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Au Japon, un nouvel impôt inquiète les mangakas

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Au Japon, un nouvel impôt inquiète les mangakas

Le gouvernement nippon a annoncé l'entrée en vigueur à l'automne prochain d'un impôt sur la consommation pour les indépendants, incluant les artistes et dessinateurs. Les 5 000 mangakas recensés craignent pour leur précarité. 

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Par Elodie Carreira,
Créé le 02.08.2023 à 17h27

L’impôt de trop. Jusque-là épargnés, les indépendants et artistes non-salariés du Japon seront, à partir du 1er octobre 2023, soumis à la généralisation d’un système de facturation imposé par le ministère des Finances. D’après le journal Libération, les mangakas devront en effet s’acquitter, en plus de nombreux autres versements, d’une taxe sur la consommation susceptible de davantage précariser leur situation et in fine, de nuire à l’ensemble de la pop culture du pays.

D’après les informations recueillies par Libération, les dessinateurs de mangas devront dorénavant s’enregistrer auprès des services d’impôts, sous leur nom propre, comme auto-entrepreneurs (jusque-là, les mangakas voulant préserver leur identité pouvaient statuer sous leur nom de dessinateur). Ils devront ensuite, avec un nouveau numéro d’attribution, émettre une facture pour chacune de leur activité artistique, puis s’acquitter de la nouvelle imposition.

Une situation déjà défavorable

Or, cette taxe supplémentaire vient renforcer le risque de précarisation de mangakas déjà en situation défavorable. En effet, les pages proposées par les dessinateurs de mangas dans les magazines de pré-publication (mangashi) à l’instar du Weekly Shōnen Jump, ne sont rétribuées qu’entre 10 000 et 20 000 yens (entre 65 et 130 euros). Du côté des droits d’auteurs, lorsque la création est publiée par une maison d’édition, ils ne sont versés qu’après publication et représentent 10 à 15% du prix de vente du livre. Le tout avant impôts. Contrairement à de grandes pointures comme Eiichiro Oda, auteur de One Piece, qui raflent jusqu’à 20 millions d’euros par an, le revenu moyen des plus de 5000 mangakas japonais recensés n’excède pas, en réalité, les 25 000 euros annuels.

Dépassés par les conditions d’exercice de la profession, ces derniers ont d’ailleurs pour habitude de s’associer avec des assistants, eux aussi mal payés, et subordonnés à des contrats douteux. En tant que soft power du Soleil levant, l’industrie du manga contraint en effet les dessinateurs à travailler plus d’une douzaine d’heures par jour. En juin 2021, la mangaka à succès Rumiko Takahashi, connue pour les animés adaptés de ses mangas et diffusés en France dans le Club Dorothée, révélait ainsi sur Twitter un emploi du temps affolant, dans le seul but de maintenir le cap d’agendas de publications toujours plus serrés.

Une menace pour la pop culture japonaise

Ces problématiques, déjà bien connues et abondamment documentées, continuent pourtant à laisser de marbre le gouvernement japonais. Avec ce nouveau système de facturation, l’industrie du cinéma nippon (un tiers des productions cinématographiques sont des adaptations de manga) et le secteur de l’animation, essence de sa célébrissime pop culture, pourraient être menacés à termes.

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