Développement durable

Le virage bio de l'édition

Distribution de légumes dans une Amap. - Photo OLIVIER DION

Le virage bio de l'édition

Longtemps cantonnée au secteur du jardin, l'écologie s'installe comme un nouvel art de vivre qui influence presque tous les secteurs de l'édition. Etat des lieux à la veille du salon Marjolaine, du 3 au 11 novembre au Parc floral de Paris. _ par Cécile Charonnat

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Par Cécile Charonnat,
Créé le 26.10.2018 à 00h00,
Mis à jour le 26.10.2018 à 10h32

Eté particulièrement chaud qui se poursuit en automne, inondations meurtrières dans l'Aude, bilan choc du Giec, étude montrant que les consommateurs d'aliments bio sont sensiblement moins sujets aux cancers que les autres, démission de Nicolas Hulot, marches diverses ou encore mouvement Les Coquelicots... Sous de multiples formes, les enjeux écologiques ont fortement marqué l'actualité de la rentrée en France. Ils renforcent « la prise de conscience collective que l'on perçoit dans la société depuis quelques années, constate Emmanuelle Braine-Bonnaire, directrice éditoriale jeunesse découvertes et activités chez Fleurus. Avec cet enchaînement d'événements, les gens touchent vraiment du doigt les effets du changement climatique ».

Brigitte Michaud, Terre vivante : « La permaculture, c'est une manière de vivre. C'est une nouvelle marche franchie, exactement comme le bio a pu l'être il y a trente ans. » - Photo OLIVIER DION

Cette préoccupation se traduit directement dans l'édition. Les thématiques liées au bio, à l'écologie, à la biodiversité et à la protection de l'environnement ne sont plus seulement cantonnées aux secteurs des livres sur le jardin ou sur la construction, qu'elles influencent de longue date. Depuis deux à trois ans, elles irriguent tous les segments du pratique et s'immiscent jusque dans la fiction, jeunesse ou adulte. « Aujourd'hui, le bio touche tous les domaines de la vie quotidienne car nous sommes face à une urgence qui oblige les gens à repenser leur mode de vie dans son ensemble », analyse Elisabeth Pegeon, directrice éditoriale de Rustica.

Cette extension du domaine du bio survient après une première vague au tournant des années 2010, à la suite du Grenelle de l'environnement, fin 2007. « Mais il s'agissait alors surtout d'un effet de mode, qui a peu duré et est resté cantonné aux segments traditionnels », se souvient Elisabeth Pegeon. Plus large, le mouvement actuel est aussi plus profond. « La préoccupation écologique est devenue essentielle pour beaucoup de gens et a décuplé leurs attentes, leurs besoins d'informations », souligne Brigitte Michaud. Pour la directrice éditoriale de Terre vivante, maison spécialisée dans le bio créée il y a presque quarante ans, le succès de la permaculture symbolise parfaitement ce changement d'échelle. Considérée au départ comme une technique purement agricole, celle-ci est maintenant appréhendée comme « une manière de vivre et d'envisager l'ensemble de son environnement, voire une philosophie qui touche tous les domaines de la vie quotidienne, des loisirs à la vie de bureau. C'est une nouvelle marche franchie, exactement comme le bio a pu l'être il y a trente ans », observe Brigitte Michaud.

« Ils souhaitent être émus »

Significativement élargi, le public friand de ces thématiques a aussi beaucoup changé. Plus composite, il exprime des attentes « plurielles et polymorphes, note Thomas Bout, cofondateur de Rue de l'échiquier. Tous ne veulent pas lire des essais ou des ouvrages de référence au style éditorial -objectif ou réflexif. Ils souhaitent aussi être émus, passer à l'acte, agir pour dépasser l'effet de sidération engendrée par la dégradation de notre environnement. »

Les éditeurs ont bien perçu ces besoins. S'ils étendent la palette de leur offre directement liée à l'écologie, ils veillent aussi à produire des ouvrages pouvant parler à d'autres parties du cerveau. Particulièrement sensible en jeunesse (voir page 24), cette démarche est aussi appliquée aux livres pour adultes, où l'écologie pratique, qui propose des solutions pour agir, représente une large part de la production actuelle. Chez Actes Sud, la série « Je passe à l'acte » constitue la déclinaison opérationnelle de la collection pionnière de la maison arlésienne, « Domaine du possible ». Terre vivante relance en novembre sa collection « Champs d'action », à l'origine sociétale et réflexive, en y intégrant « des outils pour bâtir au quotidien le monde de demain dans tous les domaines, de la parentalité au transport en passant par le bien-être ou les énergies », détaille Brigitte Michaud.

