Meilleures ventes 2016

851 800 exemplaires : Harry Potter et l’enfant maudit, la pièce de théâtre de Jack Thorne, d’après une idée de J. K. Rowling, John Tuffany et Jack Thorne, a été le succès annoncé et s’impose en tête des meilleures ventes de l’année 2016. Les fans se sont précipités sur ce volume, y compris dans sa version anglaise. Mais le célèbre sorcier de J. K. Rowling a aussi été découvert par une nouvelle génération qui a lu en poche les sept volumes de la saga, Les contes de Beedle le barde et Le quidditch à travers les âges ; sans oublier la version illustrée des deux premiers tomes (19 500 ventes). Au total, ce sont 1 566 200 volumes d’Harry Potter qui se sont vendus en 2016, le rapprochant ainsi des scores d’un Astérix (1,6 million d’exemplaires en 2015, sur un seul album il est vrai).

Parallèlement, Guillaume Musso se retrouve dans le trio de tête du top 50 pour la 3e année consécutive, dans celui des romans pour la 6e année, s’affirmant comme le romancier français le plus lu. Il occupe la 2e place du palmarès avec L’instant présent en poche (Pocket), la 3e place avec La fille de Brooklyn en grand format (XO), et la 47e avec Central Park en poche, totalisant 1 372 900 ventes.

Le top de l'année



Reste que le chiffre d’affaires global du top 50 en 2016 (174,6 millions d’euros) est sensiblement inférieur (- 17,3 %) à celui de 2015 (211,1 millions d’euros). La baisse en volumes est presque du même niveau (- 18,1 %) avec 12 732 600 exemplaires vendus contre 15 551 800 en 2015. En cette période de difficultés économiques, les ventes se concentrent sur les formats poche, qui occupent près de la moitié du top 50 (20 titres). Sur ce créneau, Pocket confirme sa position de leader avec 10 titres placés au top 50, dont 5 dans le top 10, suivi du Livre de poche (7 titres), de Folio (2 titres) et de J’ai lu (1 titre). On retrouve en poche les grands succès de l’année précédente comme La fille du train de Paula Hawkins (405 400 ventes), L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante (382 700), Le jour où j’ai appris à vivre de Laurent Gounelle (330 700), Tu me manques d’Harlan Coben (305 600) ou Le secret du mari de Liane Moriarty (273 900).

Les ventes se concentrent aussi sur certains auteurs comme Guillaume Musso déjà cité, Marc Levy (718 200 ventes au total, dont 13 000 du coffret collector L’horizon à l’envers), Michel Bussi (603 200 ventes), Jean d’Ormesson (318 000 ventes) et David Foenkinos (296 300 ventes), voire Jean-François Mallet, qui figure dans le palmarès avec deux de ses Simplissime (390 700). Parallèlement plusieurs succès de 2015 ont continué à se vendre comme Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders (377 600 ventes), également 7e du top 50 en 2015, ou Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano (318 400 ventes).

Magie du sorcier

Neuf ans plus tard, le sorcier revient dans une pièce de théâtre, signée Jack Thorne, qui ensorcelle à nouveau. Il séduit même une nouvelle génération de lecteurs qui n’avait pas encore lu la saga de Rowling et qui la découvre en poche. En tout : plus de 1,5 million de ventes dans l’année.

Magie de la rencontre

Le lieu ? Un bar de Manhattan. Les protagonistes ? Lisa, serveuse qui rêve de devenir comédienne, et Arthur Costello, un jeune médecin urgentiste. L’intrigue ? Un amour impossible à cause d’un secret de famille. Le livre a dépassé 1,1 million de ventes, poches et grand formats, en 2016.

Magie du suspense

Avec La fille de Brooklyn, Guillaume Musso livre un nouveau thriller entre Paris et New York. Sans faiblir : il a vendu 1,3 million de volumes en France cette année et au total 28 millions dans le monde en 13 livres, dont deux sont en cours d’adaptation à la télévision et au cinéma.

Si le Goncourt de Leïla Slimani, Chanson douce, est un bon cru (358 100 ventes), le top 50 ne réserve guère de surprises à l’exception de deux premiers romans, Petit pays de Gaël Faye, couronné par trois prix (279 100 ventes), et En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut (277 900), de quelques titres politiques, ou de ce grand classique de la littérature américaine qu’est Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, redécouvert à la mort d’Harper Lee.

