L'éditeur Luiz Schwarcz appelle à sauver le livre pour Noël | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 13.12.2018 à 19h05 (mis à jour le 13.12.2018 à 20h00) Brésil

L'éditeur Luiz Schwarcz appelle à sauver le livre pour Noël

Luiz Schwarcz - Photo PUBLISHNEWS BRASIL

La situation du secteur du livre est catastrophique: chute des ventes, faillites des librairies, licenciements et retards de paiement chez les éditeurs. Le patron de Companhia das letras a lancé un appel aux brésiliens pour qu'ils retournent en librairie pour acheter des livres. Son message s'est décliné en campagne virale sur les réseaux.

Luiz Schwarcz est inquiet. Le P-DG de Companhia das letras, dont il détient 30% du capital (les 70% restant appartenant à Penguin Random House), a lancé un cri d'alarme à la veille des fêtes, le 27 novembre dernier.

Sur le blog de sa maison d'édition, il a rédigé un texte, intitulé Lettres d'amour aux livres. Cette déclaration est avant tout le constat "apocalyptique" du secteur de l'édition dans un pays en proie aux turbulences économiques, sociales et désormais politiques avec l'élection récente de Jair Bolsonaro, candidat d'extrême-droite. Les ventes de livres ont chuté de 40% depuis 2014 au Brésil.

"Les éditeurs ont ralenti le nombre de livres publiés" et les licenciements se multiplient dans la profession explique-t-il. "Des dizaines de magasins ont été fermés, des centaines de libraires ont été licenciés et les éditeurs n’ont pas reçu plus de 40% de leurs recettes" précise l'éditeur. "Le livre au Brésil vit ses jours les plus difficiles. Au cours des dernières semaines, les deux principales chaînes de magasins du pays (Livraria Cultura et Saraiva, ndlr) ont fait l’objet d’un redressement judiciaire, laissant un énorme passif pour les paiements en attente."

Tableau noir

Livraria Cultura est endetté à hauteur de 17 millions d'euros et a été déclarée en faillite en octobre, tout comme Saraiva a du fermer 20 magasins à la même période.

Il dépeint une situation déprimante: "De nombreuses villes brésiliennes manqueront de librairies et les éditeurs auront du mal à vendre leurs livres et devront faire face à des pertes accumulées significatives". Et regrette lui aussi, d'avoir du licencier six employés.

Cependant, Luiz Schwarcz garde espoir dans la capacité des banques à aider les éditeurs et les libraires. Il veut croire que les réseaux de solidarité qui se sont créés durant la campagne présidentielle peuvent se mobiliser aujourd'hui pour le livre. "À ceux qui, comme moi,  font des livres leur raison de vivre, je leur demande de diffuser ce message, les enjoignant à acheter des livres à la fin de l’année, des livres de leurs auteurs préférés, des nouveaux écrivains qui veulent découvrir. Achetez-les dans des librairies qui essaient de survivre héroïquement à la crise, en respectant leurs engagements, mais aussi dans des librairies en difficulté, qui ont besoin de notre aide pour s'en sortir."

Campagne virale

L'appel semble avoir été entendu puisque Marcos da Veiga Pereira, président du syndicat des éditeurs brésiliens (SNEL), a lancé une campagne virale sur Twitter avec deux mots clés (#desafiodaslivrarias et #comprelivros) appelant les lecteurs à acheter un livre en librairie, à défier leurs amis de faire pareil et à poster le tout sur les réseaux sociaux.

L'éditeur semble avoir été entendu. En conclusion, il avait écrit: "Donner des livres c'est bien plus que soutenir un instrument fondamental de la société pour se battre pour un monde plus juste, en sauvant un petit éditeur ou des emplois dans une plus grande entreprise. En réalité, il s'agit d'une aide précieuse pour sauver de nombreuses librairies tout en montrant un peu d'amour pour quelque chose qui nous a tant donné depuis si longtemps: le livre."
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