Un(e) président(e) pour quelle BnF ? | Livres Hebdo

Du côté des lecteurs ?

Claude Poissenot

Claude Poissenot est sociologue, enseignant-chercheur à l'IUT "Métiers du livre" de Nancy, membre du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations - http://crem.univ-lorraine.fr/) à l'Université de Lor raine. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Depuis plusieurs années, il cherche à mettre les bibliothèques plus en phase avec la population desservie. Il a tissé des pistes dans La nouvelle bibliothèque (Territorial Editions). lire la suite

Il y a 3 ans 3 mois - 4 commentaires Blog

Un(e) président(e) pour quelle BnF ?

La BnF dans la brume

Le départ de Bruno Racine de la présidence de la BnF donne lieu à des supputations sur le nom de son (ou sa) successeur ici et . Quel réseau d’influence parviendra-t-il à imposer son poulain ? La nouvelle ministre de la culture réussira-t-elle à exister entre le Président de la République et son premier ministre ? Autant de questions sans intérêt au-delà du périphérique parisien.

L’heure serait plutôt à réfléchir à la gouvernance de cette institution et aussi à ses missions. Cet établissement est financé à plus de 95% par les subventions de l’Etat. La dotation de 180 millions d’euros reçue en 2014 (hors travaux de rénovation du site Richelieu) représente plus de 70% du budget « Le livre et la lecture » du ministère de la Culture et de la Communication. C’est 18 fois plus que ce qui était attribué aux 109 « contrats territoires lecture » afin de « favoriser le développement de la lecture sur tout le territoire et en faveur de tous les publics » (citation du projet de loi de finance 2014). Ne serait-il pas dès lors logique de penser que la politique de l’établissement devrait être définie au niveau du ministère ? N’est-ce pas Nicolas Georges (directeur du livre et de la lecture au ministère) qui devrait impulser sa politique à la BnF ? Au lieu de cela, la BnF dispose des moyens de regarder de haut le service du livre et de la lecture (SLL) qui rassemble une quarantaine de personnes quand elle en totalise plus de 2200…

La question n’est donc pas qui présidera aux destinées de cet établissement mais qui en définit les priorités et avec quelle vision du monde ? En particulier, quelle est la contribution de la BnF à la politique de promotion du livre et de la lecture à l’échelon national étant donné l’ampleur de son budget. Gallica est une réponse et une réussite dont nous nous réjouissons mais cela ne saurait suffire. C’est au plus près de la population que l’action des professionnels peut se révéler la plus efficace. Pour cela, il convient que les bibliothèques territoriales puissent être ouvertes largement ce qui nécessiterait que les professionnels des équipements de lecture publique soient déchargés de tâches qui pourraient être accomplies au niveau national. Pourquoi la BnF ne pourrait-elle pas être (au moins pour une part) au service du réseau des bibliothèques ? Par exemples :
  • pourquoi est-ce au SLL de mettre en place un groupe de travail pour réfléchir à la manière dont les bibliothèques doivent éliminer ou conserver les documents du XIXème siècle ?
  • pourquoi la BnF ne proposerait-elle pas des fiches de catalogage dont la qualité dispenserait les bibliothécaires locaux de procéder à cette activité ou de se tourner vers d’autres sources pour se procurer des notices ?
  • les bouleversements technologiques et sociologiques ne sont pas sans incidence sur le rapport de nos concitoyens avec les bibliothèques.  En quoi la BnF conduit-elle et fait-elle partager une réflexion sur ces sujets ? Comment la coopération avec les autres bibliothèques peut-elle se restreindre à la dimension documentaire à l’heure où l’usage des bibliothèques repose de plus en plus sur l’espace ?
Bref, la BnF a sans doute besoin d’un(e) président(e) mais surtout d’ouverture sur le monde présent. Elle est entourée de citoyens et de bibliothèques qui ne peuvent se satisfaire d’une vision verticale et passéiste du monde. Les « missions » ont été figées en un temps qui ne connaissait pas Internet et il paraît impensable de s’appuyer dessus comme si nous y étions encore. En quoi les collections (collecte, conservation, catalogage, accès) pourraient-elles demeurer le cœur de l’action de la BnF ? Ces questions et ce nouvel état d’esprit seraient utiles et bienvenus. Ils seraient même nécessaires car si les institutions ne montrent pas une capacité à se mettre en phase avec le monde, les citoyens pourraient bien se poser des questions à leur sujet ou se détourner de la démocratie sans laquelle les bibliothèques ne sauraient vivre, fût-ce la BnF...
 

