Quelle place pour la lecture publique dans la métropole du Grand Paris ? | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 25.06.2019 à 19h08 (mis à jour le 25.06.2019 à 20h00) Bibliothèques

Quelle place pour la lecture publique dans la métropole du Grand Paris ?

Située à l'entrée du centre commercial de l’Agora, à Evry, la médiathèque se déploie sur quatre niveaux. - Photo VILLE D'EVRY

Une rencontre organisée à la Bibliothèque publique d'information à Paris, mardi 25 juin, a rassemblé professionnels et élus sur le devenir de la lecture publique dans le contexte de la réorganisation des territoires de la Métropole du Grand Paris.

La Métropole du Grand Paris, créée officiellement le 1er janvier 2016, regroupe 11 territoires et Paris, soit 7,2 millions d’habitants et 123 communes réparties sur 5 départements. Quel est l’impact de cette réorganisation administrative de grande ampleur sur les politiques de lecture publique ? Ces politiques sont-elles mieux portées et plus efficaces à l’échelon intercommunal qu’à l’échelon municipal ? Mardi 25 juin, une rencontre organisée à la Bibliothèque publique d’information (Paris 4e) par trois associations de bibliothécaires (Bib92, Bibliothèques en Seine-Saint-Denis et Valmédia) a convié des élus, des directeurs des affaires culturels et des bibliothécaires de la Métropole à venir témoigner de leur expérience.
 
La réorganisation territoriale actuellement à l’œuvre dans toute la France est extrêmement importante David-Georges Picard

"La réorganisation territoriale actuellement à l’œuvre dans toute la France est extrêmement importante, a expliqué en introduction David-Georges Picard, directeur de la bibliothèque Vaclav-Havel à Paris, ancien conseiller livre et lecture de la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France, jusqu’en avril dernier, et coordinateur du livre Les bibliothèques dans les mutations territoriales, à paraître aux Editions du cercle de la librairie à la rentrée prochaine. La bibliothèque est un facteur de construction important dans une intercommunalité, notamment quand celle-ci est à cheval sur deux départements. Mais aucun modèle de coopération territoriale ne s’impose."

Une disparité de situations

Les témoignages ont illustré cette grande diversité de modèles et de points de vue. "Le regroupement territorial de Vallée Sud – Grand Paris s’est fait de manière un peu autoritaire autour de onze communes qui n’avaient pas forcément vocation à vivre ensemble", a posé d’emblée Chantal Brault, conseillère territoriale de Vallée Sud-Grand Paris, chargée de la lecture publique et de l'emploi, et première adjointe au maire de Sceaux, l’une des onze communes du territoire.

Dans les trois intercommunalités qui ont fusionné pour donner naissance à Vallée Sud-Grand Paris, certaines avaient transféré la gestion de la lecture publique au niveau intercommunal, d’autres pas. "Certains maires avaient construit de longue date une politique culturelle, et notamment de lecture publique, très importante. Il existe aujourd’hui de grandes disparités dans le fonctionnement, les services, la culture professionnelle, a poursuivi l’élue. Vallée Sud-Grand Paris a une grande envie d’élaborer une politique intégrative mais ce sera long. Le réseau apporte un accompagnement, une unité territoriale. Cependant, on trouve des réseaux de bibliothèques de grande qualité gérés au niveau communal, comme à Sceaux, qui a la seule bibliothèque ouverte le dimanche dans notre territoire, et qui porte un projet de rénovation de sa médiathèque très ambitieux. L’échelon communal offre une plus grande proximité avec les habitants que l’échelon territorial".

Autre composante de la Métrople, Grand Paris Sud compte 23 communes dans les départements de l’Essonne et de Seine-et-Marne et gère en réseau 9 médiathèques de 6 communes du territoire. "Le réseau apporte la qualité de l'offre documentaire mutualisée, permet de compenser les disparités de situations. Par contre, il crée une lourdeur dans la gestion administrative, a commenté Carole Ziem, présidente de l'association des directeurs des affaires culturelles d'Ile de France et directrice des affaires culturelles de Fontenay-sous-Bois. La difficulté est d’avoir une logique de réseau, de territoire, tout en travaillant localement".

