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Sally Rooney suspend la traduction de son prochain roman en Israël

Sally Rooney

Sally Rooney suspend la traduction de son prochain roman en Israël

L'auteure irlandaise soutient le mouvement de boycott visant les entreprises ou institutions "complices" de "graves violations des droits humains" à l'égard des Palestiniens.

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Par Thomas Faidherbe,
avec AFP,
Créé le 13.10.2021 à 17h01,
Mis à jour le 13.10.2021 à 18h00

Sally Rooney, connue pour ses deux premiers romans Normal People et Conversations entre amis, sème la zizanie en Israël. Elle a décidé de ne pas y publier son troisième roman Beautiful World, Where Are You "par solidarité avec un mouvement boycottant Israël pour la façon dont le pays traite les Palestiniens", précise-t-elle dans un communiqué publié par son agent.
 

En effet, l'auteure irlandaise a expliqué avoir refusé que son dernier livre soit traduit en hébreu par sa maison d'édition israélienne qu'elle juge trop proche du pouvoir. "Je ne pense pas qu'il serait juste" d'accepter un nouveau contrat avec une entreprise israélienne "qui ne se distancie pas publiquement de l'apartheid et ne soutient pas les droits du peuple palestinien stipulés par l'ONU", a affirmé l'écrivaine de 30 ans dans un communiqué. Jusqu'ici, les romans de l'auteure étaient traduits en hébreu par Katyah Benovits et publiés chez Modan.

Toutefois, Sally Rooney a précisé que "ce serait un honneur" d'avoir une traduction en hébreu pour Beautiful World, Where Are You. "Mais pour le moment, j'ai choisi de ne pas vendre ces droits de traduction à une maison d'édition basée en Israël", a-t-elle ajouté.

Une décision qui fait débat 

Le choix de la romancière irlandaise a suscité de vives réactions, notamment dans la communauté juive. "Sally Rooney a choisi une voie aux antipodes de l'essence artistique de la littérature", a dénoncé Gitit Levy-Paz, membre de l'Institut politique du peuple juif (JPPI). "L'essence même de la littérature, son pouvoir d'apporter un sentiment de cohérence et d'ordre au monde, est niée par le choix de Rooney d'exclure un groupe de lecteurs en raison de leur identité nationale", a-t-elle déploré sur le site d'information juif Forward.  

"Les romans de Sally Rooney sont disponibles en chinois et en russe. Ne se soucie-t-elle pas des Ouïghours ? Ou des journalistes qui défient Poutine ?", a raillé la critique américaine Ruth Franklin sur son compte Twitter. Elle ajoute que "juger Israël selon une norme différente de celle du reste du monde relève de l'antisémitisme". 

Pour Sally Rooney, "le système israélien de domination et de ségrégation raciale contre les Palestiniens répond à la définition de l'apartheid selon le droit international", a riposté l'écrivaine, affirmant soutenir le mouvement de boycott visant les entreprises ou institutions "complices" de "graves violations des droits humains". 

Un air de déjà vu

Cette crise littéraire connaît des précédents. En 2012, L'auteure américaine Alice Walker a refusé une nouvelle traduction en hébreu de La Couleur pourpre (Robert Laffont), par son éditeur israélien, Yediot Books. Le roman épistolaire avait reçu le prix Pulitzer de la fiction en 1983. Il avait également été adapté par Steven Spielberg en 1985. La romancière anglo-pakistanaise Kamila Shamsie, déchue du prix Nelly Sachs, avait apporté son soutien au mouvement BDS, Boycott Desinvestissement Sanctions, qui vise au boycott d'Israël. 

Sally Rooney, originaire de Castlebar (nord-ouest de l'Irlande), aborde dans ses oeuvres la notion de consentement, les différences sociales et les différentes formes de relations amoureuses. Elle débute sa carrière en étant saluée par la critique avec son premier roman Conversations entre amis. Son second roman, Normal people s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde et l'adaptation en série par le réalisateur Lenny Abrahamson a été primée aux Golden Globes. Ils ont été traduits en hébreu et sont parus en France aux éditions de L'Olivier. 


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