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Les éditions de Minuit en 9 dates

Jérôme Lindon en 1993. - Photo LAVIEILLE

Les éditions de Minuit en 9 dates

Le groupe Madrigall, maison mère de Gallimard, a annoncé mercredi 23 juin le rachat des éditions de Minuit. Livres Hebdo vous propose de revivre les 80 ans de cette maison : une longue histoire d'indépendance, de liberté et de littérature.

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 24.06.2021 à 15h08,
Mis à jour le 29.06.2021 à 13h05

Le groupe Madrigall, maison mère de Gallimard, a annoncé mercredi 23 juin le rachat des éditions de Minuit, une prestigieuse maison, farouchement indépendante, située rue Bernard- Palissy, dans le 6e arrondissement de Paris. 80 ans après sa création, l'éditeur dispose de l'un des plus beaux catalogues de littérature française, qui comprend William Fauklner, Michel Serres, Marguerite Duras, Kostas Axelos, Pierre Bourdieu, Bernard-Marie Koltès, Paul Eluard, Jacques Derrida, Patrick Deville, Jean Echenoz, Benoît Peeeters, Eric Chevillard, Laurent Mauvignier...

1941-1945 - La naissance d'une maison clandestine
Le dessinateur Jean Bruller et l'écrivain Pierre de Lescure fondent une maison d'édition clandestine en 1941, à Paris. Le 20 février 1942, sous occupation allemande, les éditions de Minuit publient leur premier livre, Le Silence de la mer, de Vercors (pseudonyme de Jean Bruller). La collection publiée pendans l'Occupation prendra le nom de collection « Sous l'oppression ». Jusqu’à la Libération de la capitale, une vingtaine de plaquettes paraîssent signées Paul Eluard, Louis Aragon, François Mauriac ou encore John Steinbeck, pour la première traduction française de The Moon is down (Nuits noires). Le 3 octobre 1944, la marque Éditions de Minuit est déposée au registre du commerce. Elles sortent de la clandestinté à la Libération. Fait unique dans l'histoire des grands prix littéraires, le prix Femina 1944 est attribué à la collection « Sous l’oppression » des Éditions de Minuit clandestines. Les auteurs le déclinent collectivement mais le jury confirme que l'attribution du prix est irrévocable. Les Éditions de Minuit obtiennent l’autorisation préfectorale nécessaire pour créer et exploiter une entreprise d’édition.
 
Jean Bruller dit Vercors - Photo MUSÉE DE LA RÉSISTANCE NATIONALE, CHAMPIGNY-SUR-MARNE


1948 - Jérôme Lindon, le sauveur des éditions de Minuit
Dans un contexte d'après guerre compliqué financièrement, Vercors, P-DG depuis 1945, quitte la maison en 1948. Jérôme Lindon prend alors la tête de l’entreprise. Entré en 1946 en tant que chef de fabrication, Jérôme Lindon deviendra l'incarnation de la maison, jusqu'à sa mort en 2001.

1951-1955 - Le nouveau virage
En 1951, Les Éditions de Minuit s’installent 7, rue Bernard-Palissy, leur adresse définitive et reprennent les Editions du Sagittaire. La Société de distribution Intercontinentale-Costard, qui distribue notamment Seghers, Minuit et Marabout, se transforme en Société anonyme et prend le nom de L'Inter. Quatre ans plus tard, Alain Robbe-Grillet entre comme « conseiller littéraire » aux Éditions de Minuit.

1957-1960 - Prix et saisies
La maison d'édition met éen lumière des auteurs du "Nouveau Roman", comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon. Le prix Renaudot 1957 est attribué à La Modification de Michel Butor publié aux Éditions de Minuit. Un an plus tard, Le premier prix Médicis est attribué à La Mise en scène de Claude Ollier publié aux Éditions de Minuit. En 1958, Minuit publie La nuit d'Elie Wiesel, futur prix Nobel de la paix, et témoignage de la Shoah.
Saisie du livre d'Henri Alleg, La Question en 1958, et dans sa nouvelle édition en 1959. La gangrène de Bachir Boumaza, Notre guerre de Francis Jeanson, Le déserteur de Maurienne et Les égorgeurs de Benoist Rey sont aussi censurés. Engagé, Jérôme Lindon, signataire du Manifeste des 121 (texte contre la Guerre d'Algérie paru en 1960), fait paraître de nombreux ouvrages qui dénoncent la torture comme Pour Djamila Bouhired, de l’avocat Jacques Vergès et de l'auteur Georges Arnaud. Il sera poursuivi pour "provocation à la désobéissance".

