Livres Hebdo : L'année 2025 a été fructueuse pour La Procure, avec une hausse de 10 % du chiffre d'affaires pour le secteur religieux de l'enseigne historique rue de Mézières. Comment l'expliquez-vous ?
Mathilde Mahieux : Nous avons bénéficié de l'évolution de l'Église avec la très forte augmentation des baptêmes, un retour à la foi important et donc de nouveaux clients pour notre secteur religieux. Le renouvellement, qui était déjà présent l'année dernière mais dont on n'arrivait pas totalement à comprendre les contours, s'est confirmé cette année. Plus qu'une embellie, c'est un changement profond dans la demande des clients : la pratique de la foi au quotidien, un retour au texte biblique, aux pères de l'Église, comme saint Augustin, dont on a vendu les Confessions par dizaines au lendemain de l'élection du pape Léon XIV. Pour accompagner ce tournant, notre service digital est très proactif en direction de ce public de jeunes chrétiens, présent sur les réseaux sociaux.
Quelles ventes sont tirées par ce nouveau lectorat ?
Les bibles se vendent toujours sans discontinuer. Ensuite, toute l'apologétique, c'est-à-dire la transmission de la foi catholique dans son essence, fonctionne très bien. Le rayon Formation chrétienne est aussi très demandé, notamment tout ce qui concerne la préparation des catéchumènes avec les ouvrages de catéchisme pour adultes. Les saints et saintes sont aussi très suivis, parce qu'il est assez simple pour des nouveaux entrants d'acquérir une culture à travers eux, comme Thérèse de Lisieux.
Alors qu'on parle beaucoup du retour au religieux de certains jeunes adultes, des craintes s'expriment quant à une forme de radicalisation. En tant que libraire, est-ce un phénomène que vous observez ?
Nous voyons un retour massif à la foi catholique qui étonne, avec un attachement à la messe et aux sacrements, ce qui traduit un besoin très fort d'enracinement et de rassemblement. Ce que je constate aussi, c'est que dans ce mouvement plus identitaire, on voit des jeunes gens capables d'aller à la messe de rite traditionnel en latin et d'aller ensuite à un rassemblement œcuménique. Comme il y a moins de connaissance et de culture chrétienne, il y a aussi une forme de curiosité et d'ouverture d'esprit qui ne craint pas la contradiction. Ainsi, des jeunes adultes peuvent demander une référence très classique et une référence moderne par ailleurs, comme Adrien Candiard, un prêtre dominicain très ouvert. Les frontières sont poreuses, ils s'abreuvent à la source d'auteurs aux sensibilités très différentes. LH
