A l’ombre du géant

"La clientèle évolue, mais en réalisant un travail ciblé, nous avons su trouver notre public", Aline Huile, Le Grain des mots - Photo DR

A l’ombre du géant

A côté de Sauramps, une douzaine de librairies le plus souvent spécialisées parviennent à subsister à Montpellier grâce à une offre ciblée et diversifiée.

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Par Cécile Charonnat
avec Créé le 24.02.2017 à 00h32

Montpellier n’échappe pas à la règle. Entre les années 1980 et 2000, la capitale de l’Hérault a vu le nombre de ses librairies fortement diminuer. "En vingt ans, le nombre d’établissements a été divisé par trois", reconnaît Régis Pénalva. Une attrition que le directeur littéraire de la Comédie du livre, le festival littéraire de Montpellier, attribue moins au poids de Sauramps qu’à "un contexte national. Mais finalement, avec sa douzaine d’établissements, Montpellier reste une villerelativementbien pourvue, présentant un tissu de librairies diversifiées qui complètent harmonieusement l’offre de Sauramps", estime cet ancien salarié du groupe.

Hormis la Fnac, de taille moyenne, et Gibert Joseph qui, avec ses 1 100 m2, ses six niveaux et ses 135 000 références fait figure d’exception, les librairies montpelliéraines ont plutôt opté pour de petites surfaces, 100 m2 en moyenne, et ont joué majoritairement la carte de la spécialisation pour se démarquer. Pionniers, Alain et Christine Londner ont posé en 1985 les fondations des Cinq continents, dédiée au voyage. Dix ans plus tard, Alain Balloy ouvre une librairie musicale, Aux Notes d’Orphée, et Geneviève Fransolet crée Nemo, spécialisée en jeunesse. Ils sont suivis en 1996 par Christophe Régner, qui tapisse les murs d’Azimuts de BD. Les ont ensuite rejoints Le Bookshop, un café librairie dédié à littérature étrangère et en version originale, "véritable lieu de vie pour la communauté anglaise", souligne Régis Pénalva, et Planètes interdites, née en 2012 de la fusion d’une librairie Album et de Moustache et Trottinette, qui vendait de la bande dessinée d’occasion. Seule Aline Huille s’est lancée dans une librairie généraliste. Elle ouvre en 2003 Le Grain des mots sur 170 m2. Malgré des débuts "laborieux", marqués par la difficulté à faire venir des auteurs, la librairie est parvenue à s’ancrer dans la ville, grâce à une offre pointue, et dégage un chiffre d’affaires de 600 000 euros. "La clientèle bouge beaucoup, évolue, mais en s’attachant à réaliser un travail ciblé, nous avons su trouver notre public", se félicite la libraire.

Autre clé pour sortir de l’ombre de Sauramps : l’éloignement. En s’installant en 2010 dans le quartier des Beaux-Arts, légèrement excentré du cœur de la ville, où sont polarisées les librairies, L’Ivraie a réussi son pari : créer, sur 30 m2, une librairie généraliste de quartier. Mais l’initiative reste trop rare, freinée non seulement par Sauramps Odyssée et, depuis 2015, Cultura à Saint-Aunès, mais aussi par un Espace culturel E. Leclerc, quatre hypermarchés Carrefour et un Auchan. "La présence de petites librairies de quartier pourrait contribuer à y insuffler de la vie et à tisser du lien social", pointe Régis Pénalva.

24.02 2017

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