Rentrée littéraire 2021

Alexandre Najjar, « Le syndrome de Beyrouth » (Plon) : Au Liban martyr

Alexandre Najjar - Photo DR

Alexandre Najjar, « Le syndrome de Beyrouth » (Plon) : Au Liban martyr

À travers un roman hybride, Alexandre Najjar raconte les derniers vingt ans de l'histoire délirante de son pays. Tirage à 7000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier
Créé le 26.08.2021 à 15h00 ,
Mis à jour le 27.08.2021 à 08h00

Bien sûr, Le syndrome de Beyrouth se revendique en tant que fiction. Et l'héroïne et narratrice, Amira Mitri, n'existe pas, du moins sous cette forme. Car il se peut qu'elle soit, à la manière de Proust, un collage de plusieurs personnages que le romancier, Alexandre Najjar, a rencontrés, ou simplement rêvés. Il n'empêche que, derrière le roman, Najjar, qui est aussi poète, biographe et essayiste, a voulu raconter les dernières vingt années de l'histoire du Liban, chaotique, dramatique, totalement délirante.

Comme un thrène à son pays martyr, rythmé par une sinistre chronologie, laquelle, sélective, figure d'ailleurs à la fin du livre, le rendant par-là même encore plus hybride : celle des meurtres, attentats, assassinats, éliminations de tous les leaders, hommes politiques, écrivains, journalistes (beaucoup de journalistes) qui se sont engagés au service de leur pays - même si pas exempts de reproches, tout au contraire. Depuis le chef druze Kamal Joumblatt, en 1977, au début de la guerre civile qui a ravagé le Liban, jusqu'au journaliste et éditeur Lokman Slim, le 4 février dernier. En passant par tant d'autres, Bachir Gemayel, Rafic Hariri ou Gebrane Tuéni, député et rédacteur en chef du grand quotidien arabophone An-Nahar.

Faillite

C'est là que travaille Amira depuis 2000 et son retour au bercail après 22 ans d'exil en France et de desk à l'AFP, en tant que grand reporter. En binôme avec Thierry Perrin, le photographe qui s'imposera comme l'homme de sa vie. Jusqu'à ce qu'un autre drame, national celui-là, l'explosion d'un réservoir de nitrate d'ammonium dans le port de Beyrouth, le 4 août 2020, ne le lui arrache. La catastrophe serait ici due à un missile israélien lancé sur un arsenal du Hezbollah chiite, l'ennemi juré, le responsable de tant de massacres, et, de surcroît, de la totale paralysie dans laquelle se trouve l'État libanais depuis des mois, des années, incapable de faire face à la crise de la Covid, à la faillite du pays, sans précédent.

Amira va sur le terrain, témoigne et dénonce, comme tant de ses camarades. Parmi lesquels Alexandre Najjar, directeur de L'Orient Littéraire, le supplément de L'Orient-Le Jour, le cousin francophone d'An-Nahar. Chaque mois, il y signe un éditorial sans concession, où la classe politique libanaise, toutes tendances confondues, en prend pour son grade. Reste aux Libanais à faire chez eux le grand ménage.

Alexandre Najjar
Le syndrome de Beyrouth
Plon
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 18 € ; 312 p.
ISBN: 9782259306409

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