La maison d'édition marseillaise Leha, spécialisée en littératures de l'imaginaire, lance sa nouvelle collection de novellas, des récits courts à la frontière entre la nouvelle et le roman. Les deux premiers tomes, Forgeflamme de Charlotte Bond et Les Bâtisseurs de Daniel Polansky, ont paru le 17 septembre.
Avec cette collection, le fondateur Jean-Philippe Mocci entend proposer une porte d’entrée à l’imaginaire aux publics non connaisseurs du genre. Pour les fidèles de la maison, les novellas constitueront par ailleurs « un nouvel espace de lecture et de détente » entre deux gros volumes de 600 pages, formats courants du catalogue.
Un format hybride pour élargir le lectorat
L’idée de cette nouvelle collection est née d’une envie longtemps mûrie par son fondateur. « Elle propose des lectures plus courtes, plus faciles, moins engageantes mais quand même avec la même ligne éditoriale que la collection principale. Les livres seront de la fantasy, divertissante avec un vrai apport de fond », explique Jean-Philippe Mocci.
La novella doit ainsi répondre aux attentes des lecteurs et lectrices fidèles, qui souhaitent s’accorder une lecture plus rapide. « Nous avons beaucoup de relations avec notre public fidèle et les gens veulent de temps en temps des livres one-shot. »
Leha entend également toucher un public plus jeune. « On regarde avec inquiétude les études sur la baisse de la lecture », souligne Jean-Philippe Mocci. Face au temps consacré aux écrans, l’éditeur mise sur « le format des novellas qui cochait pas mal de cases. » « Les univers sont moins fouillés, ils vont plus à l’essentiel », poursuit-il.
L’objectif n’est pas de simplifier la ligne éditoriale de la maison, mais de la rendre accessible à davantage de lecteurs. « On voulait des livres divertissants, mais avec des sujets de société traités de manière intelligente ».
Six novellas par an ou peut-être plus
Les deux premiers titres de la collection illustrent cette volonté de conjuguer divertissement et réflexion. Dans Les Bâtisseurs, Daniel Polansky met en scène une bande de tueurs accomplis dans une fantasy animalière sombre, aux accents de western et de règlements de comptes. Avec Forgeflamme, Charlotte Bond revisite le thème de la rédemption à travers une quête héroïque : la récupération d'une épée entre les griffes d’un dragon. Le récit suit une chevaleresse confrontée à un univers patriarcal qui complique sa mission. Derrière les codes classiques de la fantasy, l’ouvrage interroge ainsi la place des femmes dans un monde qui leur est peu favorable.
Leha prévoit de publier six novellas par an, avec la possibilité d’augmenter le rythme si le public répond présent. « Dans les petites maisons, on ne sort pas les choses de manière industrielle », rappelle Jean-Philippe Mocci. L’éditeur résume cette idée en citant un extrait de la chanson « Les Trompettes de la renommée » de Georges Brassens : « Si le public en veut, je lui sors dare-dare. S'il n'en veut pas, je les remets dans ma guitare. »
Deux nouveaux titres sont attendus en février, dont un signé par un auteur français. Car si les textes anglo-saxons sont prépondérants en novellas, Leha souhaite faire découvrir des auteurs et autrices francophones. « Les Français écrivent peu de novellas par rapport aux Anglo-Saxons », observe Jean-Philippe Mocci. Si la fantasy représentera environ les trois quarts des publications, il y aura aussi de la science-fiction et du fantastique.
De nouveaux titres début 2027
Le lancement de cette collection s’inscrit dans une stratégie plus large de développement du catalogue de Leha. « La logique veut que les périodes d'élection présidentielle soient mauvaises pour le livre », explique Jean-Philippe Mocci qui, lui, entend prendre le contrepied des inquiétudes liées à la baisse des ventes. « Il faut apporter aux gens des plaisirs de lecture ».
La maison indépendante annonce ainsi un important programme de parutions pour début 2027. « On va publier trois gros titres anglo-saxons, en misant sur des auteurs et autrices plutôt reconnus », souligne l’éditeur.
Parmi les projets évoqués figurent l’arrivée d’Adrian Tchaikovsky, John Gwynne ainsi que des titres de Christopher Evans.