Pocket, la preuve par dix

Huit titres au top 50 en 2015, dix en 2016 dont trois parmi les cinq premiers, signés Guillaume Musso, Marc Levy et Paula Hawkins, et cinq dans les dix premiers : Pocket s’impose comme l’éditeur de l’année 2016. Dans un top 50 tous genres confondus qui compte 20 poches, la marque leader d’Univers Poche en inscrit la moitié, devant Le Livre de poche (7 titres), Folio (2) et J’ai lu (1), totalisant 3,3 millions de ventes avec seulement dix nouveautés. Un succès que Pocket doit à son positionnement comme l’éditeur privilégié de la littérature populaire française.

Aux côtés de La fille du train de Paula Hawkins (405 400 ventes), phénomène 2015 en grand format, et du dernier Harlan Coben, Tu me manques (305 600), les bons résultats de Pocket sont d’abord ceux de ses auteurs français : Guillaume Musso, Marc Levy, Michel Bussi, Laurent Gounelle, Gilles Legardinier, Bernard Minier et Agnès Ledig. "Il y a une vraie richesse, un vrai dynamisme chez les auteurs français", se réjouit Marie-Christine Conchon, P-DG d’Univers Poche. Pocket joue la variété, du thriller avec Musso et Minier aux romans de Marc Levy, en passant par les "histoires qui font du bien" de Laurent Gounelle ou Agnès Ledig.

La stratégie de l’éditeur ? "Nous nous engageons avant tout pour nos auteurs que nous suivons depuis leur premier livre comme Bernard Minier ou Agnès Ledig. Sur le tableau n’apparaissent que les nouveautés, mais tous les titres de chacun d’entre eux sont bien vivants dans notre catalogue. C’est pour nous un travail de longue haleine auprès des auteurs comme des éditeurs de grand format, des libraires et du public", souligne Marie-Christine Conchon. Dans un marché du poche qu’elle juge "très concurrentiel, mais très sain car très animé", elle note que "le poids du poche dans les ventes est une spécificité française dont tout le monde a lieu de se féliciter". Et de réaffirmer son attachement à cet "objet attractif, à un prix accessible, présent dans tous les points de vente". C. C.

Méthodologie

Le classement des meilleures ventes de l’année est réalisé par GFK pour Livres Hebdo. Les chiffres indiqués sont des estimations obtenues à partir des ventes réelles de livres physiques (comptabilisées aux caisses des magasins), enregistrées entre le 4 janvier 2016 et le 1er janvier 2017, en France métropolitaine, auprès d’un panel représentatif de près de 5 000 points de vente. Ce classement inclut à hauteur de leurs parts de marché tous les circuits de distribution de vente au détail : librairies de 1er et 2e niveaux, maisons de la presse, grandes surfaces culturelles, grandes surfaces alimentaires, Internet, grandes surfaces de jeux et jouets, de bricolage, de décoration. Il exclut les ventes réalisées à l’export et dans les Dom, les ventes aux grossistes, les clubs et la VPC. Le classement des livres audio n’inclut pas les téléchargements depuis Internet.

La fiction délaissée

Les scores des romans sont très inférieurs à ceux de 2015 et le palmarès laisse peu de place aux découvertes en dépit des percées de Petit pays et d’En attendant Bojangles.

Photo OLIVIER DION

Avec 8 162 668 exemplaires vendus (contre 10 992 400 en 2015) pour un chiffre d’affaires de 158,5 millions d’euros (215,3 millions d’euros en 2015), soit des baisses respectives de 25,7 % et de 26,4 %, les performances du top 100 des meilleures ventes de romans marquent nettement le pas en 2016. Comme il le fait depuis six ans, Guillaume Musso règne en maître sur le palmarès dans lequel La fille de Brooklyn (XO), son dernier thriller, mène avec 545 200 ventes, loin devant les 358 100 de Chanson douce de Leïla Slimani, numéro deux, le prix Goncourt 2016.

