des grands. Il  a précédemment reçu le prix Stéphane Hessel pour sa nouvelle La cale (2014), puis le prix Ahmadou Kourouma et le Grand Prix du Roman métis (2015) pour son premier roman Terre ceinte (Présence africaine). Silence du chœur (Présence africaine) avait été distingué par le Prix littéraire de la Porte dorée en 2018. Il a également écrit De purs hommes, chez Philippe Rey, récipiendaire du French Voices Award.

En sacrant ce romancier sénégalais, l'académie Goncourt célèbre la francophonie et marque ainsi le centenaire du prix Goncourt au Martiniquais René Maran, premier écrivain noir à avoir reçu cette distinction pour Batouala (Albin Michel). "C'est une façon aussi de célébrer l'Afrique et celles et ceux qui pour produire et mettre en musique leur imaginaire vont choisir notre langue et la faire sonner différemment", a souligné le Secrétaire général de l'académie Goncourt, Philippe Claudel.


Un "hot book" à l'étranger

Depuis sa parution en août, La plus secrète mémoire des hommes a suscité les convoitises de nombreux éditeurs étrangers. Le livre a été cédé en 23 langues (anglais, espagnol, norvégien, italien...) et la chinoise est en passe de devenir la 24e ! Représenté par BAM, ce livre a fait l'objet d'enchères, notamment en Allemagne où il a été cédé à Hanser pour une somme à six chiffres. 

Fin septembre, environ 3000 exemplaires (source GfK) de La plus secrète mémoire des hommes s'étaient écoulés. Près d'un mois plus tard, les ventes se chiffrent à plus de 10000 exemplaires. 

L'académie Goncourt, présidée par Didier Decoin, se compose d'Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel et Pierre Assouline.

Mohamed Mbougar Sarr succède à Hervé Le Tellier, distingué en 2020 pour L'anomalie (Gallimard).

 

Résumé du livre

Le roman raconte la quête d'un écrivain sénégalais, Diégane Latyr Faye. Il cherche à en apprendre davantage sur un mystérieux auteur dénomé T.C. Elimane. Ce "Rimbaud nègre" avait fait scandale avec la parution d'un livre, Le labyrinthe de l’inhumain, en 1938. Depuis cette date, l'auteur anonyme n'a plus été édité et avait disparu de la mémoire collective. 

Pendant sa scolarité au Sénégal, Diégane Latyr Faye découvre pourtant son nom dans un "Précis des littératures nègres". Des années plus tard, le narrateur devenu romancier à Paris se voit offrir le fameux labyrinthe de l’inhumain par Marème Siga D, écrivaine sexagénaire. Fabuleux ou ignoble, le livre fait débat au sein du cercle de jeunes auteurs africains que fréquente le narrateur.

Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l’accapare, Diégane Latyr Faye mène en parallèle une réflexion sur l'essence de la littérature. Dans des envolées lyriques, il s’interroge sur l'intérêt de l'écriture et sur la nécessité de la création à partir de l’exil. Du Sénégal à la France en passant par l’Argentine, quelle vérité l’attend au centre de ce labyrinthe ? Tenu en haleine le long du récit, le lecteur se retrouve confronté au colonialisme, le rapport entre l'homme noir et l'Occident, mais également aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah.

 

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