Les reliques de la vie. Après le succès mérité de son premier album Le grand vide paru en 2021 aux éditions 2024 - primé à Angoulême, Lucques et Bologne, traduit en onze langues et vendus à plus de 27 000 exemplaires NielsenIQ en France -, le nouveau livre de Léa Murawiec était très attendu. Bonne nouvelle, la jeune autrice confirme son talent pour construire un univers très sensible aux solides fondations intellectuelles voire philosophiques.
Dans le monde de Bon débarras, les humains peuvent choisir de devenir un objet après leur mort, qui sera conservé par leurs proches. La sexagénaire Raad est reliquaire, elle accompagne les futurs défunts dans le choix de leur objet, organise la cérémonie de fin de vie et soutient les familles dans leur deuil et la gestion de la relique. Mais à force de se mettre en quatre pour les autres, Raad est au bord de l'épuisement. Qui va l'aider, elle, à gérer ses propres peines et reliques ?
Chez Léa Murawiec, l'imaginaire bouillonne, innerve tous les recoins de l'histoire, et éclaire ses thématiques. À travers Raad et son apprentie Blotte, on comprend peu à peu cette tradition de reliques, parfois lourde mais nécessaire. Et ce, au sein d'un quotidien curieux, à la fois cocasse et douloureux : alors qu'il est question de décès et de peine, les reliques possèdent des pouvoirs parfois amusants, qui font voler une table (pratique pour se déplacer en ville !) ou réparent les vitres brisées. Le livre oscille ainsi entre légèreté et détresse, à l'image de son héroïne, ballottée entre sa passion pour son métier d'aidante et sa propre difficulté à faire le chemin d'un deuil.
Avec son noir et blanc tranché, qui a parfaitement digéré l'influence manga tout en assumant de laisser par moments l'encre s'épancher, l'autrice fait tourbillonner les émotions. Au sein de mises en page inventives aux cadrages audacieux, elle réfléchit à l'importance des souvenirs matériels que les disparus laissent derrière eux, ainsi qu'aux problématiques de transmission, de rituel, de solidarité, de solitude. Elle amène les lecteurs à s'interroger sur leur rapport à la mort et à la mémoire, sans jamais oublier de semer des graines de fantaisie. Un livre d'une impressionnante maturité, de ceux qu'on garde pour les lire et relire. Comme une relique précieuse et touchante.
Bon débarras !
Éditions 2042
Tirage: 15 000 ex.
Prix: 28 € ; 288 p.
ISBN: 9782487849310