Les scores des romans les plus vendus en 2016 sont presque tous plus faibles que l’année précédente. En 2015, dix titres dépassaient les 300 000 ventes : ils ne sont plus que trois en 2016. Et les découvertes sont rares même si Petit pays, le premier roman de Gaël Faye, couronné par les prix du Roman Fnac, du Premier roman français et du Goncourt des Lycéens, et vendu à 279 100 exemplaires, se hisse en 4e position. Côté prix littéraires, on retrouve aussi parmi les 100 romans les plus vendus l’an dernier le grand prix du Roman de l’Académie française, Le dernier des nôtres d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre (108 100 ventes), le prix Renaudot Babylone de Yasmina Reza (81 300), l’Interallié Repose-toi sur moi de Serge Joncour (48 000) et le Femina Le garçon de Marcus Malte (38 081). La rentrée littéraire est aussi représentée, entre autres titres, par ceux d’Annie Ernaux, Jean Echenoz, Laurent Gaudé, Yasmina Khadra, Jean Teulé et Andreï Makine. Mais comme nous l’écrivions en décembre (1), elle a eu du mal à s’imposer dans des librairies abondamment fournies en documents politiques, en vue des élections de 2017.

Outre la percée de Petit pays, les principales surprises viennent d’En attendant Bojangles, premier roman d’Olivier Bourdeaut, paru chez un petit éditeur, Finitude, qui totalise 277 900 ventes et s’installe en 5e position (voir encadré), et du Grand marin de Catherine Poulain (95 500 ventes). Elena Ferrante a poursuivi sa carrière avec Le nouveau nom, deuxième volet de la tétralogie L’amie prodigieuse (95 800 ventes), et le best-seller américain City on fire, premier roman de Garth Risk Hallberg (65 100 ventes), a lui aussi séduit les lecteurs français.

Le reste du palmarès est largement attendu. Aux côtés des habitués des meilleures ventes que sont Marc Levy, David Foenkinos, Bernard Werber, Laurent Gounelle, Amélie Nothomb, Gilles Legardinier ou Eric-Emmanuel Schmitt, on retrouve les feel-good books emmenés par le long-seller de Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, paru en 2015 et qui a continué à se vendre au point de figurer en 3e position du top 100 (318 400 ventes). La romance érotique, qui fait les bonnes affaires de Hugo Roman avec trois volumes d’Anna Todd (12e, 28e, 52e), et celles de J’ai lu avec Sylvia Day (81e), résiste. Mais le classement fait aussi apparaître un grand nombre de long-sellers. La fille du train de Paula Hawkins, Le livre des Baltimore de Joël Dicker, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan, 2084 : la fin du monde de Boualem Sansal, Boussole de Mathias Enard ou Soumission de Michel Houellebecq, tous parus en 2015, ont encore réalisé de bons scores en 2016. Sans oublier Matin brun de Franck Pavloff, paru en 1998 et redécouvert après les attentats de 2015, qui s’est encore écoulé à 39 382 exemplaires en 2016.

Le polar se taille toujours la part du lion avec 23 titres sur la liste, soit près d’un roman vendu sur quatre. Tous les poids lourds du secteur sont représentés avec, outre Guillaume Musso, Michel Bussi, Camilla Läckberg, Pierre Lemaitre, Harlan Coben, Paula Hawkins, Franck Thilliez, Maxime Chattam, Mary Higgins Clark (2 titres), Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Stephen King, Michael Connelly, Jussi Adler-Olsen, Elizabeth George, David Lagercrantz, M. C. Beaton, Patricia Cornwell, Lars Kepler, Caryl Férey, John Grisham, Arnaldur Indridason, Donna Leon, Olivier Norek, Jean-Christophe Grangé. Du lourd. C. C.

(1) Voir "Rentrée littéraire 2016 : ceux qui ont percé", dans LH 1110, du 16.12.2016, p. 18.

Bojangles : prévu à 2 000, vendu à 277 900

Olivier Bourdeaut - Photo DR

"J’avais demandé un devis à l’imprimeur pour 2 000 exemplaires, mais finalement nous avons tiré à 10 000 car les droits avaient été achetés dans huit pays avant même la sortie. On ne pouvait pas imaginer il y a un an que ça se passerait aussi bien", se souvient Thierry Boizet, cofondateur de Finitude avec Emmanuelle Boizet, et heureux éditeur du premier roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles. Cinquième dans le palmarès des romans, le livre s’est vendu à 277 900 exemplaires, auxquels s’ajoutent 15 000 ventes en numérique.

L’histoire de ce "premier roman arrivé par la poste et que tout le monde avait refusé" est une success story comme en réserve parfois l’édition. En attendant Bojangles - un titre qui fait référence à une chanson de Nina Simone - raconte, vue par un petit garçon, l’histoire d’amour (qui finit mal) de ses parents, qui font la fête, dansent sur Mister Bojangles, allument un feu de joie dans l’appartement avec les factures, le tout sous le regard d’un oiseau exotique appelé Mademoiselle Superfétatoire.

