La crise de quoi ? En ouverture de son écrit posthume La volonté de puissance, Nietzsche avait écrit : « Ce que je raconte, c'est l'histoire des deux siècles qui vont venir. Je décris ce qui va venir, ce qui ne saurait plus venir autrement : la montée du nihilisme. » Cette prédiction semble s'être accomplie au xxe siècle. Elle serait même toujours très actuelle chez les déclinistes de tous bords. Olivier Dhilly a voulu y voir de plus près. Nourri à la lecture de L'obsolescence de l'homme (1956 et 1980) de Günther Anders et de l'œuvre de celle qui fut sa première épouse, Hannah Arendt, le philosophe passe en revue tout ce qui semble participer à l'écrasement de l'humanité sous le poids de son inconsistance, ce décalage entre la capacité de produire et la capacité de se représenter ce qu'elle produit. Coincée entre un capitalisme prédateur et un aquoibonisme fataliste, la civilisation se laisserait aller à la dérive des sentiments.
Agrégé de philosophie, enseignant au lycée d'État de la Légion d'honneur de Saint-Denis et à l'Institut d'études judiciaires de l'université de Paris II Panthéon-Assas, Olivier Dhilly a publié de nombreux ouvrages destinés aux élèves de terminale et aux étudiants : Les grandes figures de la philosophie (L'Étudiant, 2007), La boîte à outils philosophie. Les notions, les sujets, les citations (L'Opportun, 2011), Faut-il oublier son passé pour se donner un avenir ? (L'Opportun, 2012), Le tonneau de Diogène (L'Opportun, 2014). Cette démarche didactique lui a permis de mettre en place la sienne. Il s'agit en l'occurrence de réfléchir sur notre condition moderne, via ce nihilisme annoncé par Nietzsche il y a cent quarante ans ans. Devons-nous prendre au sérieux cet avertissement à l'aune des nouvelles formes de conflits, de la montée des populismes, du terrorisme ou de la menace nucléaire ? Ce mal que nous n'avons pas vu venir est-il si nouveau ? Et comment le penser ?
Le résultat s'illustre dans ce livre très personnel porté par des quantités de lectures et une conviction : la philosophie peut nous faire prendre conscience non pas de la mort inéluctable, mais de la vie recommencée. Pour cela, il faut changer non pas les choses, mais « l'imaginaire des choses », afin de retrouver des oasis dans le désert de nous-même. Changer d'air implique de sortir de la représentation de la crise : ne pas désespérer dans un moment désespérant, ne pas s'illusionner non plus, mais retrouver la notion de bien commun, plus accessible que celle d'universalité. « Cette question du sens nous hante d'autant plus que nous avons le sentiment d'être dépassés, immergés dans une réalité qui nous échappe et face à laquelle nous ne pouvons pas grand-chose. » Pour se tirer de cette ornière, il faut retrouver la possibilité d'un monde commun et se dire qu'« exister ce n'est pas d'abord apprendre à mourir, c'est naître, venir au monde parmi les autres ». À quoi bon ? ne prétend pas autre chose que nous dessiller le regard. C'est déjà une belle ambition.
À quoi bon ? La perte de sens ou le mal du siècle
Éditions Les Léonides
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21,90 € ; 288 p.
ISBN: 9782488335454
