Comme un petit Francfort ou Londres ? Le festival des Utopiales n’est pas seulement un rendez-vous pour les lecteurs, spectateurs et joueurs de SF amateurs. Comme l’annonçait l'an dernier Olivier Girard, patron des éditions du Bélial’, « on veut en faire un rendez-vous professionnel, avec des agents et d’autres éditeurs, pour cristalliser un collectif ». Même s’il n’aura pas organisé cette année sa traditionnelle grande boum, faute de place.
Délégation d’éditeurs internationaux
Si l’agence régionale du livre Mobilis, financièrement à la peine, n’a pas organisé sa journée d’études habituelle, les professionnels du livre ont bénéficié pour la 27e édition du festival international de SF de la venue extraordinaire d’une délégation de 14 éditeurs internationaux, invités par l’Institut français.
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L’occasion de proposer une table ronde racontant les coulisses de la publication d’une œuvre dans différents pays, rassemblant les éditeurs de Becky Chambers : l'Américain David Pomerico chez Harper Voyager US, l'Espagnol Alexandre López, chez Alianza Editorial ou encore le Français Yann Olivier chez L’Atalante. « Le public est friand des coulisses de l’édition », avance ce dernier, également membre du comité de programmation du festival. Qui a ainsi proposé une table ronde sur « écrire de la SF pour la jeunesse », ou sur la poésie de science-fiction. « Cela permet d’élargir le champ des possibles, d’exprimer quelque chose qu’on ne peut faire exprimer autrement, comme le fait Héloïse Brézillon dans 3TM [Éditions du commun] », nous résume Xavier Dollo, qui signe Élég.I.A. (Goater).
Repérages
« On parle de ventes de droits, et de comment ça se passe chez eux », esquisse Jérôme Vincent d’ActuSF. On le retrouve chaque année à sa table située dans un carrefour stratégique. « Pour nous, les Utopiales sont l’occasion de présenter les nouveautés et de voir comment les gens réagissent. Ainsi que de mettre le fonds en avant ».
Gilles Dumay a lui repéré une éditrice coréenne « dont les activités éditoriales me paraissent compatibles avec les miennes », indique le directeur d’Albin Michel Imaginaire. Son équipe est venue en nombre. « Beaucoup d’interviews cette année. » Son autrice Émilie Querbalec est venue présenter Les Jardins du temps. L’éditeur espagnol a montré son intérêt pour cette œuvre mêlant fantasy, SF, dystopie et hope punk. « C’est une chouette initiative pour identifier ce qui les intéresse. »
Le vendredi, cocktail déjeunatoire avec la délégation « pour parler de tout et de rien », esquisse de sa nonchalance caustique le patron de Lunes d’encre chez Denoël et de Folio SF, Pascal Godbillon. Comme se conseiller des titres qu’ils n’éditent pas eux-mêmes, « entre fans », parler des différents découpages hiérarchiques dans l’édition d’un pays à l’autre, ou de la menace de l’intelligence artificielle sur la traduction.
Mathias Echenay, des éditions La Volte, mentionne quant à lui les débats sur ce qu’est l’horreur, ou sur la pertinence d’être une maison spécialisée. Le samedi matin, des éditeurs ont tenu réunion sur comment être davantage présent à l’international, en soutenant par exemple la candidature de Nantes à la World Con de 2032. En étant présents à celle de 2027 à Montréal ? Un Mathias Echenay qui « râle moins que les autres années », s’amuse-t-il : La Horde du contrevent d’Alain Damasio vient de sortir aux États-Unis. « C’est une bonne nouvelle, et en même temps il a fallu attendre 22 ans pour qu’il y soit publié ! »
World Con
« Il y a eu des périodes où il y avait des ponts avec les éditeurs américains et britanniques, et ça s’était perdu », regrette Olivier Girard. Avec la venue de cette délégation, « des liens se créent, ça frémit un peu ». Mais les éditeurs attendent la suite.
Olivier Girard, directeur éditorial des éditions du Bélial- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Celui qui forme un quatuor avec L’Atalante, La Volte et Au diable vauvert, pour mutualiser des tables lors de Salons, se promouvoir mutuellement, revient sur son ambition de faire des « Utos » un rendez-vous professionnel : « Moins un off des éditeurs, mais autour du festival : des lieux de fête. On travaille beaucoup, on rencontre la diffusion, des libraires, on accompagne nos auteurs aux tables rondes, Robert Jackson Bennett, Claire North… Mais on vient aussi pour retrouver les collaborateurs de la revue Bifrost. Et faire du lien, c’est faire la fête. La fête de la SF, de la science, et la fête tout court », sourit le dynamique chef de la maison fêtant ses 30 ans. Qui attaque, au moment de l’interview, sa troisième nuit blanche.
En marge citoyens
Un off se développe. Le jeudi soir, le bar de la Licorne noire, LGBTQUIA+, accueillait des lectures de texte horrifiques. Et depuis trois ans, dans un bar d’hôtel, l’association ImaJn'ère organise des rencontres en marge des Utopiales entre des étudiants d’un BTS métiers du livre à Angers et des éditeurs qui présentent leur parcours, leur métier. Charlotte Volper (Pocket) ou Pascal Godbillon se sont prêté à l’exercice. « On aimerait amplifier ce type d’action », se projette l’entremetteur Pierre-Marie Soncarrieu. « Je suis ravi qu’il existe des rendez-vous parallèles, ces initiatives sont le signe qu’on se sent chez soi », réagit Yann Olivier.

