Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Avec ses mobiles en papier accrochés au plafond, ses fauteuils colorés et la machine à coudre côtoyant un pot de café sur une grande table ronde au milieu de la pièce, l'endroit fait plutôt penser à la salle d'activités d'un centre de loisirs qu'à une bibliothèque. Tout juste remarque-t-on les rayonnages de livres discrètement appuyés aux murs et le coin jeunesse un peu plus loin. Une ambiguïté assumée : nous sommes ici dans l'un des deux "espaces lecture" inaugurés en octobre 2010 à Rennes. "Nous avons eu envie d'inventer une offre de lecture publique différente, moins formatée, partant du constat qu'une grande partie des gens sont encore intimidés par les bibliothèques et que les bibliothécaires ne sont pas les seuls à avoir une approche intéressante de la lecture", explique Marine Bedel, directrice du réseau des bibliothèques municipales de Rennes. Ces nouveaux lieux mettent l'accent sur l'accueil, l'animation autour du livre et sur les partenariats avec les acteurs locaux. Les collections sont réduites à 5 000 documents appelés à être renouvelés régulièrement en fonction des demandes ; le prêt, (d'abord supprimé mais réclamé par les lecteurs), est gratuit et se fait sans formalités. Installé dans l'ancienne bibliothèque d'un quartier populaire au sud de Rennes, l'espace lecture Carrefour 18 a pu mettre en place des collaborations étroites avec le centre social dont il partage les locaux. C'est un lieu vivant et fréquenté, proposant de nombreuses animations. 600 usagers sont inscrits au prêt : c'est peu rapporté aux 12 000 habitants du secteur, mais très encourageant puisque les deux tiers d'entre eux n'avaient jamais fréquenté de bibliothèque auparavant.
Un choix controversé
Amener un public a priori réticent à la lecture par des chemins détournés : le pari semble réussi. Mais l'expérimentation ne s'est pas faite sans mal. Les lecteurs des deux bibliothèques de quartier transformées en espaces lecture l'ont d'abord vécu comme une diminution du service et ont manifesté de violentes oppositions (1). Les espaces lecture ont conquis un nouveau public mais au risque de perdre en cours de route des habitués qui ne trouvent plus leur compte dans une offre documentaire réduite. Aujourd'hui, la réussite de l'espace lecture Carrefour 18 a fait tomber les réticences. Mais celui de Saint-Martin, un quartier résidentiel dans le nord de la ville, fait toujours l'objet de vives critiques de la part des usagers. "Au Carrefour 18, l'espace lecture constitue une réponse plus appropriée qu'une bibliothèque classique. A Saint-Martin, la question se pose », admet Marie-Anne Morel, responsable du service médiation et action éducative de la ville. Pas question cependant de revenir en arrière. « C'est une expérience passionnante qui nous ouvre de nouvelles perspectives en matière de médiation et de partenariats, revendique Marine Bedel. On se donne le droit de ne pas tout réussir du premier coup, mais on a l'honnêteté de reconnaître nos erreurs et d'ajuster notre action".