Parallèlement, les ouvrages pratiques, centrés sur des savoir-faire, font le chemin inverse. Ils intègrent davantage d'éléments de réflexion, notamment en jardin et  en cuisine (voir pages 23 et 28). Certains éditeurs tournés vers le pratique comme Larousse ou Rustica ont même produit une gamme d'essais. « Le bio est devenu un mouvement tellement vaste, sa traduction dans l'édition va bien au-delà des segmentations traditionnelles, considère Elisabeth Pegeon. En devenant un nouvel art de vivre vert, il a contribué à rendre poreuses les frontières du secteur pratique. » Les livres sur le jardin se mêlent de nature, la décoration se végétalise et contribue au bien-être, on se soigne en changeant son alimentation.

Climat-fiction

Autre pan éditorial touché par l'essor du bio, la fiction. Les éditeurs vont fouiller dans leur fonds de catalogue pour rééditer les romans des grands naturalistes anglo-saxons, note Pascal Guilleux, de la Librairie du voyage à Rennes. Surtout, un nouveau genre, cousin de la science-fiction, gagne en audience : la climat-fiction, ou « cli-fi », s'appuie sur des travaux scientifiques pour anticiper les dérèglements à venir ou élaborer de nouveaux mondes écologies. Thomas Bout a développé cet automne ce segment chez Rue de l'échiquier avec Ecotopia d'Ernest Callenbach, une « utopie écologiste pour penser autrement et voir qu'un autre monde est possible » qui constitue la plus grosse mise en place de la maison depuis sa création. Il espère ainsi « contribuer à faire tomber les barrières » et s'ouvrir un lectorat nouveau.

L'envolée de l'écologie touche également la fabrication. Régulièrement accusée d'être une mauvaise gestionnaire de ses stocks et de ses déchets, l'industrie du livre s'est dotée d'une charte de bonnes conduites, élaborée par la commission environnementale du Syndicat national de l'édition (SNE), qui est aussi à l'origine de Sept suggestions pour devenir un éditeur éco-responsable, publié en 2017. Utilisation de papier recyclé ou certifié à 92 %, imprimeurs majoritairement labellisés ISO 14001 (norme environnementale), « même en Chine », travail sur les -tirages pour limiter le pilon, principal levier pour limiter les déchets : selon Pascal Lenoir, directeur de la production de Gallimard, qui préside la commission du SNE, l'édition « veille désormais à son impact sur l'environnement. »

Terre Vivante et Hachette scrutent leurs émissions

Pascal Lenoir , responsable de fabrication chez Gallimard. - Photo OLIVIER DION

Tout les oppose, mais l'éditeur indépendant spécialisé dans le bio comme le grand groupe mondial sont engagés dans la même politique de réduction de leur impact environnemental. Premier à se lancer, Hachette Livre établit tous les trois ans depuis 2007 un bilan carbone complet, étendant son analyse jusqu'à l'activité de ses fournisseurs (Scope 3). Sa -démarche se concrétise dans un plan d'action triennal visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre du groupe, du travail de création jusqu'à la distribution.

Résultat, sur les trois premières années, Hachette est parvenu à faire chuter de 16 % ses émissions, puis de 10 % à chaque nouveau bilan. Le groupe a mis en place un outil permettant de calculer le bilan carbone de chaque livre produit. « Nous avons écarté des fournisseurs dont le bilan carbone était mauvais et revu nos méthodes d'impression, de la localisation au format de certains livres pour diminuer la gâche en passant par la qualité du papier », précise le directeur de la communication, Ronald Blunden.

Avec des moyens plus modestes, Terre vivante a lancé en 2011 une Analyse du cycle de vie (ACV) d'un livre produit par ses soins. Elle a conduit la maison iséroise à mettre en place des actions quasi identiques à celles d'Hachette.

