Premiers romans : toute une foulée de premiers pas

David Lopez, (Fief). Rentrée littéraire Seuil à la Maison des Polytechniciens à Paris. - Photo Olivier Dion

Premiers romans : toute une foulée de premiers pas

Avec 81 titres contre 66 un an plus tôt, la production de premiers romans se redresse nettement. Les éditeurs n’hésitent pas à présenter trois ou quatre primoromanciers par catalogue, pour toujours plus de regards croisés.

J’achète l’article 1.5 €

Par Léopoldine Leblanc ,
avec
Créé le 30.06.2017 à 15h09

Lrentrée se révéle faste pour les premiers romans. Pas moins de 81 sont annoncés entre août et octobre, un chiffre proche de celui de 2013. Parmi les éditeurs les plus audacieux figurent Stock et Gallimard, qui présentent chacun quatre primoromanciers, suivis de près par Grasset, Le Dilettante et Albin Michel, à l’origine de trois premiers romans par catalogue.

La constante primauté des écrivains masculins demeure : deux tiers des auteurs sont des hommes contre un tiers de femmes. Parmi celles-ci, Annick Médard, 77 ans, doyenne de cette rentrée avec La maison de l’éclusier chez Jérôme Do Bentzinger. La jeune génération, quant à elle, est pleinement présente, dès l’âge de 26 ans avec des auteurs comme Sophie Astrabie (Albin Michel), Marie Céhère (Pierre-Guillaume de Roux), Martin Diwo (Plon) ou encore Thomas Flahaut (L’Olivier).

Cette année, les primoromanciers sont nombreux à être issus du monde du spectacle. Certains sont entrés en écriture par le théâtre, tels Olivier Kemeid (Gaïa), Guillaume Poix (Verticales), Eric Romand (Stock) et Catherine Véglio (Lemieux). D’autres, dont certains déjà bien connus comme le réalisateur de Demain Cyril Dion (Actes Sud), ou l’actrice Eva Ionesco (Grasset), au cœur, l’an passé, du roman Eva de son compagnon Simon Liberati, mais aussi Emmanuelle Grangé (Arléa), Alexandre Steiger (Léo Scheer) et Pascal Voisine (Calmann-Lévy) illustrent les velléités littéraires des personnalités du cinéma. Par ailleurs, les journalistes répondent en nombre à l’appel de la littérature : Victoire de Changy (Autrement), Konrad Laghos (Intervalles), Ludovic Ninet (Serge Safran), Charlotte Pons (Flammarion), Olivier Rogez (Le Passage), Pierre Souchon (Rouergue) ou encore Sébastien Spitzer (L’Observatoire). Le monde du livre et des lettres est également au rendez-vous avec l’éditrice Pauline Perrignon (Stock), le poète James Noël (Zulma), l’auteur jeunesse à succès Timothée de Fombelle (L’Iconoclaste), le critique littéraire Damien Aubel (Inculte) et des professeurs de lettres du lycée à la prépa tels Emmanuelle Caron (Grasset), Victor Pouchet (Finitude) et Gwenaële Robert (Robert Laffont).

Départs sans retour

Les premiers romans sont nombreux à s’intéresser à la thématique du départ et à ses motivations. Dans Imago (Actes Sud), Cyril Dion retrace le voyage d’un Palestinien hanté par le départ de son frère parti faire le djihad, entre Rafah et Paris. De même, Emmanuelle Grangé s’attache aux voix des abandonnés dans Son absence (Arléa) à travers l’histoire d’une famille qui signe une "déclaration d’absence" vingt ans après le départ de l’un des leurs. Paul-Bernard Moracchini, dans La fuite (Buchet-Chastel), et Jean Pichard, dans Les horizons perdus (La Différence), s’interrogent tous deux sur le départ volontaire comme unique possibilité de renaissance pour l’individu. Déçus du monde et en perte de sens, les personnages de cette rentrée expriment les méandres existentiels et les incertitudes. Une place de choix est réservée au portrait d’une jeunesse errante. A L’Iconoclaste, le personnage principal peint par Jean-Baptiste Andrea, dans Ma Reine, oscille entre désir d’insouciance et rappel à l’ordre adulte. Fief de David Lopez (Seuil) met en scène une bande d’amis qui tuent le temps dans un monde péri-urbain. Ambiance de dérive sans lendemain, également, dans Surface de réparation d’Olivier El Khoury (Noir sur blanc) où le déclin d’un club de foot fait écho aux échecs de la vie personnelle du jeune héros.

S’affranchir du passé

Comme pour pallier les désillusions d’un futur incertain, plusieurs premiers romans trouvent refuge, réconfort et vérité dans un retour aux origines. Secrets et non-dits du passé resurgissent pour le personnage principal de Mon gamin (Calmann-Lévy) de Pascal Voisine, qui revient dans son village natal après quarante ans d’absence ; et pour l’héroïne de Parmi les miens (Flammarion) de Charlotte Pons, qui décide de vivre avec sa fratrie pour faire face au deuil maternel. Récit d’exil, Et ma langue se mit à danser de Ysiaka Anam (La Cheminante) évoque à la fois la perte et la redécouverte, trente ans plus tard, de la langue première. Plus universel, Timothée de Fombelle invite le lecteur à franchir le passage qui mène au pays d’enfance dans Neverland (L’Iconoclaste). Lé. L.

Les dernières
actualités