Le livre a été vendu en 29 langues et paraîtra dans 40 pays, dont les Etats-Unis chez le très célèbre Simon & Schuster en 2018. Il paraîtra en poche chez Folio en mai et une adaptation en bande dessinée est prévue avant la fin de l’année chez Steinkis, signée Ingrid Chabbert et Carole Maurel. Il devrait être adapté au théâtre cet automne et les droits en ont été vendus au cinéma. En attendant, Olivier Bourdeaut travaille à son second roman.

Une année politique

Au cours d’une année préélectorale marquée par le succès de la primaire à droite, le livre politique a largement porté les ventes dans le secteur des essais.

Photo OLIVIER DION

2016 a été une bonne année pour les essais et les documents. Derrière la fiction jeunesse (grands formats et poches), le top 100 des meilleures ventes du secteur représente un chiffre d’affaires de 111,3 millions d’euros contre 101,9 millions d’euros en 2015 (+ 8,5 %), avec 6 080 644 exemplaires vendus contre 5 982 900 en 2015 (+ 1,6 %). Quatorze titres, contre 7 en 2015, dépassent les 100 00 ventes dans un palmarès dominé pour la deuxième année consécutive par Le charme discret de l’intestin de l’Allemande Giulia Enders, le best-seller 2015 qui s’est encore vendu à 377 600 exemplaires en 2016, et par Trois amis en quête de sagesse de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard (L’Iconoclaste/Allary), qui atteint 296 200 ventes. Jean d’Ormesson totalise quant à lui 318 000 ventes avec deux titres, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle (5e) et le Guide des égarés (9e).

Le palmarès est avant tout politique. Au cours d’une année préélectorale, marquée par le succès de la primaire à droite, les hommes politiques se sont mis sur les rangs en s’appuyant sur le livre, allant parfois jusqu’à publier deux titres dans l’année comme Nicolas Sarkozy, qui totalise 251 600 ventes avec La France pour la vie et Tout pour la France (Plon), Philippe de Villiers, 139 00 avec Les cloches sonneront-elles encore demain ? et Le moment est venu de dire ce que j’ai vu (Albin Michel), François Fillon, 100 300 avec Vaincre le totalitarisme islamique et Faire (Albin Michel), Alain Juppé, 68 158 avec Pour un Etat fort et Cinq ans pour l’emploi (Lattès). Emmanuel Macron a vendu 87 000 exemplaires de Révolution (XO) et Jean-Luc Mélenchon 81 700 de L’avenir en commun (Seuil).

Symptomatiquement, Un président ne devrait pas dire ça…, le livre d’entretiens de François Hollande avec les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Stock, 172 600), a pesé dans le débat au point de conduire le président de la République à renoncer à se représenter (voir encadré page 23). On le retrouve dans Conversations privées avec le Président d’Antonin André, chef du service politique d’Europe 1, et Karim Rissouli, chroniqueur à France 2 (Albin Michel, 27 932 ventes), et dans Un quinquennat pour rien, le bilan critique d’Eric Zemmour (Albin Michel, 71 100). D’autres personnalités du monde politique ont pris la parole sans être candidats comme Christiane Taubira, qui réalise un très beau score de 155 200 ventes avec Murmures à la jeunesse, ou Jean-Louis Debré avec Ce que je ne pouvais pas dire (118 900), suivis par Bruno Le Maire (Ne vous résignez pas !, 35 200) et Jacques Attali (100 jours pour que la France réussisse, 35 000). Sans oublier La face cachée du Quai d’Orsay de Vincent Jauvert (24 347). On a même assisté au retour de François Mitterrand, avec la publication posthume de ses Lettres à Anne, 1962-1995 (62 400 ventes).

Certains titres ont entretenu le souvenir des attentats de 2015, comme Vous n’aurez pas ma haine, le témoignage d’Antoine Leiris, qui a perdu sa femme dans la tuerie du Bataclan le 13 novembre (155 700 ventes), ou Souriez, vous êtes français ! (21 166), le livre posthume de Bernard Maris, décédé dans l’attentat contre Charlie Hebdo. Tandis que Gilles Kepel et Antoine Jardin analysent le djihadisme dans Terreur dans l’Hexagone (44 100 exemplaires vendus).

