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Pierre Fourniaud, le découvreur

Pierre Fourniaud - Photo Olivier Dion

Pierre Fourniaud, le découvreur

Il a publié Paul Colize, Franck Bouysse et Rédoine Faïd à La Manufacture de livres qu’il a fondée en 2009 et est à la fois l’éditeur du roman noir et des mauvais garçons.

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Par Claude Combet
avec Créé le 18.03.2016 à 15h00

"C’est un découvreur", disent de lui ses confrères unanimes. Depuis 2009, où il a fondé sa maison La Manufacture de livres, Pierre Fourniaud déniche des auteurs français de roman noir qui ont forgé sa réputation d’éditeur. Paul Colize, François Médéline, Franck Bouysse, Benoît Séverac, Margot D. Marguerite font partie des écrivains que les éditeurs lui jalousent, et parfois débauchent. "Je ne suis pas content quand ils s’en vont, mais c’est la vie", commente-t-il avec philosophie. Il a aussi été l’un des premiers à s’intéresser au "true crime", aux histoires criminelles vraies, nouvelle tendance du polar aujourd’hui, mais il a aussi pimenté son catalogue avec quelques beaux livres sur Les mauvais garçons (tatoués) ou Les mauvaises filles (prostituées).

Terroir

"C’est très exaltant pour un éditeur de découvrir quelque chose et très émouvant d’avoir le premier rendez-vous avec un auteur qui a écrit son premier roman", raconte-t-il. "Il a un goût très sûr. Mais surtout il les accompagne, même psychologiquement, travaille avec eux sur le texte, se montre toujours disponible à la manière d’un Jean-Marc Roberts", confirme Caroline Lamoulie, éditrice d’Ombres noires et du policier chez J’ai lu. Pierre Fourniaud est un éditeur à l’ancienne. Il entretient des liens d’amitié avec ses auteurs et n’hésite pas à s’impliquer personnellement, rendant visite en prison à Rédoine Faïd, actuellement en procès pour l’attaque d’un fourgon blindé (auteur de Braqueur, un livre d’entretiens avec Jérôme Pierrat), ou en Corse à un autre, immobilisé par un bracelet électronique. "Mais j’ai aussi des liens avec des policiers", se défend-il.

Fils d’une institutrice et d’un bibliothécaire, il avoue avoir toujours vécu entouré de livres et a fait naturellement des études d’histoire et de philosophie, avant d’intégrer Sciences po Paris. Il revendique ses racines limougeaudes et souligne que "Franck Bouysse est de Limoges comme moi, Antonin Varenne habite dans la Creuse". C’est du terroir qu’il a tiré le nom de la maison qui "devait s’appeler La Manufacture de livres et d’articles imprimés de Paris, rappelant à la fois le XIXe siècle et La Manufacture de Saint-Etienne, mais c’était trop long". En 2015, il a créé avec Cyril Herry, des éditions Ecorce, une collection de "nature writing" à la française, sous le nom de "Territori".

Homme discret, Pierre Fourniaud a aussi forgé sa réputation sur le terrain. Représentant durant dix ans pour Hachette (notamment pour Edicef) avant de devenir directeur de l’export, il en retiré la certitude qu’"on vend des livres quand il y a des libraires". Préférant ceux-ci aux journalistes, dit-il, il sillonne Paris à bicyclette pour aller les voir et organise des tournées en province. Après avoir démissionné d’Hachette, il est embauché fin 2004 par Hervé de La Martinière comme directeur commercial et marketing du Seuil. Mais l’envie d’éditer est forte et il fait ses classes chez La Martinière Textes, chez Baleine et aux éditions du Toucan, puis, par "besoin d’indépendance", fonde en 2009 La Manufacture de livres , qui prend véritablement son envol en 2011 "avec la distribution par CDE-Sodis".

Liberté

Pierre Fourniaud avoue une fascination pour les "gens qui transgressent la loi et la morale", que ce soit par le truchement d’histoires vraies ou celui du roman "qui leur donne une vie imaginaire". "Je ne publie pas de thriller, ni de roman avec un policier pour héros, ni d’histoire de tueur en série. Je m’attache à des histoires d’individus, des marginaux, des gens qui se posent la question du bien et du mal", analyse-t-il. "Faisant tout tout seul", comme le souligne Constance Trapenard, éditrice du policier au Livre de poche, il assume les risques éditoriaux. En 2014, il a créé sa collection de documents en poche, dans laquelle viennent de paraître Mesrine, mon associé et Le testament de Lucky Luciano, avant Al Capone, ma vie en avril. Il publie Benoît Séverac et Anne Bourrel en mars, Antonin Varenne en mai. Pour "grandir", il compte augmenter la production, se fait aider par Olivia Castillon pour la presse, et lance à la rentrée "Zapoï", une collection de fiction et non-fiction russes, dirigée par Thierry Marignac, dans laquelle il prévoit un texte de Limonov, et Guerre de Vladimir Kozlov. "L’avantage d’être indépendant est que l’on peut explorer des choses, aller dans des directions très différentes. On a la liberté de prendre des risques même s’il faut vendre des livres pour survivre. Ce n’est pas contradictoire : les groupes ont une production plus standardisée mais ils m’aident car ils m’ont permis de me développer, en me distribuant et en achetant mes titres pour le poche", conclut cet éditeur "qui n’aurai[t] pas voulu exercer un autre métier".

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