Peau lisse. Avant de devenir l'autrice renommée du best-seller Sorcières, la puissance invaincue des femmes (Zones, 2018), Mona Chollet avait publié en 2012 Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine (Zones). Dans le prolongement de cet essai, elle observe aujourd'hui comment les industries culturelle, médiatique et cosmétique sont parvenues à faire de la peau, en particulier celle des femmes, une nouvelle obsession in fine contreproductive, sexiste et âgiste.
Mona Chollet, dans sa démarche autothéorique habituelle, part de sa propre expérience du sujet pour développer une thèse critique en s'appuyant sur un corpus de textes. Ici, il est question de son obsession, depuis l'adolescence, pour les crèmes, les sérums, les masques, bref, tous types de produits de beauté. Et de sa satisfaction à recevoir des compliments concernant sa peau. D'emblée, elle évoque la clean girl, un idéal de pureté dans les tendances beauté qui circulent sur Instagram depuis 2020. Puis elle parle des vidéos - algorithmes aidant - qui inondent son fil d'actus sur les réseaux. Elle mesure la vive pulsion qui l'emporte lorsqu'il s'agit de remplir son panier virtuel de ces nouveautés qui promettent de transformer son apparence en lui donnant plus d'éclat, plus de douceur, plus d'harmonie et plus de fraîcheur.
« Écrire sur les cosmétiques me sert de refuge, d'anxiolytique », écrit-elle, comme en réponse anticipée à la question suivante : « Comment pouvons-nous encore nous faire belles alors que le monde s'écroule ? », ou, autrement exprimé plus loin : « Jusqu'à quel point pourra-t-on avoir une belle peau, et s'en réjouir, dans un monde hideux ? » Selon l'autrice, il y aurait un lien entre l'angoisse face à l'état du monde et l'achat compulsif de produits censés ralentir le vieillissement de la peau. Cette idée de paraître toujours jeune rejoint celle qui obsède les grandes fortunes de ce monde, dont témoignent notamment les recherches autour du transhumanisme : la quête de l'éternité.
Cette industrie, qui a pour cible majoritaire le public féminin - comme beaucoup de celles qui se développent autour de l'apparence -, conduit à une injonction faite aux femmes d'avoir une belle peau lisse. « La peau lisse est muette car elle n'a rien vécu », souligne l'autrice. Il s'agirait là d'une façon d'invisibiliser les femmes, d'effacer à la fois l'expression de leur visage (leurs émotions) mais aussi les marques de leur histoire (leur vécu). Mona Chollet rappelle aussi le mépris social qui découle de tout cela : « Un large éventail de techniques esthétiques s'offre aux personnes riches, alors qu'une part énorme de la population n'a même pas accès aux soins de santé de base. »
Soigner sa peau. Exploration d'une obsession conduit finalement à une réflexion critique sur nos comportements de consommation et sur la valeur symbolique de certains choix que nous faisons, largement suggérés par un capitalisme tentaculaire.
Soigner sa peau. Exploration d'une obsession
Zones
Tirage: 100 000 ex.
Prix: 20 € ; 208 p.
ISBN: 9782355222665
