Les bibliothécaires musicaux de l'Association pour la coopération des professionnels de l’information musicale (Acim) se sont réunis fin mars à Rennes pour leur rencontre nationale annuelle. Si le thème de cette édition était « La musique en mode majeur, un droit à défendre », les questions budgétaires ont aussi été présentes en filigrane pendant ces deux jours d'échanges qui ont notamment porté sur les réductions de budget des municipalités pour leurs bibliothèques, la baisse des cotisations à l’Acim, ou encore les interrogations quant à la pérennité de la subvention annuelle du ministère de la Culture… Avec comme constat globalement partagé la fragilisation du métier.
Rencontres nationales 2026 des bibliothécaires musicaux, à Rennes- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Comme l’a déploré Anne Aubry, du Réseau Culture 21, association qui promeut les droits culturels, « les droits culturels sont les parents pauvres des droits fondamentaux. » « C’est non seulement problématique pour les droits culturels en eux-mêmes, mais aussi pour les autres droits, car les droits sont indivisibles et interdépendants », a-t-elle poursuivi. Le musicien Youenn Lange a donné l’exemple des musiques bretonnes, déconsidérées par ceux qui ne savent pas entendre la musique modale.
La loi NOTRe de 2015 a pourtant reconnu les droits culturels, qui comprennent le droit d’être soi, de parler sa langue, ou encore d’exprimer son propre imaginaire. Et le travail des bibliothèques : « Permettre de vivre ensemble, d’assurer l’écoute de l’autre, la rencontre entre des altérités », selon les mots de Laure Offret, responsable de l’action culturelle dans les bibliothèques de Rennes.
Les ressources numériques, mais pas seulement
Les médiathèques, en ce qu'elles permettent d'entrer en contact avec la musique dans toute sa diversité, sont parties prenantes de la défense des droits culturels. Ce qui pose de nombreux problèmes.
D’abord, celui de la nécessité - qui n’a plus fait débat - d’utiliser des supports physiques. Les usagers ne sauraient se reposer entièrement sur des plates-formes numériques, car tous les titres ne s'y trouvent pas, et un titre peut disparaître du jour au lendemain, ont rappelé Dominique Auer, bibliothécaire à Pacé, et Kevin Gohon, enseignant chercheur à Rennes 2. Mais les matériels pour écouter de la musique, notamment ceux adaptés aux publics empêchés, souffrent d’obsolescence trop rapide, a pointé Sylvie Ganche, responsable de la mission accessibilité des Champs Libres.
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Et combien de CD proposer ? Entrer dans un rayon de 12 000 documents peut en intimider plus d’un, même si cette richesse est précisément ce qui permet de respecter la diversité des collections. A contrario, de plus en plus de bibliothèques se plaignent de budgets resserrés, et donc d’acquisitions trop limitées.
Les médiathécaires se demandent aussi quels arguments faire valoir auprès de la tutelle politique qui leur octroie leur budget. Se baser sur le taux de rotation d'un document ne suffit pas, il faut mettre en avant les bonnes statistiques. « Les CD sont très écoutés sur place par les personnes sans abri, et c’est un usage difficile à quantifier », signale Juliette Abric, de la bibliothèque de Lyon, rejoignant le propos de Cécile Touitou dans son ouvrage Compter pour raconter. Du bon usage des données en bibliothèque (Presses de l’Enssib, 2025).
Un nouveau manifeste
Le plaidoyer auprès des politiques pour la musique en bibliothèque passe également par le manifeste de l’Acim, publié en 2011, qu’un groupe de travail mettra à jour. Pour faire poids, il s’appuiera sur la loi Robert de 2021, relative aux bibliothèques et au développement de la lecture publique. « Et il sera moins dans l’adversité (vis-à-vis des plates-formes de streaming par exemple), il sera moins négatif », nous explique une participante à la discussion. Faut-il y mentionner l’intelligence artificielle ? Ce n’est peut-être qu’une mode, soulève-t-on.
Une autre pratique entre pour sa part dans les mœurs et coche la case des droits culturels : le prêt d'instruments de musique pour qu’amateurs et néophytes expriment leur art. Une manière, aussi, « de contrer la baisse du prêt de CD en bibliothèque et de dynamiser l’ensemble du secteur musical », expliquait Stanislas Chapel dans une précédente interview. Les médiathèques récalcitrantes s’inquiètent du risque de vol, une guitare de prêt pouvant coûter jusqu'à 300 euros, voire bien plus. Mais peu de cas sont recensés. Le frein est surtout le manque de place, notamment pour les housses de protection.
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À l’Antipode (prix Livres hebdo de l’espace intérieur), bibliothèque qui a accueilli ces rencontres nationales, les instruments en prêt décorent quoi qu'il en soit le mur et attirent l'œil depuis la rue et l’entrée, comme des produits d’appel. Et le temps d’y accéder, on repartira avec une partition, un CD, un livre.