Trois courts textes coups de poing - Une colère noire : lettre à mon fils de Ta-Nehisi Coates, sur le racisme ; Bienvenue à Calais : les raisons de la colère de Marie-Françoise Colombani et Damien Roudeau, un reportage sur la "jungle" ; et Palmyre : l’irremplaçable trésor de Paul Veyne - témoignent de l’actualité brûlante de l’année. L’école reste aussi au centre des préoccupations, comme le montre le succès des Lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez (125 600 ventes), qui remet au goût du jour la pédagogie Montessori, et Calme et attentif comme une grenouille d’Eline Snel, paru en 2012 et qui s’est vendu à près de 100 000 exemplaires, tous deux aux Arènes.

Les autobiographies de Renaud Séchan (8e), Fabrice Luchini (13e), Mathias Malzieu (38e), Jean-Paul Belmondo (53e) et Sylvie Vartan (68e) apportent néanmoins une touche de légèreté à un palmarès 2016 somme toute très sérieux. C. C.

Le livre qui ébranla l’Élysée

François Hollande - Photo OLIVIER DION

Nicolas Sarkozy a confirmé sa candidature à la présidentielle via un livre, François Hollande a renoncé à la sienne à cause d’un autre : jusque dans leurs échecs respectifs à se représenter en 2017, l’ancien et l’actuel président de la République ont entretenu une forme de mimétisme. Mais si le premier a instrumentalisé le livre politique, le second s’est trouvé dépassé par Un président ne devrait pas dire ça…, qu’il a pourtant inspiré jusque dans son titre, prophétique citation extraite d’un des 62 entretiens accordés aux journalistes du Monde, Gérard Davet et Francis Lhomme.

C’est bien le caractère extraordinaire de certaines confidences qui a provoqué la tempête et fait le succès de ce gros volume paru chez Stock en octobre, presque deux mois après deux autres titres reposant aussi sur des entretiens "exclusifs" avec le premier personnage de l’Etat. "Nous avions prévu de le publier en janvier 2017, mais nous l’avons avancé en raison des autres projets et du calendrier politique", explique Manuel Carcassonne, le directeur général de Stock, qui a personnellement suivi le travail de ses deux auteurs. "Je leur ai conseillé de faire long, pour établir un vrai bilan de ce quinquennat, d’être autant psychologues que factuels, et j’ai aussi décidé de ne pas jouer le secret", se félicite-t-il aujourd’hui. En janvier, le titre s’écoulait encore à 2 500 exemplaires par semaine. Mais Stock a traité sans attendre avec un éditeur de poche. Hervé Hugueny

Bande dessinée : un jeu plus ouvert

Les habituels blockbusters du rayon BD n’ont pas démérité puisque le podium est dominé par Blake et Mortimer et Lucky Luke. Mais la troisième place est occupée par le tome 3 de L’Arabe du futur, publié par un éditeur généraliste, faisant apparaître l’ouverture du secteur avec une plus grande diversité de titres et d’éditeurs. Et si le manga revient en force dans le palmarès, les 16 titres qui y figurent sont issus de 7 séries différentes et d’autant d’éditeurs, quand les 12 de l’an passé relevaient uniquement de la sainte trinité One piece,Fairy tail et Naruto.

Vingt éditeurs, contre 17 en 2015, inscrivent au moins un titre au classement dominé par Média-Participations avec 18 titres (Dargaud 7, Dupuis 4, Kana 3, Lucky Comics 2, Blake et Mortimer 1, Lombard 1) et Delcourt avec 9 (Delcourt 6 et Soleil 3). Glénat place 4 titres, tout comme Editis via Kurokawa, et Allary grâce à Riad Sattouf. Hachette est présent avec 3 titres (Pika 2, Albert-René 1), Ki-oon 2. Six autres éditeurs apparaissent avec un titre : Michel Lafon, Les Arènes, Kazé, Bamboo et 6 Pieds sous terre grâce au multiprimé Zaï zaï zaï zaï.

Les ventes cumulées du classement GFK/Livres Hebdo, hors export, baissent en 2016 par rapport à 2015, année dopée par un Astérix à 1,6 million d’exemplaires. 4,1 millions de volumes se sont écoulés (- 25 %) pour un chiffre d’affaires de 50,2 millions d’euros (- 21 %). A.-L. W.

