Avant-critique Roman

Marlon James, "Léopard noir, loup rouge" (Albin Michel) : Héroïque fantaisie

Marlon James, "Léopard noir, loup rouge" (Albin Michel) : Héroïque fantaisie

Marlon James - Photo © Mark Seliger

Marlon James, "Léopard noir, loup rouge" (Albin Michel) : Héroïque fantaisie

Mêlant pop culture et mythes anciens, Marlon James imagine une saga épique au cœur d'une Afrique médiévale et légendaire.

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Par Laëtitia Favro,
Créé le 26.09.2022 à 16h00

On connaissait l'antihéros, moins l'anti-incipit, cette première phrase d'un roman destinée à accrocher l'attention du lecteur. « L'enfant est mort. Il n'y a plus rien à savoir », écrit contre-intuitivement Marlon James en ouverture de son Léopard noir, loup rouge, premier volet d'une ambitieuse trilogie ayant déjà fait couler beaucoup d'encre outre-Atlantique.

C'est pourtant à la poursuite de cet enfant que le lecteur s'élance aux côtés de Pisteur, redoutable chasseur capable de flairer ses ennemis à plusieurs kilomètres et de savoir si la nourriture qu'on lui présente est ou non empoisonnée. Missionné avec huit autres mercenaires par un marchand d'esclaves pour retrouver le mystérieux garçon volatilisé, Pisteur entame un périple de neuf ans au cœur d'une Afrique de contes et légendes, entre jungles impénétrables et cités inhospitalières, fleuves infranchissables et régions interdites à tous voyageurs sauf aux plus téméraires.

Une quête prenant la forme d'une épopée chimérique, peuplée de créatures aux contours mouvants - vampires, fées, trolls, sirènes terrestres, sorciers, cannibales et autres entités -, dont on suit les péripéties depuis les geôles où Pisteur, accusé d'avoir tué l'enfant, est détenu, interrogé et livre sa version des faits.

Altérant les frontières entre réel et fantastique, mais aussi entre les identités, les préférences sexuelles et les couleurs de peaux, Marlon James s'inspire des récits présents dans les traditions orales de différents pays africains (notamment celles des vallées de l'Omo et du fleuve Niger, et des anciens empires d'Afrique de l'Ouest comme l'empire songhaï) voulant que rien ne soit figé dans cet univers, mais en perpétuel mouvement.

Une fluidité que l'on retrouve dans la prose même du romancier jamaïcain, lauréat du Booker Prize pour Brève histoire de sept meurtres (Albin Michel, 2015), envoûtante au point de nous permettre de supporter l'insupportable, et les nombreuses scènes de violences présentes sur sept cents pages.

Si la critique a pu comparer son inventivité à celle de Tolkien ou de George R.R. Martin, son univers peuplé de références à des séries récentes autant qu'à des mythes anciens en fait un objet unique, spectaculaire. Un livre dévorant, tout « comme les crocodiles dévorent la lune »- et la vérité, les mensonges, à moins que ce ne fût l'inverse.

Marlon James
Léopard noir, loup rouge Traduit de l'anglais par Héloïse Esquié
Albin Michel
Tirage: 11 000 ex.
Prix: 24,90 € ; 704 p.
ISBN: 9782226442499

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