L’UIE réclame la libération d’un blogueur mauritanien | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 09.11.2018 à 14h04 (mis à jour le 09.11.2018 à 15h14) Droits de l'homme

L’UIE réclame la libération d’un blogueur mauritanien

Mohamed Mkhaitir - Photo ANONYME - LICENCE CC BY-SA 4.0

Condamné en 2015 pour apostasie et blasphème, l’ingénieur mauritanien Mohamed Mkhaïtir aurait dû sortir de prison en novembre 2017.

Dans un communiqué publié le jeudi 8 novembre, l’Union internationale des éditeurs (UIE) et trente-deux ONG demandent la libération immédiate du blogueur mauritanien Mohamed Mkhaïtir, "détenu à tort" depuis un an. Condamné à mort pour apostasie et blasphème en 2015 à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux, la peine de cet ingénieur de 35 ans a été commuée, en novembre 2017, en deux ans de prison. Les autorités mauritaniennes le retiennent depuis un an dans un lieu secret et l’empêchent de voir ses avocats, selon le communiqué, alors qu’il aurait dû être relâché après avoir exécuté sa peine.
 
"La détention continue de Mohamed Mkhaïtir démontre le sérieux mépris des autorités mauritaniennes pour la loi, déclare Kine Fatim Diop, responsable de l’Afrique de l’Ouest chez Amnesty International. C’est un prisonnier de conscience dont la vie est entre les mains des autorités pour la seule raison d’avoir exercé son droit à la liberté d’expression."
 
"Un cas emblématique"
 
Fin 2013, Mohamed Mkhaïtir a publié sur internet un article visant à défendre la caste des forgerons dont il est issu, victime de discriminations sur la base de critères religieux en Mauritanie. A la suite de cette publication, de nombreux manifestants jugeant le texte blasphématoire se sont réunis pour réclamer l’exécution du blogueur. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz ainsi que les principaux partis politiques soutenaient les rassemblements.
 
Bien qu’il se soit repenti, Mohamed Mkhaïtir a été arrêté puis condamné à la peine de mort pour apostasie par le tribunal de Nouadhibou le 23 novembre 2015, après un procès expéditif qui n’a duré qu’un jour. Un an plus tard, la Cour d’appel a changé le chef d'inculpation en "mécréance". Finalement, le tribunal de deuxième instance a décidé en 2017 de commuer sa peine en deux ans de prison et a ordonné sa libération – en vain. Le 2 janvier 2019 marquera le début de sa cinquième année passée derrière les barreaux.
 
"Ce cas est emblématique de la répression de la liberté d’expression et d’information par le gouvernement mauritanien, particulièrement lorsque cela concerne des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes qui exposent le recours illégal au travail d’esclaves, indique Kate Barth, directrice du département légal de l’ONG Freedom Now. La Mauritanie doit immédiatement et inconditionnellement relâcher Mohamed Mkhaïtir et arrêter d’emprisonner des personnes qui expriment pacifiquement leurs opinions."
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