Jeunesse : le triomphe d’Harry Potter

Avec 1,04 million de volumes vendus, dont 152 200 en anglais, la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit domine largement le palmarès des meilleures ventes de fiction jeunesse. Celui-ci est passé à l’heure de la génération 2.0, avec des auteurs venus du Net, de YouTube et autres Wattpad comme Andy (Princesse 2.0), Margot Malmaison (One love), Morgane Bicail (Phoneplay), Marie Lopez (Carnet de routes) et l’Ecossaise Estelle Maskame, dont la trilogie D.I.M.I.L.Y. a explosé cette année.

La dystopie française fait une percée avec la tétralogie U4 dont on trouve le volume d’Yves Grevet en 20e position. Les lecteurs se sont aussi montrés solidaires en achetant Eux, c’est nous, avec un texte inédit de Daniel Pennac, publié par un collectif d’éditeurs pour la jeunesse au profit de la Cimade, qui vient en aide aux réfugiés.

On retrouve au classement les trilogies Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs et La 5e vague de Rick Yancey, dont les premiers volumes ont été adaptés au cinéma, respectivement par Tim Burton et Jonathan Blakeson.

La liste des albums illustrés est toujours dominée par l’indétrônable T’choupi va sur le pot, tandis que Peppa Pig (5 titres) et Chica vampiro (4 titres), toutes deux vues à la télé, se partagent le succès. La seule surprise vient de Mon amour, un bel et tendre album d’Astrid Desbordes, qui peut être offert à tout âge. C. C.

Poches : Musso imperator

Uncontournable, Guillaume Musso s’impose pour la deuxième année consécutive sur la première marche du podium dans notre classement GFK/Livres Hebdo des meilleures ventes de livres au format poche, dominé une nouvelle fois également par Pocket, avec au total 20 titres dans le top 50.

Suit Le Livre de poche (14 titres) dont le premier ouvrage classé, Le secret du mari de Liane Moriarty, prend la 8e place. Bien placée, la trilogie hot d’Anna Todd (13e, 25e et 38e) n’a toutefois pas réussi à égaler les ventes des trois tomes de Fifty shades qui occupaient en 2015 les 2e, 3e et 4e rangs. Doucement mais sûrement, Folio poursuit son ascension, passant de 6 à 7 titres classés alors qu’il n’en comptait que 4 en 2014. Soutenu par la parution du premier tome de la tétralogie d’Elena Ferrante (4e), Folio totalise 1,1 million d’exemplaires vendus dans le palmarès. Milady parvient à placer un titre dans le classement, à la 50e place : Avant toi de Jojo Moyes (94 100 exemplaires).

Si l’année 2015 fut exceptionnelle pour les blockbusters du poche, avec une progression de 4,2 % des 50 meilleures ventes par rapport à 2014, le top 50 enregistre en 2016 un repli de 7,4 % en volumes, avec 8,7 millions d’exemplaires vendus, même si la baisse du chiffre d’affaires correspondant est limitée à 0,6 %, à 66,2 millions d’euros. I. C.

Poches jeunesse : Harry et la Chica

La pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit a relancé les ventes de la saga du jeune sorcier créé par J. K. Rowling. On retrouve Harry Potter à l’école des sorciers ("Folio junior") en tête du palmarès, suivi des 6 autres volumes de la série, des Contes de Beedle le barde et du Quidditch à travers les âges.

Le phénomène de l’année 2016 est cependant Chica vampiro, une série télévisée pour les préadolescentes sur les thèmes de la musique, des vampires et de la romance, qui réunit 500 000 spectateurs par épisode sur Gulli : elle propulse 5 novélisations (Hachette Jeunesse) au palmarès. Soy Luna, autre série télévisée dont l’héroïne est passionnée de patins à roulettes, diffusée en France depuis le printemps 2016, devrait lui succéder : le premier tome se classe 21e.

Le cinéma influence aussi le classement de l’année, marquée par les adaptations de Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs, par Tim Burton (Le Livre de poche Jeunesse) et du BGG de Roald Dahl, par Steven Spielberg (Gallimard Jeunesse).

Pocket est leader du poche jeunesse avec 19 titres, suivi par Gallimard Jeunesse ("Folio junior") avec 15 et Hachette (Disney et Le Livre de poche Jeunesse) avec 8. Au total, le top 50 traduit une progression des ventes de 5,2 % en volumes (2,3 millions d’exemplaires, contre 2,2 un an plus tôt), et de 13,3 % en valeur (15,9 millions d’euros, contre 13,8 en 2015). C. C.