1968 - Interdits
Interdiction de vente aux mineurs de L'Image de Jean de Berg aux Éditions de Minuit puis, quelques mois plus tard d'Interdit de séjour de Tony Duvert.

1969 - Nobels et Goncourt
En 1969, l'auteur Samuel Beckett ouvre le bal des récompenses pour les éditions de Minuit. Il remporte le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre. En 1985, un autre pape du Nouveau roman publié chez Minuit, l'écrivain français Claude Simon, reçoit également la même récompense. Mais la maison est surtout réputé pour la publication de L'Amant. Le roman de Marguerite Duras remporte en 1984 le Prix Goncourt et devient l'un des plus gros succès d'édition de la décennie. Minuit remporte deux autres fois le Goncourt avec Jean Rouaud en 1990 pour Les Champs d'honneur, et Jean Echenoz en 1999 pour Je m'en vais.
 
Après ces quelques années d'une guerre féroce face à la littérature industrielle, Jérôme Lindon continuera la bataille avec la publication de Jean Echenoz (photo, en 1999), Éric Chevillard, Christian Gailly... - Photo OLIVIER DION

1977-1981 - Lindon et son combat pour la Loi Lang
Opposé à la littérature industrielle, Jérôme Lindon n'hésite pas à rompre la distribution de certains best-sellers contre des grandes enseignes qui refusent d'appliquer la loi Lang, sur le prix unique du livre. "Il a été l'honneur et la grandeur de l'édition française. Lindon est notre principal inspirateur de la loi sur le prix unique du livre. [...] Les auteurs, les éditeurs, les libraires et les amoureux du livre peuvent lui en être éternellement reconnaissants", rappelait dans Livres Hebdo l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang. En contact avec François Mitterrand, dès le milieu des années 1970, assuré que la mesure sera au programme du candidat socialiste, il avait mené une bataille politique et médiatique contre la grande distribution. En 1979, La Fnac a d'ailleurs attaqué les Éditions de Minuit et la Librairie Autrement dit pour dénigrement à la suite de l'édition de La Fnac et les livres de Jérôme Lindon. Une fois la loi votée, appliquée et incontestée, Le Seuil, Gallimard, Minuit et La Découverte créeront en 1988 Création de l'ADELC (Association pour le développement de la librairie de création).

2001- Une carrière, un décès et un documentaire
En 2001, un documentaire, Minuit, l'engagement de Julien Donada retranscrit l'esprit de la maison d'édition de sa fondation lors de la Première Guerre mondiale jusqu'au décès de son directeur Jérôme Lindon en 2001. La fille de Jérôme Lindon, Irène Lindon, prend alors la tête des éditions de Minuit. C'est la fin d'une époque. Vercors est mort en 2001, Jean Lescure en 2005, Alain Robbe-Grillet en 2008. Irène Lindon avait mis fin à ses fonctions de "conseiller littéraire" en 2006.



2015 - Une bibliothèque personnelle à la BnF
Près de 900 volumes dont deux tiers de publications originales des éditions de Minuit sont légués à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Cette bibliothèque personnelle d’Annette et Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit de 1948 jusqu’à sa disparition en avril 2001, est léguée par les enfants du couple. "Ce don exceptionnellement généreux ne permet pas seulement de conserver dans son intégralité la trace d’une des plus grandes aventures éditoriales du XXe siècle, incarnée par Jérôme Lindon, il fait revivre la relation si étroite qui unissait celui-ci à ses auteurs" avait déclaré le président des lieux, Bruno Racine. Une exposition "Les combats de Minuit, dans la bibliothèque de Jérôme et Annette Lindon", dévoilera au public cette collection en 2018


 

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