Enquête

Relations auteurs/éditeurs : peut mieux faire

Les Dialogues Auteurs-Editeurs au parlement européens à Bruxelles, organisés par la FEE à l’initiative du SNE et avec le soutien de la Sofia. - Photo SNE/FFE

Relations auteurs/éditeurs : peut mieux faire

Le 6e baromètre publié par la Scam (Société civile des auteurs multimédia) en partenariat avec la SGDL (Société des gens de lettres) et dévoilé ce vendredi au Salon du livre de Paris révèle des résultats en demi-teinte.

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Par Véronique Heurtematte,
Créé le 20.03.2015 à 16h00,
Mis à jour le 20.03.2015 à 16h00

Les relations entre les auteurs et les éditeurs qui les publient ne sont pas au beau fixe. Elles ont même eu tendance à se dégrader au cours des deux dernières années. C’est ce que révèlent les résultats du 6e baromètre publié par la Scam (Société civile des auteurs multimédia) en partenariat avec la SGDL (Société des gens de lettres), présenté vendredi 20 mars au Salon du livre de Paris.
 
Selon cette enquête, menée auprès d’un panel de 1857 auteurs représentant tous les secteurs de l’édition, 60 % des auteurs estiment que leurs relations avec tout ou partie de leurs éditeurs sont insatisfaisantes, contre 40 % qui considèrent qu'elles sont satisfaisantes, voire excellentes, ils étaient 69 % lors de la précédente enquête datant de 2013.
 
Sur le plan du travail de création, les auteurs sont globalement (60 % d’entre eux) satisfaits de leur collaboration avec les éditeurs. Ils sont 42 % à se déclarer satisfaits de l’exploitation commerciale par l’éditeur, mais tout aussi nombreux à se déclarer insatisfaits sur ce point. Près de la moitié des auteurs se disent insatisfaits du travail de communication et de promotion de l’éditeur.
 
Si en 2009, 98 % des auteurs négociaient seuls leurs contrats d’édition, ils sont aujourd’hui 40 % à faire appel à une aide extérieure, le plus souvent un juriste ou un avocat.
 
Rémunération : la question qui fâche

Le baromètre met clairement en évidence une dégradation dans la rémunération des auteurs. En 2015, ils sont 69 % à percevoir pour l’édition imprimée moins de 10 % de droits d’auteur sur le prix public, contre 59 % en 2013. Près de 19 % perçoivent un taux inférieur à 5 % (ils étaient 15 % dans ce cas en 2013).
 
Concernant l’édition numérique, près de 60 % des auteurs perçoivent une rémunération inférieure à 10 % du prix public de vente. Pour  27 % d'entre eux, elle est inférieure à 5% du prix de vente.
 
70 % des auteurs interrogés exercent une autre activité professionnelle que celle d’écrivain.
 
Reddition des comptes, traduction, édition numérique : des points à améliorer

Autre sujet délicat : la reddition des comptes. La situation s’est un peu améliorée depuis 2013 puisqu’aujourd’hui 55 % des auteurs reçoivent une reddition de comptes de la part de tous leurs éditeurs, contre 51 % il y a deux ans. 18 % ont dû cependant écrire à plusieurs reprises à leurs éditeurs pour l’obtenir.

Les pratiques en matière de ventes des droits à l’étranger et de mise au pilon constituent d’autres points noirs pour les auteurs : 28 % d’entre eux n’ont pas été prévenus au préalable par leur éditeur de l’exploitation de leurs œuvres à l’étranger et 59 % n’ont jamais rien perçu sur cette exploitation. 29 % des auteurs n’ont pas non plus été informés de la mise au pilon de leurs ouvrages.
65 % des auteurs trouvent que les contrats proposés par les éditeurs pour l’édition numérique ne sont pas suffisamment clairs.
 
Gestion collective : un complément de recettes bienvenu

Les sommes issues de la gestion collective des droits (droit de prêt en bibliothèque, reprographie, copie privée numérique, etc.) constituent pour les auteurs des compléments de rémunération non négligeables. 65 % ont perçu des droits pour le prêt public, 53 % ont perçu des droits de reprographie et 42 % des droits de copie privée numérique.
 
Rappelons, par ailleurs, que le ministère de la Culture devrait publier dans les mois à venir une vaste enquête sur la rémunération des auteurs, basée sur les affiliés à l’Agessa.

Commentaires (4)

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P

Patrick Eveno

il y a 5 ans à 23 h 13

Il faudrait aller plus loin: 1. les auteurs, comme les éditeurs, sont les victimes du numérique et de la gratuité: on ne paie plus pour la création 2. Les éditeurs ont misé sur les librairies et non sur les auteurs ou la lecture (prix unique du livre, émoi à chaque fermeture de librairie, etc.) A leur décharge, ils ont entraîné dans cette affaire les auteurs et le ministère de la culture. Le résultat: les livres se vendent moins, les éditeurs gagnent moins d'argent et sont contraints de limiter les droits d'auteur. Il y avait autre chose à faire, mais c'est trop tard, hélas


G

Géraldine

il y a 5 ans à 10 h 18

Rien n'est jamais trop tard. Que proposez-vous ?


D

Dartagnan

il y a 5 ans à 12 h 02

ô combien d'accord avec votre constat, Patrick : les libraires (précisons, indépendants) sont érigés en chevaliers blancs de la lecture et de la littérature, garants de la bonne marche du secteur... ce qui est une vue de l'esprit. Les aides qui leur sont allouées et la bienveillance dont ils jouissent auprès des éditeurs (et d'un grand nombre d'auteurs, inconscients du fait que cette attitude ne recoupe pas toujours leurs propres intérêts), est évidemment excessive. Cela les empêche aussi de se remettre en question, d'innover, de proposer, de revoir les bases de leur activité, bref, de s'adapter au nouvel environnement du secteur de l'édition : voir par ex. leur incapacité, pour la plupart, à gérer l'apparition et le développement du livre numérique alors qu'ils pourraient, déjà, proposer des bornes de téléchargement.


D

Dartagnan

il y a 5 ans à 12 h 05

Pour preuve, d'ailleurs de ce soutien indéfectible des éditeurs, d'une part, et de l'incapacité de certains libraires à pérenniser leur activité d'autre part, les rachats en série des librairies par les groupes d'édition ces derniers temps (notamment les ex-librairies Chapitre, mais pas seulement).


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