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A 46 ans, Hugues Barthe, un dessinateur né à Montbéliard, formé aux beaux-arts de Besançon et à l'école de bande dessinée d'Angoulême, et aujourd'hui installé à Rouen, est loin d'être un débutant. Il a produit une demi-douzaine de livres inspirés de ses expériences personnelles dont Dans la peau d'un jeune homo et Bienvenue dans le Marais (Hachette Littératures). Mais la lecture de L'été 79, première partie d'un récit autobiographique qui se conclura dans un an avec L'automne 79, donne le sentiment qu'ils ne faisaient que préparer cet accouchement-là.
On en imagine la douleur. Ecrivant à la première personne, Hugues Barthe raconte avec une force stupéfiante la désagrégation d'une famille, dans un village de l'est de la France, lorsque le père artisan chauffagiste sombre dans l'alcoolisme, rentrant de plus en plus tard à la maison et battant quotidiennement sa femme. Lui, c'est l'ogre du Petit Poucet. Une forme indistincte qu'Hugues Barthe ne représente jamais entièrement, mais seulement par des éclats de voix, un couteau manipulé par de grosses paluches pour préparer le casse-croûte, des jambes dont on craint la moindre vibration... Lui, c'est d'abord la peur qu'il inspire.
Elle, c'est une paire de larges lunettes noires supposées cacher les yeux rougis, le regard fermé, les bleus. C'est une femme qui hésite à réagir, s'enferrant avec son mari dans un rapport sadomasochiste dont leurs trois fils sont les otages. Il y a aussi une grand-mère affable, tant qu'elle peut fermer les yeux sur la crise du ménage, un enseignant bienveillant, une voisine complaisante et une tante chaleureuse, d'autant plus séduisante qu'elle est partie faire sa vie à la ville. Elle incarne pour le jeune narrateur de 14 ans une issue à l'univers irrespirable dont Hugues Barthe, qui affiche une belle maîtrise du noir et blanc, rend parfaitement l'atmosphère inquiétante en en restituant tous les sons, craquements, cris et grincements.