Beaux livres : plus près de l’actualité

Deux ans après les attentats de Charlie Hebdo, l’engouement des lecteurs pour la caricature n’est pas encore tari. En témoignent le maintien dans le top 50 du Toujours aussi cons ! de Plantu (43e), paru en 2015 au Cherche Midi, mais aussi et surtout la présence de l’ouvrage consacré aux 100 ans du Canard enchaîné (Seuil) à la première place du podium. Cette pole position illustre la stratégie gagnante des éditeurs de beaux livres qui tendent à s’inscrire toujours, année après année, au plus près des actualités commémoratives mais aussi culturelles. Les catalogues d’expositions continuent de nourrir le classement avec les succès, notamment, des ouvrages consacrés à la rétrospective Hergé (4e) ou à la collection Chtchoukine (14e).

Aux côtés des valeurs sûres du rayon comme la nouvelle couleur Rouge de Michel Pastoureau (5e) ou les titres dédiés aux stars comme celui consacré à Jean-Jacques Goldman (7e), les beaux livres de pop culture issus du monde des films et des jeux vidéo se taillent la part du lion. Harry Potter envahit le top 50 (9e, 27e, 34e, 44e), The legend of Zelda (12e) devance de peu World of Warcraft (15e), et Star wars (25e et 46e) vole la vedette à Game of thrones (48e). Un rajeunissement du lectorat de bon augure alors que le secteur est à la peine : les ventes cumulées des titres du top 50 reculent en 2016 à 635 500 exemplaires (- 13,5 %), et le chiffre d’affaires de 9,8 %. P. L.

Pratique : et surtout la santé !

Le succès du médecin et chroniqueur Michel Cymes avec son Vivez mieux et plus longtemps, numéro un du top 50, illustre le regain d’intérêt des lecteurs pour les titres ayant trait à la santé. De Changez d’alimentation (9e), qui devance d’une place Le meilleur médicament, c’est vous ! à La méthode simple pour en finir avec la cigarette (20e), en passant par Ma bible des huiles essentielles (40e), les lecteurs font la part belle aux titres qui les aident à prendre soin d’eux.

Dans le même temps, alors que la mode des cahiers de coloriage semble complètement éteinte, la méthode de cuisine Simplissime de Jean-François Mallet, qui occupait en 2015 la première marche du podium, confirme cette année encore son succès en décrochant la médaille d’argent. Six des déclinaisons de l’ouvrage occupent le top 50 (3e, 14e, 22e, 24e, 27e et 38e). Pour autant, la tendance à la simplification en cuisine n’a pas propulsé d’autres titres parmi les meilleures ventes.

Contrairement à l’an dernier, les ventes des 50 premiers titres pratiques sont en baisse à 3 175 100 exemplaires vendus (- 8 %) pour un chiffre d’affaires de 44,5 millions d’euros (- 18,3 %). P. L.

Livres audio : les classiques d’abord

La collection "Ecoutez lire" de Gallimard parvient à glisser en 1re, 3e et 7e positions de notre classement GFK/ Livres Hebdo 2016 des meilleures ventes de livres audio les lectures de textes classiques du comédien Guillaume Gallienne, issues de l’émission de France Inter "Ça peut pas faire de mal", pour un total de 9 740 ventes. Le top 50 est toutefois largement dominé par le leader du secteur, Audiolib. Parmi les 50 titres du palmarès, il en place 41, aux premiers rangs desquels ses titres de développement personnel. Même s’il a été édité en 2015, Méditer jour après jour : 25 leçons pour vivre en pleine conscience de Christophe André conforte sa 2e place avec 2 770 ventes. Les conseils zen de Fabrice Midal, avec trois ouvrages dans la liste (4 540 ventes au total), confirment la tendance.

Outre la méditation, les romans qui ont marqué les lecteurs en 2016 ont également séduit les fans de livres audio. Le premier roman de Gaël Faye, Petit pays, multiprimé à l’automne et arrivé en 4e position du palmarès des meilleures ventes de romans (voir p. 21), s’inscrit au 10e rang dans le classement des meilleures ventes de livres audio.

Avec 54 950 exemplaires, vendus, les 50 meilleures ventes de livres audio ont représenté en 2016 un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros. I. C.

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités