17 mars > Biographie France

D’avril à août prochain, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris accueillera la première exposition monographique consacrée à la peintre allemande Paula Modersohn-Becker, morte en 1907 à 31 ans d’une embolie pulmonaire quelques jours après avoir accouché. Pour faire découvrir en France, où elle est encore peu connue, cette artiste désormais célébrée comme l’une des représentantes les plus inspirées des débuts du mouvement expressionniste, la commissaire Julia Garimorth s’est entourée de deux conseillers : Wolfgang Werner de la Fondation Paula Modersohn-Becker et… Marie Darrieussecq, pour la première fois dans ce rôle, qui signe parallèlement une biographie chez son éditeur P.O.L. "Montrer ses tableaux. Dire sa vie", "le même geste amoureux", commente l’écrivaine dans les remerciements à la fin du livre.

Marie Darrieussecq raconte qu’elle a "rencontré" la peintre en 2010 avec l’image d’un "grand nu allongé avec enfant" datant de 1906. Et on comprend vite ce qui a fasciné l’écrivaine dans cette figure de femme artiste : création au féminin, corps et maternité, il est facile de voir ce qui résonne. Mais il y a aussi la dimension littéraire, à travers le lien de Paula M. Becker avec le poète Rainer Maria Rilke qui épousera son amie Clara Westhoff, sculptrice, dont elle avait fait la connaissance à la colonie artistique de Worpswede, une lande plate avec bouleaux et tourbières, près de Brême, "le Barbizon de l’Allemagne du Nord". Là s’était installée dans les années 1890 une communauté d’artistes dont son futur mari, le peintre paysagiste Otto Modersohn. Une phrase des Elégies de Duino de Rilke donne son titre - Etre ici est une splendeur - à ce portrait nourri des nombreuses lettres échangées et du journal tenu par la jeune femme. Le poète achètera l’une des trois seules toiles que Paula M. Becker vendra de son vivant. Rilke, dont elle fera le portrait, écrira le poème Requiem pour une amie un an après sa mort.

"Paula, une bulle entre deux siècles. Elle peint, vite, comme un éclat", décrit Marie Darrieussecq saluant la pionnière. L’artiste est en effet la première femme de l’histoire de l’art à s’être représentée nue, et même enceinte, à avoir peint des corps féminins dans des pauses inédites. "L’intimité, écrit-elle, est l’âme du grand art", cite l’écrivaine qui observe aussi la façon dont l’artiste se débat dans le conflit entre création et vie d’épouse. Son attraction pour Paris où la peintre fera plusieurs séjours, formant sa technique et son regard en fréquentant assidûment le Louvre, les galeristes, les marchands d’art chez qui elle découvrira en 1900 Cézanne lequel, avec Gauguin, restera l’une de ses grandes références. "Comment écrire les tableaux ? […] l’espace bée entre les mots et les images", constate l’écrivaine qui ne donne ici qu’une envie : se précipiter pour voir. Véronique Rossignol

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