Le jardin, entièrement converti

Premiers touchés, il y a dix ans, par le déferlement du bio, qui a fait émerger de nouveaux centres d'intérêt, les livres sur les jardins vivent une seconde mutation faisant apparaître le jardin comme un élément d'un art de vivre « green ».

Aurélie Starckmann, Larousse : « On revient à des savoir-faire vieux de quarante ans, dont on s'était éloigné en raison notamment d'une très forte technologisation. » - Photo OLIVIER DION

Au jardin, le bio est devenu une évidence. En moins d'une dizaine d'années, techniques naturelles et thématiques écologiques se sont largement installées dans les livres de jardinage, à tel point qu'aujourd'hui la plupart des éditeurs ne ressentent même plus le besoin d'inscrire le mot « bio » dans leur titre ou leurs contenus, entièrement régis par cette manière de faire. « Le bio est tellement ancré dans les mœurs et les pratiques, des auteurs comme des lecteurs, que l'on n'a plus besoin de le spécifier. C'est devenu quasiment la norme et plus aucun livre n'aurait l'idée de conseiller l'utilisation de produits chimiques », observe Brigitte Michaud, directrice éditoriale de Terre vivante, maison spécialisée dans le bio depuis sa création en 1980.

Evidente aujourd'hui, cette imprégnation se révèle également « logique », pointe Aurélie Starckmann, directrice éditoriale chez Larousse. « Jardiniers et amoureux de la nature ont été parmi les premiers à constater les dégâts provoqués par les produits phytosanitaires et le changement climatique, et à réagir. » Dans le secteur éditorial des livres de jardin, la prise de conscience a donc été rapide, « cela explique que les méthodes bio et naturelles aient irrigué la production plus vite qu'ailleurs », analyse l'éditrice, et que ce marché ait atteint sa pleine maturité.

Pionnier

Figurant parmi les premiers secteurs éditoriaux convertis au bio, le jardin a toujours conservé dans ce domaine un caractère pionnier. Depuis deux ans, les livres sur le jardin sont les premiers à connaître une nouvelle mutation, qui touche cette fois leur forme. La prise de conscience globale de la dégradation de l'environnement conjugué à l'apparition de la permaculture, méthode de culture naturelle qui dépasse largement le domaine du jardin et a explosé dans les catalogues il y a trois à quatre ans, ont conduit les éditeurs à revoir la conception de leurs publications. Expérimentant la transversalité, à l'image de ce que propose la permaculture, ils marient désormais des segments éditoriaux auparavant étanches, comme le jardin et la nature, et introduisent dans leurs ouvrages traditionnellement très pratiques des éléments plus théoriques.

« En dix ans, la typologie a clairement changé,confirme Aurélie Starckmann. De livres très pratiques et techniques on est passé à des objets plus rédigés et plus globaux, qui intègrent une réflexion sur les modes de vie actuels avec comme fil rouge un profond respect de l'environnement. »

Larousse comme Rustica ont lancé en 2017 une gamme d'essais liés au jardin, « un phénomène tout à fait nouveau pour un éditeur de pratique », signale Elisabeth Pegeon. La directrice éditoriale de Rustica, qui a publié une vingtaine de textes dans cette catégorie, a également mis sur le marché en début d'année Perma Gaia, un mook semestriel qui combine réflexions, savoir-faire, initiatives et conseils, et constitue un « très bon terrain d'expérimentation de cette transversalité ».

Coup de jeune

Si le déferlement du bio et de la permaculture a profondément modifié les approches des éditeurs, il a également contribué à redonner un coup de jeune à des techniques et méthodes traditionnelles. « Finalement, il n'y a pas à proprement parler de révolution des sujets, c'est surtout le traitement qui change », relève Elisabeth Pegeon, qui reconnaît dans la permaculture ce que pouvait englober le concept d'autonomie il y a vingt ans. La préoccupation environnementale a même remis au goût du jour des mots et des notions qui avaient disparu de nos ouvrages, comme la ferme. « On revient à des savoir-faire vieux de quarante ans, dont on s'était éloigné en raison notamment d'une très forte technologisation, confirme Aurélie Starckmann. A nous de les revisiter pour que public s'en empare pleinement. »

Jeunesse : pas de raz-de-marée

Présentes dans l'offre de tous les éditeurs pour tous les âges, en documentaire comme en fiction, la protection de l'environnement et l'écologie sont toutefois loin de phagocyter les catalogues.

