Plainte contre Edouard Louis : la décision mise en délibéré au 15 avril | Livres Hebdo

Par Marine Durand, avec AFP, le 18.03.2016 à 18h07 (mis à jour le 18.03.2016 à 19h00) Justice

Plainte contre Edouard Louis : la décision mise en délibéré au 15 avril

Edouard Louis. - Photo OLIVIER DION

L'auteur d'Histoire de la violence (Seuil) était assigné en référé, vendredi 18 mars, pour atteinte à la présomption d'innocence et atteinte à la vie privée par un homme soupçonné d'être son agresseur et jugeant que la description du roman le rend identifiable. La décision a été mise en délibéré au 15 avril.

Vendredi 18 mars à 11h se tenait, au Tribunal de grande instance de Paris, l'audience consacrée à l'assignation en référé d'Edouard Louis et de sa maison d'édition par le violeur présumé de l'auteur, pour atteinte à la présomption d'innocence et à la vie privée. Ni l'écrivain de 23 ans ni le plaignant n'étaient présents au tribunal.

L'affaire Reda

R. B., en détention provisoire depuis janvier et suspecté d'être "Reda", l'auteur de l'agression qu'Edouard Louis décrit dans son roman Histoire de la violence (Seuil, janvier 2016), affirme que les détails donnés dans le livre le désignent comme coupable alors même qu'une instruction est en cours et le rendent reconnaissable par ses proches. Il réclame le paiement d'une indemnité de 50 000 euros et l'insertion d'un encart dans chaque exemplaire déjà publié indiquant que l'ouvrage porte atteinte à sa présomption d'innocence et à sa vie privée.

En retour, la défense d'Edouard Louis, auteur du très remarqué En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014), fait valoir que les éléments de description de l'ouvrage, à savoir le surnom, l'âge, les origines et quelques caractéristiques physiques de l'agresseur, ne suffisent pas à identifier le plaignant, qui par ailleurs a entretenu la confusion sur son identité.

Comme l'indique le journaliste de l'AFP présent à l'audience, les questions d'identité, vraie ou fausse, choisie ou subie, ont finalement occulté les débats sur le fond, pendant les deux heures qu'a duré l'audience. C'est sous le surnom de "Reda" qu'apparaît dans Histoire de la violence l'homme qui agresse et viole, un soir de Noël, Edouard Louis. C'est aussi sous l'identité de "Reda", de nationalité marocaine, qu'est cité et a été incarcéré le plaignant, dans l'enquête sur cette agression. Mais c'est sous un autre nom, "Monsieur R. B.", et avec la nationalité algérienne, qu'il assigne l'écrivain de 23 ans.

Présomption d'innocence et changements d'identité

Cette identité-là est la vraie, ont assuré vendredi ses avocats Thomas Ricard et Matthieu de Valois, qui ont produit un acte de naissance. "Monsieur R. B. est une personne sans papiers, qui se fait appeler "Reda" dans son cercle proche. Quand nous avons envoyé la lettre de mise en demeure, nous n'avions pas encore sa véritable identité, et le juge a soulevé ce point. La question qui se pose ici est: peut-on assigner quelqu'un lorsqu'on est sans papier ?", a fait valoir Me Thomas Ricard, contacté par Livres Hebdo. "Les différents éléments mis ensemble peuvent permettre d'identifier R.B., et certains de ses proches l'ont identifié. Nous demandons simplement le respect de la présomption d'innocence, car c'est la dernière liberté qui reste à notre client, qui nie catégoriquement les accusations à son encontre dans la procédure en cours au pénal", a précisé Me Ricard.

De son côté, Me Emmanuel Pierrat, l'avocat d'Edouard Louis, n'a pas manqué de souligner le caractère "contradictoire" de l'action menée par le plaignant: "Les pièces qu’il verse lui-même aux débats démontrent sans doute possible qu’il change d’identité à dessein depuis des années, en multipliant les alias", indique-t-il dans ses conclusions qu'il a transmis à Livres Hebdo. Quant à l'accusation d'atteinte à la présomption d'innocence, elle n'est pas recevable, selon l'avocat, faisant valoir "qu'il n’est pas juridiquement possible de porter atteinte à la présomption d’innocence d’une personne qu’on ne peut désigner nommément." La défense d'Edouard Louis réclame en conséquence que la procédure soit reconnue comme une procédure abusive, et que soit versée à Edouard Louis la somme de 1 euro en réparation du préjudice moral.

La décision a été mise en délibéré au 15 avril.
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