4 commentaires déjà postés

morel - il y a 3 ans à 07 h 56

Langue d'un sociologue ? Bizarre. Pur jargon administratif, et de quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds pas plus à Tolbiac qu'à la rue de Rchelieu. Ce qui en ressort, c'est seulement que la province jalouse Paris, bien pauvre !

Alphonsine - il y a 3 ans à 09 h 50

" En quoi les collections (collecte, conservation, catalogage, accès) pourraient-elles demeurer le cœur de l’action de la BnF ? " La BnF est en charge de la collecte et de la conservation du dépôt légal, soit tout ce qui est publié à ce jour. Si cela peut paraître superflu, c'est ce qui permettra aux chercheurs et aux lecteurs de demain un regard sur notre monde, et cela demande des moyens faramineux, en terme de personnels mais aussi de place. Et ce, bien que des bibliothèques partenaires aient pris le relais sur le dépôt légal en régions. Dans tous les cas, si une plus grande ouverture vers le monde est souhaitable, elle ne doit pas se faire au détriment de la conservation d'un patrimoine inestimable, et de sa communication à un public de chercheurs. En outre, je n'ai pas la réponse, mais priver des bibliothèques de province des missions d'ampleur qui leur sont allouées au profit de grandes bibliothèques centrales... est-ce ça ne risque pas de creuser plus qu'autre chose l'écart province/Paris qui semble pourtant faire partie du problème ?

Jojo - il y a 3 ans à 11 h 46

Méconnaître et dénigrer les missions nationales d'importance cruciale et d'ampleur industrielle de la BNF pour finalement la comparer, y compris au niveau budgétaire, aux bibliothèques de lecture municipales est une absurdité qui dessert l'une et les autres. C'est mettre côte à côte la dissuasion nucléaire et la police montée dont quelques villes de la Cote d'Azur se sont dotées pour faire sourire les touristes. Essayez donc d'envoyer un missile depuis le fond des mers avec un canasson furtif... On a déjà du mal à faire venir les lecteurs dans une boîte de conserve. A part ça, la BNF fait déjà des notices de qualité, et de petits établissements sont libres de les dédaigner. Le ministère pourrait faire en sorte 1) que ses subventions ne soient allouées qu'à ceux qui les récupèrent. (Mais on touche là le principal problème de commandement de la politique du livre en France : la frilosité du pouvoir central peu désireux de rencontrer la virulence des élus locaux) ; 2) se rapprocher du monde universitaire pour éviter une concurrence des bibliographies. L'activité de coopération de la BNF avec de très nombreux établissements de différentes sorte est loin d'être restreinte, et même appelée à se développer. En revanche, la question de l'espace dans l'usage des bibliothèques est abordée ici de façon étriquée : la lecture à distance est clairement un usage important. Enfin, les rapports entre la BNF et le Ministère ne sont pas ceux décrits. La taille de la BNF relativement au cabinet ministériel ne compte pas. L'établissement n'impose rien et depuis des années a toujours été respectueux des hiérarchies, même si autrefois ce fut différent avec des présidents usant de réseaux politiques jusqu'à l'Elysée pour passer par-dessus la rue de Valois. Le gros problème rencontré est celui d'absence de prise de décision, qui tient à la fois à l'absence de vision claire, et à l'absence de courage. Le dialogue entre la BNF et le ministère n'est pas mauvais, mais il reste incroyablement infructueux. On attend. On attend 2017 depuis 2012 en attendant d'attendre 2022.

sansmoilesgars - il y a 3 ans à 13 h 47

Laurence Engel vient d'être nommée présidente de la BNF. On rapporte que ce serait le fruit d'un arrangement destiné à empêcher la parution d'un livre dévastateur pour le PS que son mari s'apprêtait à publier. Si cela était vrai, alors ce serait une innovation remarquable de l'équipe Hollande. Les présidents de la BNF étaient souvent choisis après avoir publié des livres (Leroy-Ladurie, Racine, etc.). Cette fois-ci, ce serait surtout pour un livre qui n'aurait pas été publié mais détruit avant. Beau symbole pour la mission de conservation du patrimoine national.

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