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Montréal célèbre « l'élan » du livre québécois

« L'élan pour le livre québécois saura-t-il se maintenir ? », se sont demandés les éditeurs dans un atelier professionnel organisé vendredi 26 novembre au Salon du livre de Montréal. - Photo F.Piault/LH

Montréal célèbre « l'élan » du livre québécois

Les éditeurs québécois ont profité du 44e Salon du livre de Montréal pour souligner leurs succès au Québec et à l'international.

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Par Fabrice Piault ,
Créé le 29.11.2021 à 09h17 ,
Mis à jour le 29.11.2021 à 23h30

Le livre québécois a le vent en poupe et il fallait bien, dans le cadre du 44e Salon du livre de Montréal du 25 au 28 novembre, un atelier professionnel pour le souligner. Démentant la vague inquiétude exprimée dans son intitulé – « L'élan pour le livre québécois saura-t-il se maintenir ? » – éditeurs et libraires se sont attachés, vendredi 26 novembre dans une grande salle du Palais des congrès de Montréal à décrire un phénomène sensible de très longue date, mais qui a connu une vive accélération avec la pandémie.

Sur un marché du livre en plein essor – « on pourrait presque remercier la pandémie d'avoir existé », plaisante la directrice générale de l'Association des libraires du Québec (ALQ), Katherine Fafard –, les ventes de livres québécois dans les librairies indépendantes ont bondi de 25,5 % pendant les neuf premiers mois de 2021, quand celles des livres étrangers ne progressaient « que » de 17,7% (Source : BTLF). Parmi les ventes du groupement des librairies indépendantes, leslibraires.ca, la part des livres québécois a atteint 46,5 % sur l'année 2020-2021, contre 41,8 % trois ans plus tôt.

Campagne publicitaire

« Il y a eu pendant la pandémie un mouvement pour l'achat local, et le milieu du livre a accompagné cette tendance », analyse la directrice générale de l'Association nationales des éditeurs de livres (Anel), Karine Vachon. En novembre et décembre 2020, avec un apport de 1,1 million de dollars canadiens (760 000 euros) des pouvoirs publics québécois, 11 associations professionnelles ont conduit ensemble une vaste campagne publicitaire à la télévision, sur le web et sur les réseaux sociaux sur le thème « Je lis québécois », qui fait écho à la journée annuelle « J'achète un livre québécois » organisée chaque 12 août depuis 2012.

Pour le consultant Matthieu Streliski, l'impact de ces campagnes sur le public québécois a été maximisé par « le contexte actuel de retour au protectionnisme ». Le gouvernement québécois, très engagé dans la mise en valeur des industries culturelles de la province, joue lui-même sur la fibre nationaliste, et le Premier ministre, François Legault, met régulièrement en scène sur les réseaux sociaux ses lectures de livres... québécois.

Coup de projecteur

Porté par une nouvelle génération d'auteurs et d'éditeurs, le livre québécois engrange aussi des succès à l'international. « Plusieurs romans d'auteurs québécois ont figuré dans les sélections de grands prix littéraires français, tel Querelle, de Kevin Lambert (Héliotrope/Le Nouvel Attila), dans celle du Médicis », rappelle Florence Bisch, directrice éditoriale du groupe Homme. Pour l'éditrice, l'invitation du Canada à la Foire de Francfort en 2020 et 2021 a aussi permis « un beau coup de projecteur sur le livre québécois ».

Pour le président de l'Anel, Arnaud Foulon, vice-président du groupe HMH, interrogé par Livres Hebdo, « même si nous ne continuerons pas forcément à progresser aussi vite, l'enjeu pour l'édition québécoise est désormais de conserver ses nouveaux lecteurs ». Se félicitant de ce que la dynamique du livre québécois se soit « transmise à la librairie », il plaide « pour que le milieu culturel et la librairie s'insèrent dans le mouvement en faveur du commerce de proximité ».

La journaliste au quotidien Le Devoir, Odile Tremblay, est la seule à s'inquiéter publiquement, à l'occasion du Salon du livre de Montréal, de cette primauté revendiquée du livre québécois. « Les auteurs québécois faisaient sensation à la dernière foire de Francfort, se félicite-t-elle dans une chronique publiée le 25 novembre. Ils sont reçus là-bas. Recevons plus de visiteurs ici. Non pour s'incliner devant un colonialisme culturel, plutôt par curiosité légitime. »
 

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