L’achat de livres numériques peut permettre assez facilement aux libraires en ligne d’analyser les comportements de leurs clients. Encore faut-il avoir les outils et prendre le temps de les manier, ce que tous ne font pas. « Les choix de titres des acheteurs du numérique ne sont pas si différents que ça de ceux des acheteurs du papier, relève Hadrien Gardeur, cofondateur du site Feedbooks.com. Ils seraient encore plus proches si les fonds de catalogues numériques étaient plus fournis… » Mais, à La Procure, François Maillot a noté que les acquéreurs de la liseuse Bookeen commençaient par télécharger des titres gratuits, comme pour se familiariser avec cet univers.
Comme dans le papier, il existe des lecteurs numériques fidèles. « Il y a des gens qui ont déjà dépensé des milliers d’euros chez nous depuis la création en mars 2010 », souligne Amélie Rétorré, directrice du développement d’Izneo. « Et nous avons un fort parc de lecteurs dans la communauté francophone hors de France, Belgique et Suisse, qui n’ont pas accès aux titres papier. »« Plus de 50 % de nos ventes se font via un mobile, rappelle Hadrien Gardeur. Mais les achats moyens sont plus élevés si quelqu’un achète depuis un ordinateur que depuis un mobile. » Stéphane Michalon, fondateur d’ePagine.fr, remarque aussi une certaine étanchéité entre les achats papier et numériques : « Sur le site, on voit très rarement des gens mêler achats papier et numériques, même si on propose cette fonction. On ne met pas dans le même panier le livre numérique que l’on reçoit immédiatement et le livre papier que l’on reçoit 48 heures plus tard. »
Parmi les lecteurs, Hadrien Gardeur explique que « les lecteurs de fantasy viennent toutes les semaines ou toutes les deux semaines. En littérature, c’est plus saisonnier, moins régulier ». Comme le souligne Elisa Boulard, responsable commerciale d’Immateriel.fr, « une certaine catégorie de lecteurs, amateurs de SF et de fantasy, sont à l’affût des promotions et nouveautés, s’avertissent sur les forums. Lors de l’opération 300K de Bragelonne, en janvier, certains étaient connectés dès minuit une, se sont rués sur la promotion comme si le stock était limité et ont rempli des paniers de 30 titres parce que ce n’était pas cher. »
L’avantage des systèmes fermés
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Achat ou location ? Sur Izneo, « les usages se répartissent équitablement entre la location (40 %) et l’achat (60 %), expose Amélie Rétorré. En revanche, les gens louent des séries pour explorer, découvrir, et achètent les séries stars, moins risquées éditorialement, qu’il faut avoir lues et avoir dans sa collection. Et aucun titre du Top 20 des achats ne se retrouve dans le Top 20 des abonnements. »Mais si les pratiques des internautes varient d’une plateforme à l’autre, en fonction de l’offre éditoriale, de la navigation, des fonctionnalités, Stéphane Michalon estime que « les clients sont toujours preneurs d’innovations. Nous avons par exemple ajouté la possibilité d’offrir un livre numérique, et ça marche très bien ». Autre point commun : les questions sur le service après-vente concernent invariablement les DRM. «C’est l’avantage des systèmes fermés comme Amazon ou Apple, où l’on ne voit ni les DRM ni les formats, rappelle Elisa Boulard. Il faudrait que tout ça soit plus simple pour les libraires… »