Incertitude financière
 
Rénovée en 2016, la bibliothèque de quartier les Bleuets, à Créteil propose de nombreuses animations, notamment, des rencontres autour de la santé et des ateliers de conversation. - Photo VILLE DE CRÉTEIL
Grand Paris Sud Est Avenir, qui compte 16 villes, 313 000 habitants et 20 bibliothèques, constitue également un territoire très disparate avec des zones fortement urbaines comme Créteil, et d’autres très rurales comme Villecresnes. Pour prendre en compte cette disparité, les élus ont fait le choix de confier la gestion du réseau de lecture publique non à une direction centralisée mais à la collégialité de tous les directeurs d’établissements. "C’est le choc des cultures, avec des bibliothèques très différentes, environ 200 professionnels et autant de bénévoles, a détaillé Viviane Spotorno, directrice de la médiathèque André Hellé à Boissy-Saint-Léger, l’un des établissements du réseau de lecture publique de Grand Paris Sud Est Avenir. L’enjeu est d’offrir une égalité d’accès à la culture sur tout le territoire. On travaille à la formation, à la mise en place d’un logiciel commun, à l’extension des horaires d’ouverture, mais cela prendra des années".

Adrien Brun, directeur de la culture de l’établissement public territorial Est Ensemble, qui regroupe 9 communes en Seine-Saint-Denis, a rappelé quant à lui le choc ressenti par les équipes, qui travaillaient depuis deux ans au transfert de la gestion des équipements culturels du territoire à l’échelon intercommunal, en apprenant, en 2013, le vote par l’Assemblé nationale de la suppression d’Est Ensemble et des deux autres agglomérations de communes qui devaient intégrer la métropole du Grand Paris. "Cela nous a conduit à faire le choix d’un modèle horizontal basé sur la collaboration des directeurs des établissements culturels, qui ont appris à se connaître et se sont mis à construire un réseau, a expliqué Adrien Brun. Depuis, la loi NOTRe nous a redonné un statut, où chaque ville a un poids fort, ce qui correspond à notre fonctionnement historique. Mais financièrement, on ne sait pas comment on va fonctionner dans les deux ans à venir. La vocation du Grand Paris était à l'origine de favoriser une répartition plus équitable des moyens et des financements sur le territoire. Pour l'instant ce n'est pas le cas".

Mutualiser les moyens
 
Située en plein centre-ville de Stains et à proximité du RER D, la médiathèque Louis-Aragon dispose de 50 000 documents pour tous les âges. - Photo PIERRE LE TULZO – PLAINE COMMUNE
Le réseau des médiathèques de Plaine Commune, lui, s’est constitué dès 2004 sur une forte volonté politique. Les élus voulaient mutualiser leurs moyens pour développer une offre de lecture publique de qualité, sur un territoire jusque-là très pauvre en la matière. Plaine Commune a investi 65 millions d’euros dans la lecture publique, dont une partie prise en charge par des financements de l’Etat, construit 14 500 m2 de bibliothèque et en a rénové environ autant. "Les médiathèques constituent un enjeu éminemment politique et un enjeu de service public, a affirmé avec force Carinne Juste, première vice-présidente de l’ETP de Plaine commune en charge de la lecture publique, conseillère métropolitaine, et maire de Villetaneuse. A quand une compétence obligatoire en France sur la lecture publique pour réduire la fracture qui existe entre les territoires dans ce domaine ?".

"C’est une bonne nouvelle que les bibliothèques soient dans ce grand mouvement de recomposition des territoires, a souligné en conclusion Dominique Lahary, responsable de la commission Bibliothèques en réseau de l’Association des bibliothécaires de France. La convergence entre le niveau communal et le niveau intercommunal est délicate à gérer mais n’oublions pas que les intercommunalités sont des regroupements de communes. On n’est pas loin du public à l’échelon intercommunal, et proche à l’échelon communal. Les populations sont mobiles, il faut leur faciliter les choses".
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