Le prince des poètes. Avec Virgile et Cicéron, Ovide (Publius Ovidius Naso) est l'un des rares auteurs antiques, grecs ou romains, dont les œuvres ont été largement conservées même si certaines, comme Médée, une tragédie, ont été perdues.
Telle quelle, son œuvre s'organise en trois ensembles. Né en 43 av. J.-C. à Sulmo (aujourd'hui Sulmona) dans les Abruzzes, dans une antique famille de chevaliers, Ovide publie entre 20 av. J.-C. et le début de notre ère ses premiers grands livres, ses best-sellers, qui ont traversé les siècles et ont été copiés et recopiés au Moyen Âge : Les amours, L'art d'aimer, les Remèdes à l'amour. Puis viennent les Fastes, espèce d'histoire de Rome à travers ses fêtes et ses mythes, et les Métamorphoses, son chef-d'œuvre, publié en 8. L'année même où le poète, jusque-là célèbre et bien en cour auprès du premier empereur romain, Auguste, se voit brutalement exilé à Tomis, en Mésie, dans l'actuelle Roumanie. Il composera encore deux livres, les Tristes et les Pontiques, recueils d'élégies adressées à des proches, où il exprime sa détresse, son incompréhension, et implore sa grâce auprès du maître de l'Empire en personne. En vain. Le plus grand poète latin après Virgile mourra solitaire dans son exil, en 17 ou 18.
La raison de sa disgrâce, qui était si bien connue de lui et de ses contemporains que personne ne l'a jamais écrite - d'où notre frustration -, serait double : Auguste parvenu au pouvoir aurait voulu « moraliser » les mœurs de la société de son temps (comme Louis XIV vers la fin de son règne), en revenant à la tradition et à un certain ordre « vieux Romain ». L'art d'aimer lui aurait donc déplu. Mais aussi, et c'est là le grand mystère, Ovide aurait vu quelque chose de grave qu'il n'aurait pas dû voir, ce qu'Auguste ne lui a jamais pardonné. Même son successeur, Tibère, ne reviendra pas sur ce bannissement.
Celui que la postérité qualifia de « prince de poésie » ne s'en remit jamais, et ses Tristes, notamment le livre II, où Ovide écrit à l'Empereur en personne, est un sommet de la poésie latine. Célébrée de son vivant, l'œuvre d'Ovide retrouve aujourd'hui une nouvelle jeunesse, retraduite et publiée (en français seulement) par une équipe de latinistes, en un seul volume. Une gageure. Un événement.
Œuvres complètes
Gallimard
Édition publiée sous la direction de Philippe Heuzé ; textes traduits, présentés et annotés par André Daviault, Sylvain Durand, Yves Hersant, Valentin Hiegel et Hélène Vial
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 76€ jusqu’au 31/12/2026 puis 79€ ; 1648 p.
ISBN: 9782070116669