Natalie Vock-Verley, Ricochet : « Les questions liées à l'écologie sont sorties du champ des prescripteurs et le public s'en empare avec beaucoup de gourmandise. » - Photo OLIVIER DION

Quand on verra arriver l'écologie chez Larousse ou un titre comme "Le loup protège la planète" chez Auzou, on pourra se dire qu'il y a un effet de masse. Mais pour le moment ce n'est pas le cas », observe Simon Roguet, libraire chez M'Lire à Laval. En jeunesse, l'écologie et le bio n'ont pas encore fait la révolution. Tous les éditeurs y consacrent plusieurs titres, quelle que soit la tranche d'âge, en fiction comme en documentaire. Mais le phénomène reste mesuré, à tel point qu'il n'existe quasiment pas de collections consacrées à ces thèmes. « Pour un éditeur jeunesse, c'est un sujet indispensable à avoir dans son catalogue, au même titre que les Egyptiens ou les dinosaures. Mais ils n'en font pas une exploitation commerciale massive », confirme Simon Roguet.

Une des explications à cette prudence réside sans doute dans la nature de la demande. Souvent abordées dans les écoles ou réclamées par les bibliothécaires, les questions liées à l'écologie ont mis du temps à atteindre le grand public. Mais depuis deux à trois ans, « le thème est sorti du champ des prescripteurs et le public s'en empare avec beaucoup de gourmandise », assure Natalie Vock-Verley. La fondatrice des éditions du Ricochet, qui a choisi les sciences et la nature comme ligne directrice pour sa maison, enregistre depuis trois ans une « belle croissance. C'est bien le signe que ces sujets attirent extrêmement aujourd'hui. »

Les éditeurs nourrissent l'intérêt du public en proposant aussi des ouvrages véhiculant un discours positif. « Loin des messages catastrophistes ou paniquants qui avaient cours il y a une dizaine d'années, on essaye de donner envie en faisant appel aux émotions ou en montrant combien la terre et la nature sont belles », indique Emmanuelle Braine-Bonnaire, directrice éditoriale jeunesse découvertes et activités chez Fleurus.

L'approche pratique est également privilégiée, avec la multiplication des ouvrages pédagogiques mettant en avant des gestes simples que les enfants peuvent reproduire. Rue de l'échiquier, arrivé sur ce secteur en 2017, distille ainsi dans ses manuels ludiques qui composent la collection « Je me bouge pour ma planète » des informations, des jeux et surtout « beaucoup de conseils techniques pour que les enfants puissent agir », souligne Thomas Bout, cofondateur de la maison spécialisée en écologie et développement durable.

« L'exercice peut se révéler limité, parce que, finalement, ce qu'on peut faire à la maison ou à l'école reste modeste au regard de l'ampleur de la tâche, mais cela marche et les enfants apprécient », appuie Isabelle Péhourticq, responsable des documentaires chez Actes Sud Junior, une des maisons pionnières sur le terrain de l'écologie.

Précurseurs dans leur famille

Chez Rustikids, la marque jeunesse de Rustica lancée d'abord avec des activités liées à la nature, « première forme de sensibilisation à l'écologie », Elisabeth Pegeon, directrice éditoriale, s'autorise même à aborder désormais « des thèmes plus élaborés que l'on retrouve chez les adultes, comme la permaculture. Les jeunes en sont friands et deviennent ainsi des précurseurs dans leur famille. »

S'ils répondent  à une demande commerciale, les éditeurs jeunesse sont aussi mus par une volonté de transmettre aux jeunes générations la nécessité de préserver l'environnement. « C'est notre intérêt de contribuer à l'éducation des enfants et de les avertir de ce qui les attend », plaide Isabelle Péhourticq, qui œuvre depuis plus de dix ans sur ce terrain. Sa démarche volontariste est partagée par les auteurs, qui proposent de plus en plus de projets liés à la protection de la planète, et notamment en fiction. « Le phénomène va aller croissant », prédit-elle. W

Pas de guide pour l'écotouriste

Malgré une demande croissante du public, l'aspiration à voyager responsable ne s'est pas encore incarnée dans l'édition de guides de voyage.

