Suisse

En annonçant le 15 janvier l’abandon du cours plancher adopté en 2011 et fixant à 1,2 la valeur du franc suisse face à l’euro, la Banque nationale suisse a déclenché dans le pays une onde de choc à laquelle la chaîne du livre n’a pas échappé. La monnaie nationale s’est aussitôt appréciée de 20 %, bousculant les équilibres financiers et concurrentiels d’un secteur déjà fragile.

"La survie de l’ensemble de la chaîne est aujourd’hui en danger", lance Patrice Fehlmann, P-DG de l’OLF, premier diffuseur-distributeur en Suisse romande. De fait, la nouvelle appréciation du franc suisse face à l’euro rend intenables les différences de prix entre les livres vendus par les libraires romands et ceux vendus par les commerces frontaliers français ou par les grands sites Internet. L’offre, majoritairement importée de France, étant déjà vendue à un prix majoré par la tabelle afin de rémunérer les diffuseurs suisses, "on arrive à des différences tarifaires qui peuvent atteindre 70 %", observe Pascal Vandenberghe, P-DG de la chaîne de librairies Payot. "Or si on baisse nos prix, pour limiter l’évasion des achats, on baisse nos revenus, alors même que nos charges, qui sont en francs suisses, ne diminuent pas… Aujourd’hui, la clé est chez les diffuseurs." Si une baisse des prix de vente peut s’opérer par une réduction des tabelles ou, sur ce territoire où les prix sont libres, par des rabais octroyés aux clients par les libraires, le maintien des marges de ces derniers appelle d’autres mesures à caractère compensatoire telles que l’octroi de surremises. Reste que, partout, les marges de manœuvre sont réduites. Prenant les devants, Patrice Fehlmann a proposé à ses 159 employés de travailler au moins 2 heures de plus par semaine et simultanément d’accepter, à partir du 1er avril, des baisses de salaires pouvant atteindre 10 % pour les plus importants d’entre eux. Pour autant, assure-t-il, "cela nous permettra à peine de couvrir la moitié de nos pertes estimées".

Des discussions interprofessionnelles ont été engagées pour faire émerger des solutions et trouver un niveau de prix acceptable pour le consommateur et pour la profession. Toutefois, pour plusieurs grandes structures de diffusion, dont Diffulivre (groupe Hachette), Interforum, Servidis (La Martinière), les mesures devront être validées par des actionnaires qui se trouvent à Paris.

Dans ce contexte, chacun appelle à la solidarité de la branche mais aussi à la compréhension des consommateurs… en attendant de voir à quel niveau se stabilisera vraiment le taux de change.

Clarisse Normand


30.01 2015

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