Livres Hebdo : Comment s’est nouée la rencontre entre Flammarion et Gisèle Pelicot ?
Sophie de Closets : Beaucoup d’éditeurs ont manifesté leur intérêt auprès de Gisèle Pelicot et de ses avocats au cours de l’automne 2024, certains l’ont rencontrée. Ce fut mon cas, un jour d’hiver à Avignon alors que le procès n’était pas achevé. Nous avons passé l’après-midi ensemble et fait connaissance, j’ai pu découvrir l’intelligence, la gentillesse, le charisme et la dignité de cette femme exceptionnelle et lui faire part de ma proposition : publier un récit de grande qualité, publié dans notre collection de récits littéraires, coécrit avec Judith Perrignon. La rencontre s’est très bien passée et les discussions ensuite sont allées assez vite et notre offre – qui n’était pas du tout la mieux disante de toutes celles qui avaient été envoyées – a été acceptée aux premiers jours de 2025.
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Comment avez-vous articulé les enjeux littéraires, éditoriaux et juridiques autour d’un texte aussi sensible ?
Dès cette première rencontre, nous avions une ambition précise pour ce livre, partagée avec Gisèle : que le récit de sa vie ait une ampleur excédant largement celle du procès, que ce livre relève de la littérature du réel et qu’il donne à comprendre bien sûr son parcours de vie tout en racontant notre époque.
Pourquoi ce choix de faire appel Judith Perrignon pour la rédaction de l'ouvrage ?
Je n’avais jamais travaillé avec Judith Perrignon mais cela fait des années que je la lis et que j’admire son travail. Outre ses romans, les livres qu’elle a écrits avec Gérard Garouste et Marceline Loridan-Ivens m’avaient beaucoup impressionnée par leur justesse, leur délicatesse et leur beauté. Avant de rencontrer Gisèle Pelicot pour la première fois, j’ai appelé Judith pour lui proposer, si jamais nous avions la chance d’acquérir les droits de ce livre, de l’écrire avec Gisèle. Quand Gisèle et Judith se sont rencontrées, ce fut une évidence entre elles, une connexion immédiate. Et la force de leur lien, qui s’est tissé au long de l’année, joue un rôle considérable dans la qualité exceptionnelle du livre que nous publions.
Comment pense-t-on la promotion d’un livre aussi sensible ?
C’est une publication particulière à plusieurs endroits en effet. D’abord parce que Gisèle Pelicot, à l’exception d’une déclaration de quelques minutes à la sortie du procès, ne s’était jamais exprimée en public et que sa parole est d’autant plus attendue qu’elle a été si rare. Ensuite parce que, fait rare pour un livre de non-fiction français, c’est une parution mondiale, le livre paraît simultanément dans 22 langues. C’est Susanna Lea qui a géré et supervisé les droits internationaux du livre et nous travaillons en confiance et en grande proximité pour que tout se passe au mieux. Il y a une série d’entretiens qui sont prévus et en ce qui concerne les déplacements, nous verrons dans un second temps comment organiser des rencontres entre Gisèle Pelicot et ses lecteurs. C’est le souhait de l’autrice d’aller à la rencontre de ceux qui l’ont soutenue et de ceux qui vont la lire, et nous le ferons avec la même attention, le même soin et la même exigence qui ont été les nôtres pour travailler sur ce récit hors normes.
