Libraire au temps du coronavirus

Libraire au temps du coronavirus

A la librairie Les cahiers de Colette, à Paris. - Photo Olivier Dion

Libraire au temps du coronavirus

Les libraires, masqués mais regonflés par l'afflux de clients après le confinement, se préparent à un été hors normes, en mettant en avant quatre priorités.

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Créé le 22.05.2020 à 02h03

Le festival du livre de Nice aurait dû, du 29 au 31 mai, lancer la saison estivale de la librairie Masséna. « C'est un événement important pour nous qui n'aura pas lieu », déplore le cogérant du magasin, Jean-Marie Aubert. Cultura a stoppé son programme de dédicaces « jusqu'à nouvel ordre », les espaces culturels Leclerc ne remettront pas en service leur bus itinérant de la tournée « La culture à ciel ouvert ». En cette mi-mai, le Livre de poche est l'un des rares acteurs du secteur à encore espérer lancer sur les routes son fameux Camion qui livre, « tout en s'informant en permanence de ce qui est autorisé », souligne Sylvie Navellou, la directrice marketing et communication. Comment continuer à vendre et à faire vivre le livre en cet été de distanciation physique ? Les stratégies de quelques intéressés.

1. Développer le click and collect

Par téléphone, via un portail collectif de librairies indépendantes ou sur le site marchand d'une GSS, le click and collect a séduit clients et professionnels pendant le confinement. Et ce mode de consommation a de beaux jours devant lui. « La plupart de nos magasins étaient fermés jusqu'au 11 mai, mais à la réouverture, les retraits de commandes ont été multipliés par 3 à Saint-Lazare. On remarque bien que les gens ne viennent plus flâner », indique Stéphanie Laurent, directrice du livre de la Fnac, qui s'attend néanmoins à une activité plus forte que d'habitude au cœur de l'été dans ses enseignes de centre-ville. 

2. S'affirmer sur les réseaux sociaux

Outre « un nombre de lectures considérables » qui lui ont permis de faire « le plein de coups de cœur », Marie Hirigoyen, fondatrice de la Librairie Hirigoyen à Bayonne, a posté beaucoup plus de contenus sur Facebook que d'ordinaire pendant le confinement. « Cela m'a amené beaucoup de nouveaux clients », s'enthousiasme la libraire, qui compte bien ne pas perdre ses bonnes habitudes. Défis en cascade chez les Nantais de Coiffard, lectures d'extraits sur les pages d'Ici Grands Boulevards (Paris 2e), les réseaux sociaux ont été le refuge de nombreux libraires pendant le confinement. « Nous avons été stupéfaits par le succès de nos live de chevets, des cartes blanches à des auteurs comme Bernard Werber ou Daniel Pennac qui cumulaient entre 100 000 et 450 000 vues par vidéos », remarque Eric Lafraise, directeur de la culture chez Cultura. Poursuivre le rendez-vous hebdomadaire apparaît comme une évidence, pour pallier l'annulation des dédicaces.

3. Réinventer les rencontres 

Et si toutes les dédicaces n'étaient pas totalement annulées ? Les éditions JC Lattès ont décidé de tenter la rencontre en tout petit comité pour la sortie de Saccharoses, le premier roman de Samir et deuxième titre du label La Grenade. Avec un roulement de cinq personnes en cinq personnes étalé sur plusieurs heures, l'éditeur espère réinventer notre manière de créer du collectif. C'est l'intimiste Librairie idéale, à Paris (7e), qui devrait accueillir l'expérience. Un modèle à suivre ?

4. S'adapter à son public

Puisqu'il y a de grandes chances qu'on ne puisse pas voyager à l'étranger, autant adapter ses espaces. Pascal Dulondel, de la librairie Cosmopolite à Angoulême, n'a pas perdu de temps : « Au rayon tourisme, nous avons enlevé les tables week-end en Europe ou dans une capitale au profit d'une table avec les guides sur la Charente, une autre sur la région Nouvelle Aquitaine, et une troisième dédiée à la France », décrit-il. A Nice, Jean-Marie Aubert parie sur une affluence plus française et moins américaine ou asiatique que d'ordinaire, mais attend de rencontrer sa clientèle estivale pour décider du maintien ou non de sa vitrine en langue anglaise.

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