Line Karoubi, Gallimard Loisirs : « Tout doit être questionné, le contenu, la forme et l'objet. » - Photo OLIVIER DION

Délaissement des grandes villes, préférence pour les -modes de transport doux, appétence pour les destinations et les activités proches de la nature plébiscitées... L'écotourisme gagne du terrain chez les voyageurs, notamment depuis deux ans où « son impact est vraiment marqué », constate Line Karoubi, présidente de Gallimard Loisirs. Il peine pourtant à trouver sa traduction dans les livres et les guides de voyage. « Voyager autrement reste encore un sujet de niche. L'offre ne permet même pas de constituer un rayon », observe Pascal Guilleux, qui dirige Ariane-La -librairie du voyage à Rennes. Hormis les guides Tao, édité par Ophélie Cohen chez Viatao, il n'existe quasiment pas de guides spécifiquement consacrés à l'écotourisme et au voyage responsable.

Les principaux acteurs du secteur ont plutôt fait le choix d'aménager leurs ouvrages en ajoutant ou en signalant, par un pictogramme par exemple, les adresses écoresponsables. Lonely Planet «  donne tous les éléments pour que le voyageur puisse se faire son idée et choisir en fonction de ses valeurs mais ne décide pas à sa place », explique Frédérique Sarfati-Romano, directrice déléguée du pôle illustré et tourisme de Place des éditeurs. Line Karoubi a adopté la même politique, même si elle réfléchit à la création de guides spécifiques. «  C'est une réflexion passionnante et un vrai travail de fond. Tout doit être questionné : le contenu, la forme et l'objet  », indique l'éditrice qui, en attendant de trouver la bonne formule, a déjà « fait un pas de côté » avec « Géoguide. Coups de cœur ». Lancée en début d'année, la collection joue la carte de la proximité en invitant des locaux à livrer leurs itinéraires et adresses hors des sentiers battus.

Construction : une vieille histoire

Innovante il y a dix ans, la thématique du développement durable est désormais structurellement intégrée à tous les ouvrages sur le bâtiment et l'architecture.

Thierry Kremer, éditions du Moniteur : « L'écologie et le développement durable sont complètement intégrés dans l'habitat. » - Photo OLIVIER DION

Le secteur éditorial de la construction et de l'habitat a été, avec celui du jardin, l'un des premiers que l'écologie a marqué de son empreinte. Grâce notamment au Grenelle de l'environnement, en 2007, de nouvelles techniques ont surgi, telles les pompes à chaleur, le solaire, les puits canadiens ou la construction bois, qui ont immédiatement engendré de nouvelles réglementations et normes. Accompagnées par une politique incitative forte de l'Etat, ces techniques sont devenues des sujets à part entière dans l'édition, sur lesquelles « les gens, qui ressentaient un grand besoin d'informations, se sont précipités, témoigne Eric Sulpice, directeur éditorial chez Eyrolles. Les ventes s'en sont largement ressenties.  »

La crise économique de 2008 a pourtant donné un coup d'arrêt à cet élan et, depuis, c'est le calme plat. «  En fait, l'écologie et le développement durable sont complètement intégrés dans l'habitat et le bâti et constituent aujourd'hui la trame de n'importe quel ouvrage de construction. Cette thématique n'est donc plus un sujet en soi, elle s'est insérée dans les pratiques et les usages et fait partie de la norme », analyse Thierry Kremer, directeur éditorial du Moniteur, une filiale du groupe Infopro. Pour autant, son impact reste toujours sensible, même s'il se cantonne désormais à des sujets de niche, issus soit de la recherche et développement, soit de techniques traditionnelles remises au goût du jour et que les professionnels cherchent à normaliser, comme la construction en paille ou les bâtiments passifs. Très attendue, la nouvelle réglementation thermique (RT), programmée pour 2020 et qui s'intitulera « réglementation environnementale », devrait également relancer une dynamique. W

La cuisine : toujours plus de végétal

Peu sensible à la cuisine bio et végétale pendant de longues années, le marché des livres de cuisine y est entré de plain-pied il y a trois ans.

