Interview

Mosab Abu Toha: "Grâce aux livres, je peux apprendre l'histoire et la culture des autres."

Plus de 2000 ouvrages sont accessibles aux habitants de la bande de Gaza. - Photo DR

Mosab Abu Toha: "Grâce aux livres, je peux apprendre l'histoire et la culture des autres."

Avec sa bibliothèque, Mosab Abu Toha, jeune Palestinien de 24 ans, prône la non-violence et la résolution des conflits grâce à la lecture.

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Par Cécilia Lacour,
Créé le 22.09.2017 à 15h14,
Mis à jour le 24.09.2017 à 18h53

Dans la bande de Gaza, Mosab Abu Toha, jeune Palestinien de 24 ans, a ouvert, il y a tout juste un mois, la première bibliothèque anglophone du pays, la Edward Saïd Public Library, financée grâce à une campagne de financement participatif sur Indiegogo. Avec un fonds de plus de 2000 livres, il souhaite offrir une échappatoire aux habitants de Gaza qui affrontent, depuis juin 2007, un blocus de la part d’Israël.

Mosab Abu Toha est revenu sur ses motivations et ses objectifs dans le cadre d’une interview donnée à Livres Hebdo pour l’article "Le livre comme arme de survie", publié vendredi 22 septembre 2017.
 
Mosab Abu Toha (à gauche) dans sa bibliothèque à Gaza. - Photo DR
Livres Hebdo: Que représente la lecture pour vous?
Mosab Abu Toha: La lecture est l’un des principaux moyens, sinon le principal, qui aide à voyager à travers le temps et l’espace. Grâce aux livres, je peux apprendre l'histoire et la culture des autres. Je peux comprendre pourquoi certaines personnes nous aiment, pourquoi ils nous détestent, le regard qu’ils portent sur le monde.
 
Livres Hebdo: Pourquoi ouvrir une bibliothèque anglophone dans la bande de Gaza?
Mosab Abu Toha: Les livres en langue anglaise sont très rares sur le territoire. Or, nous avons besoin de la lecture et d’ouvrir notre appétit littéraire pour s’échapper de cette situation difficile et pour se sentir mieux. On ne peut pas s’attendre à voir quelqu’un être heureux de vivre à Gaza. Avec le blocus, nous n’avons pas d’opportunité en termes de travail, nous manquons de médicaments, d’eau potable. Nous ne vivons pas dans des endroits propres, nous ne pouvons pas voyager pour le plaisir, ni même pour recevoir des traitements. Je ne connais rien aux médicaments. Les organisations humanitaires proposent leur aide pour l’eau et la nourriture. Alors, je me bats avec ce que je connais: les livres.
 
Livres Hebdo: Proposez-vous un catalogue d’ebooks?
Mosab Abu Toha: Non car nous faisons face à d’importantes coupures d’électricité à cause de nos relations avec Israël. Nous avons de l’électricité pendant deux à quatre heures par jour. Nous profitons de ce temps pour laver nos vêtements, recharger nos téléphones, écouter de la musique, etc. Le livre physique permet de compenser ce manque d’électricité.
 
Livres Hebdo: Avez-vous l’impression de poursuivre un acte militant en ouvrant une bibliothèque?
Mosab Abu Toha : La plume, l’écriture et la lecture sont plus fortes que l’épée. Nous pouvons résoudre nos problèmes par le dialogue et la compréhension de l’autre, sans avoir recours à la violence. Mais bien entendu, si quelqu’un s’apprête à me tuer, le livre ne pourra pas m’aider et je pense que j’aurais le droit de me défendre…

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