Justice

L'homme accusé d'agression sexuelle sur Edouard Louis relaxé, mais condamné pour vol

Edouard Louis lors du salon du livre 2014. - Photo © OLIVIER DION

L'homme accusé d'agression sexuelle sur Edouard Louis relaxé, mais condamné pour vol

"Reda" a été relaxé pour l'accusation d'agression sexuelle sur le romancier Edouard Louis, qui en avait tiré un livre, Histoire de la violence. En revanche, il a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour vol aggravé. Il a déjà fait 11 mois de détention provisoire. Edouard Louis fait appel.

Par Vincy Thomas,
avec AFP,
Créé le 08.12.2020 à 22h09,
Mis à jour le 11.12.2020 à 09h35

[Mise à jour le 11 décembre] Un homme de 35 ans, surnommé Reda et jugé pour agression sexuelle sur le romancier Edouard Louis, a été relaxé mardi à Paris pour ces faits, mais condamné à trois mois de prison avec sursis pour vols aggravés. Le tribunal correctionnel a relaxé le prévenu pour les faits d'agression sexuelle notamment en raison de "l'inconstance des déclarations" d'Edouard Louis, qui a de plus "refusé une confrontation" avec le prévenu. 

Lors de l'audience du 23 octobre, le parquet avait requis une peine de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis, avec obligation de soin. Le conseil d'Edouard Louis, Me Emmanuel Pierrat, collaborateur à Livres Hebdo, a indiqué à l'AFP son intention de faire appel de cette décision. Le parquet a aussi fait appel. Un nouveau procès aura donc lieu.

Une histoire ancienne

Le 23 octobre dernier, lors du procès, huit ans après les faits, la procureure a requis une peine de 4 ans dont 2 ans avec sursis, avec obligation de soin, citant le rapport médico-légal, les "versions concordantes" de l'auteur auprès "des amis, des services de police, des médecins".

Les faits remontaient à la nuit du 25 décembre 2012. Edouard Louis, alors âgé de 20 ans, avait porté plainte pour viol et tentative de meurtre après avoir rencontré dans la rue "Reda", qui l'avait accompagné chez lui. Celui qui n'était encore pas l'auteur célèbre d'En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil), raconte à l'époque avoir eu des relations sexuelles consenties, avant de se rendre compte que sa tablette et son téléphone avaient disparu.

Du fait divers au livre

Confronté, "Reda" était alors devenu menaçant, l'avait étranglé avec une écharpe puis violé, avait déclaré Edouard Louis, qui avait tiré de cet épisode l'ouvrage Histoire de la violence (Seuil), publié en janvier 2016.

A l'issue de l'instruction, comme dans de nombreux dossiers d'accusations de viol, les faits avaient été requalifiés en "agression sexuelle", amenant l'affaire devant un tribunal et non aux assises.

Le prévenu, un homme né en Algérie, sans papiers, "a été relaxé des faits les plus graves dont il était injustement accusé : le temps judiciaire a enfin fini par s’imposer" et son innocence "est enfin actée", a fait savoir son avocate, Me Marie Dosé, dans un communiqué, rappelant qu'il avait passé onze mois en détention provisoire.

Les faits et le roman

"Je jure à la justice française qu'il n'y a jamais eu de violence, même des violences verbales", a déclaré plus tôt à la barre le prévenu de 35 ans, remis en liberté fin 2016 après onze mois de détention provisoire. Cet homme né en Algérie, sans papiers, qui s'exprimait par la voix d'un interprète, a réfuté l'étranglement et le viol. L’Algérien a confirmé la rencontre avec Edouard Louis et reconnaît que, sans-papiers et "dans le besoin", il a tenté de subtiliser la tablette mais pas le téléphone.  "Je me suis même déshabillé pour lui montrer que je ne l'avais pas sur moi. Il ne m'a pas cru", assure le prévenu, connu sous plusieurs identités et surnommé Reda. "A part les faits de vol, rien n'est vrai" affirme-t-il. Et de lancer : "Il n'y a que des mensonges, je suis épuisé".

Encore aujourd'hui, Edouard Louis se réveille toujours "avec des angoisses, des phobies, des pleurs", lance son conseil Emmanuel Pierrat. Il insiste: au dossier, "vous avez des éléments au minimum plus que convaincants et qui ne relèvent ni de la littérature, ni de la subjectivité".

"Il y a une seule histoire, il y a une seule vérité judiciaire dans ce dossier: c'est celle du doute", avait conclut l'avocate, demandant la relaxe. La première manche a confirmé cette version.

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