Didier Férat, Solar : « On ne peut plus concevoir un livre de cuisine sans prendre en compte au minimum la saisonnalité. » - Photo OLIVIER DION

S'il est arrivé plus tardivement en cuisine qu'au jardin, le bio s'y est installé de manière fracassante. En trois ans, la cuisine saine, bio et naturelle a déferlé dans les programmes des éditeurs et envahi les rayonnages des librairies. D'abord cantonné à des collections spécifiques, telle « Green » chez Marabout, l'une des premières maisons « main-stream » à s'être lancée, le sujet irrigue maintenant toute la production, jusqu'à devenir la seule tendance de fond qui anime un marché en pleine reconstruction. « Aujourd'hui, on ne peut plus concevoir un livre de cuisine sans prendre en compte au minimum la saisonnalité », souligne Didier Férat. Pour le directeur éditorial de Solar, l'évolution d'un auteur comme Laurent Mariotte, qui signe notamment Mieux manger en 2019, est l'un des meilleurs marqueurs de ce mouvement. « D'année en année, il donne toujours plus de clés pour cuisiner sain, respecter les saisons et préserver l'environnement. Or c'est un auteur qui s'adresse à un très grand public », -décrypte Didier Férat.

Avoir un coup d'avance

Tout comme au jardin, l'arrivée du bio a fait émerger de nouveaux sujets, de la cuisine végétale, vegan ou « sans » à celle des légumineuses, en passant par le zéro déchet en cuisine, le recyclage des restes ou l'utilisation des fanes et des épluchures ou d'aliments particuliers telles les protéines de soja texturées. Des thématiques parfois très confidentielles, qu'explorent volontiers des éditeurs spécialisés comme Terre vivante ou La Plage, qui trouvent là une occasion de se démarquer de cette concurrence, arrivée en force et très rapidement sur le marché. « Ne plus être tout seul sur un sujet est très stimulant. C'est un vrai challenge et cela nous oblige à toujours avoir un coup d'avance et à prendre des risques sur des sujets pointus ou des formats inhabituels », se réjouit Laurence Auger, cofondatrice de La Plage, qui se lance ainsi dans le beau livre avec Les chefs cuisinent vegan. « Avant, nous n'aurions jamais publié ce genre de livre. Financièrement, l'investissement était trop coûteux pour un public de niche. »

Batch cooking

Mais, au-delà des thématiques, les livres de cuisine connaissent le même mouvement que ceux consacrés au jardin. Poussés par cette préoccupation globale concernant l'avenir de la planète, qui véhicule un nouveau discours et touche tous les aspects de la vie quotidienne, les éditeurs culinaires expérimentent de nouvelles formules. S'ils privilégient toujours les recettes, qui restent le cœur de leurs ouvrages, ils les enrichissent désormais de textes réflexifs comme une préface, une introduction, des encadrés ou des doubles pages historiques ou diététiques, voire d'une méthode complète ou d'un exemple, souvent portés par une personnalité emblématique. « Toutefois, cela ne doit pas être trop théorique et toujours viser à donner des solutions », prévient Elisabeth Darets, directrice de Marabout. Incarnation de cette nouvelle ligne parce qu'elle combine problématique de temps et alimentation saine et faite à la maison, le batch cooking, une organisation qui consiste à préparer en quelques heures l'ensemble des repas de la semaine, est ainsi très présent cet automne.

« Le livre de cuisine est en train de pousser les murs, il s'ouvre et s'inscrit dans un nouvel art de vivre écologique qui touche tous les domaines », confirme Emilie Franc. Convaincue que le public est prêt à accueillir ce genre d'ouvrages et qu'ils constituent un des leviers de croissance, même s'ils ne représentent encore qu'une petite partie de la production, la directrice éditoriale gastronomie et vin de Larousse espère pouvoir étendre cette stratégie d'ici à un ou deux ans à l'ensemble de ces collections. Une démarche qui contribuerait à parachever la mutation de l'ensemble de la production. W


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